Sécurité à grand spectacle
Pour les droites latino-américaines, le président salvadorien fait figure de modèle en matière de lutte contre le crime organisé. Sa politique de la « main de fer » multiplie les violations des droits humains, au nom du combat antigang. Elle inspire d’autres États comme l’Équateur. Et enchante Washington, qui expulse ses migrants encombrants vers les prisons du pays centre-américain.

Thomas Dworzak. — Sur un marché du centre-ville de San Salvador, 2022
© Thomas Dworzak / Magnum Photos
Longtemps synonyme de guerre civile et d’escadrons de la mort, le Salvador s’est fait ensuite connaître pour la violence de ses gangs. Cette image est en passe de devenir obsolète à son tour. Sous la présidence de M. Nayib Bukele, au pouvoir depuis 2019 et réélu pour cinq ans en 2024 avec près de 85 % des voix, les deux principales pandillas (bandes) qui déchiraient le pays — la Mara Salvatrucha (MS-13) et le Barrio-18 avec ses deux factions, les Revolucionarios et les Sureños — ont été mises en déroute. Leurs membres sont en prison, quand ils ne se sont pas évanouis dans la nature. Dans les années 2010, la violence pouvait parfois atteindre des niveaux comparables à ceux de l’Irak ou de la Syrie, mais en 2024 le taux d’homicide affichait une baisse de 98 % par rapport au milieu de la décennie précédente. Derrière cette transformation, une méthode-choc — l’incarcération de trois hommes adultes sur cent — grâce à laquelle M. Bukele se targue d’avoir « fait de la capitale mondiale du meurtre le pays le plus sûr de l’hémisphère occidental ».
Débarrasser le Salvador de sa réputation d’anarchie tout en lui décernant la palme du plus fort taux de détention de la planète supposait de balayer les règles de droit. Depuis l’instauration de l’état d’urgence en mars 2022 par l’Assemblée législative à la demande du président, les garanties offertes par la Constitution sont suspendues. Toute personne peut être arrêtée sans motif et sans passer devant un juge. M. Bukele ne s’en est pas tenu là. Plusieurs de ses opposants ont été emprisonnés ou exilés. Après avoir rétabli le monopole de l’État sur la violence, le jeune dirigeant — autoproclamé « dictateur le plus cool du monde — se l’est arrogé pour son propre compte. Et en permettant aux États-Unis d’utiliser son système carcéral comme un goulag offshore destiné aux migrants expulsés de leur territoire, il est devenu la coqueluche de la droite américaine.
Loin d’être un « outsider », (…)
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