L’Union européenne s’apprête à redéfinir ce qui peut être considéré comme un produit européen. Début mars, la Commission a présenté un paquet législatif destiné à renforcer la préférence européenne dans les marchés publics et les aides industrielles. Et pour ça, certains biens fabriqués dans des pays partenaires comme le Canada, le Japon ou le Maroc pourraient ainsi être reconnus comme répondant aux critères du Made in Europe grâce à des mécanismes d’équivalence et à des règles d’origine adaptées.
Tout en promettant à qui veut le croire qu’elle entend défendre sa souveraineté industrielle, l’Europe redéfinit discrètement ses frontières économiques. La nouvelle stratégie industrielle prévoit que jusqu’à 70 % du contenu de certains produits subventionnés devra provenir d’Europe. Cette exigence concerne notamment les véhicules électriques et certaines technologies vertes. Selon des informations rapportées par Euronews, la Commission souhaite toutefois introduire des dérogations pour des partenaires considérés comme fiables, afin de sécuriser les chaînes d’approvisionnement. L’idée s’inscrit dans une stratégie de rapprochement industriel entre alliés face aux tensions commerciales mondiales.
En clair, la Commission envisage d’étendre la notion d’origine européenne à certains partenaires liés à l’Union par des accords commerciaux ou des engagements de réciprocité. « Le Royaume-Uni a critiqué cette exclusion », à propos du fait que Londres et Ankara restent pour l’instant hors du dispositif, malgré la possibilité d’une reconnaissance ultérieure par des mécanismes d’équivalence.
Du côté des consommateurs et des producteurs, des organisations comme Farm Europe estiment que « des mentions d’origine plus claires et plus complètes renforceraient significativement la confiance ». Le site de la Commission rappelle d’ailleurs que l’origine doit être indiquée lorsque l’absence d’information peut induire en erreur. En ouvrant la porte à une préférence européenne élargie, Bruxelles cherche à concilier souveraineté industrielle, alliances commerciales et stabilité des chaînes d’approvisionnement. Un équilibre fragile qui promet de galvauder l’étiquette européenne, déjà abîmée.