L’extrême droite va-t-elle mettre la main sur Hollywood ?


Après plusieurs rebondissements, l’un des plus célèbres studios de cinéma de l’Histoire, la Warner Bros, pourrait passer sous l’égide de Paramount, un autre géant du secteur. Mais derrière cet accord pharaonique, se cache l’ombre de l’extrême droite et de Donald Trump. La direction de Paramount est en effet étroitement liée au président américain et compte bien étendre son emprise à travers l’offre culturelle des grands écrans, mais aussi grâce aux chaînes de télévision comprises dans ce rachat.

110 milliards de dollars. C’est la somme colossale avancée par le groupe Paramount-Skydance, pour mettre la main sur la célébrissime compagnie Warner Bros-Discovery. Si cette transaction doit encore être validée par les autorités de la concurrence et par les actionnaires, il pourrait fournir une influence médiatique considérable à l’extrême droite, à l’image de l’Empire Bolloré en France. Retour sur une opération loin d’être anodine.

Netflix mis sur la touche

La vente de la Warner Bros ne faisait plus aucun doute depuis plusieurs mois, tant le studio, fondé en 1923, est criblé de dettes depuis des années. En décembre dernier, l’affaire semblait entendue avec le géant du streaming Netflix pour la somme de 82 milliards de dollars. Mais quelque temps plus tard, un coup de théâtre allait renverser la situation, puisque Paramount, concurrent historique de la Warner, avait décidé de renchérir pour 110 milliards.

Une offre sur laquelle Netflix n’a pas souhaité s’aligner, la jugeant officiellement trop élevée. Pourtant, derrière ce renoncement pourraient en réalité se cacher des enjeux politiques majeurs. En effet, dès le mois de décembre, Donald Trump s’était montré sceptique face à l’acquisition du mastodonte du streaming, assurant que Netflix pourrait se trouver en situation de monopole.

Officieusement, il se pourrait plutôt que le président américain ne voulait tout simplement pas que cette acquisition se concrétise pour des raisons idéologiques. Personne n’a, par exemple, manqué d’observer son altercation avec Susan Rice, membre du conseil d’administration de Netflix et ex-proche de Barack Obama. L’ancien présentateur de télé-réalité est même allé jusqu’à réclamer son départ.

La famille Elisson, au service du trumpisme

Si la solution Netflix ne paraissait pas avoir les faveurs de Donald Trump, c’est surtout parce que la famille Elisson, à la tête de Paramount, lui offre bien plus de garanties politiques. En effet, David Elisson, le propriétaire de la société, n’est autre que le fils de Larry Elisson, sixième fortune mondiale et fondateur du groupe Oracle, et surtout large soutien financier de Trump.

Cet héritier qui rêvait de faire du cinéma a finalement pu bénéficier des fonds de son père pour ouvrir son propre studio, Skydance, en 2006 à l’âge de 23 ans. Après plusieurs succès au box-office, la fortune quasi sans limite de la famille lui permet de racheter Paramount en 2024, emprunt à de grosses difficultés financières. Dans le lot, il dégote même plusieurs chaînes de télévision, dont le réseau CBS.

Vague de licenciements et empire au service de l’extrême droite

À l’instar de ce que Vincent Bolloré a fait lors des rachats de médias comme CNEWS, le JDD ou Europe 1, les chaînes de télévision appartenant à Paramount ont subi des vagues de licenciements et des réorientations idéologiques. Ce fut, par exemple, le cas sur le canal d’information de CBS, à la tête de laquelle se trouve à présent Bari Weiss, journaliste bien identifiée pour ses positions très à droite, surtout à l’égard d’Israël.

Mais à présent que la famille Elisson est bien partie pour mettre la main sur la Warner, elle devrait aussi hériter des chaînes du groupe, et parmi lesquelles la célèbre CNN, bête noire de Donald Trump. Connue pour sa ligne éditoriale proche du camp démocrate, elle pourrait alors basculer sous le giron des ultraconservateurs, avec une réorientation politique en perspective. Quand on sait que l’extrême droite est déjà largement représentée par la chaîne Fox News, il y a de quoi s’inquiéter pour le pluralisme américain, particulièrement peu enclin à laisser une place à la gauche.

Une emprise culturelle ?

Mais le drame ne se cantonne pas aux médias américains, puisque Warner Bros fait partie des plus gros studios au monde avec Universal, Sony, Netflix, Apple, Amazon et donc Paramount. En fusionnant, les deux géants pourraient d’une part voir l’offre cinématographique s’effondrer. En France, plus d’un film sur dix projeté vient d’ailleurs de la Warner.

En outre, on peut aussi craindre une réduction du nombre de films et par conséquent, de diversité. C’est, du reste, ce qui est survenu lors du regroupement de Disney et 21th Century Fox. Séparément, ceux-ci produisaient en effet près de deux fois ce qu’ils fournissent aujourd’hui ensemble.

De fait, la Warner possède les droits de licences cultes, comme Harry Potter, Casablanca, Game of Thrones, ou encore le Seigneur des Anneaux. Il est, dès lors, légitime de s’inquiéter de ce que pourraient devenir ces œuvres entre les mains de l’extrême droite.

Une fusion à confirmer

Même si ce rachat doit être validé par les actionnaires de la Warner le 20 mars 2026, puis par les autorités de concurrence, il est fort probable que Donald Trump use de toute son influence pour que le projet se concrétise.

Plus que jamais, alors que les milliardaires choisissent les uns après les autres la voie de l’extrême droite pour soutenir au mieux leur pouvoir, il est essentiel que les voix progressistes s’organisent pour ériger un contre-pouvoir face à cette toute-puissance. Sans quoi, la culture, comme les médias, pourrait muer en un simple instrument de propagande du fascisme.

Simon Verdière


Photo de couverture : How A Billionaire And His Son Pulled Off The $8 Billion Paramount Deal. Forbes

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