L’information de synthèse, stade ultime de la dégénérescence médiatique
Il suffit de mettre en parallèle l’efficacité des robots conversationnels et la médiocrité de l’information produite par la plupart des médias pour goûter une amère ironie : volontairement asservi à la pression du clic et de l’instantané, le journalisme s’est lui-même rendu automatisable. Face à l’intelligence artificielle, la presse doit se refonder ou disparaître.

Adrián Villar Rojas. – Sans titre, de la série « The Theater of Disappearance » (Le théâtre de la disparition), 2017
© Adrián Villar Rojas – Courtesy Marian Goodman Gallery, New York, Paris, Londres
Depuis trois ans, l’Association mondiale des éditeurs de presse (en anglais, World Association of News Publishers, WAN-IFRA) organise des sessions de formations destinées aux éditeurs et aux journalistes, les exhortant à « embrasser un futur façonné par l’intelligence artificielle (IA) ». Il s’agit pour ce groupement patronal de préparer rapidement les professionnels de l’information à un avenir jugé à la fois inéluctable et désirable. Baptisé « Catalyseur d’IA pour la salle de rédaction », son dispositif cible l’Europe, l’Asie-Pacifique, l’Asie du Sud, l’Amérique latine et l’Australie. Et embrasse l’ensemble des activités d’une entreprise de presse : production de nouvelles « pilotée par les données », analyse algorithmique des audiences, gestion managériale, génération automatique de contenus et monétisation. Au terme de trois mois de formation, les participants disposent d’« une feuille de route claire » pour intégrer ces outils.
La London School of Economics (LSE) s’inscrit dans le même sillon. Son programme « Journalism AI » a donné lieu à la compilation d’un guide de « meilleures pratiques » adossé aux expériences menées au sein de rédactions de renom comme Associated Press, BBC News, ou encore le Washington Post. L’ensemble compose un récit de réussites où l’intelligence artificielle générative (IAG, c’est-à-dire capable de générer des textes ou des images), pour peu qu’elle soit « bien employée », se mue en instrument providentiel. Elle augmenterait la productivité des journalistes en les délestant de tâches à faible valeur ajoutée ; utilisée pour concevoir des contenus plus originaux et mieux personnalisés, elle serait en mesure de fidéliser des publics réputés volatils. Enfin, il suffirait de lui déléguer l’identification des sujets à traiter et le choix des angles pour remédier au manque de créativité des journalistes. Pour l’institution londonienne, la dépossession de prérogatives qui (…)
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Olivier Koch &
Nikos Smyrnaios
Respectivement maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne Paris-Nord et professeur dans la même discipline à l’université de Toulouse, auteur de L’Espace public sous l’emprise du capital. De la presse bourgeoise aux géants de la Silicon Valley, Le Bord de l’eau, Bordeaux, 2025.