Londres se joint à la danse. Downing street a annoncé mercredi sa décision d’autoriser l’armée britannique à intercepter les navires soupçonnés de faire partie de la “flotte fantôme” russe, aussi bien dans l’Atlantique que dans la Manche. Une décision qui intervient au moment où Washington entend alléger ses sanctions contre cette flotte en raison de sa guerre contre l’Iran et ses conséquences sur les prix énergétiques.
En janvier dernier, Londres a reconnu avoir fourni un soutien “opérationnel” aux États-Unis lors de la saisie, en Atlantique Nord, du pétrolier Marinera, ex‑Bella‑1, lié à la Russie et placé sous sanctions américaines depuis 2024 en raison de ses liens présumés avec l’Iran et le Hezbollah libanais. Selon le ministère britannique de la Défense, ce soutien a pris la forme notamment d’un accès à au moins une base aérienne, de moyens de surveillance de la Royal Air Force et de l’appui d’un navire ravitailleur, alors que les forces américaines traquaient et interceptaient le navire entre le Royaume‑Uni, l’Islande et le Groenland, au terme de plusieurs jours de poursuite en haute mer.
Moscou a dénoncé une opération “dangereuse” qui pourrait “attiser les tensions militaires et politiques, critiquant la “complicité” de Londres, qui a sanctionné jusque-là 544 navires.
Le Royaume-Uni s’y met à son tour
Depuis la fin de 2025 et le début de 2026, plusieurs pays européens, dont la France, ont intensifié les contrôles et les saisies visant des navires soupçonnés d’appartenir à la “flotte fantôme” russe, utilisée pour contourner les embargos, sanctions et plafonds de prix sur le brut et les produits pétroliers russes adoptés par l’Union européenne (UE). Paris a arraisonné en janvier 2026 le pétrolier Grinch, suspecté de faire partie de cette flotte, et l’a escorté jusqu’à Fos‑sur‑Mer, où la justice française s’est saisie du dossier. Deux mois plus tard, la France participait à une opération belge pour intercepter un autre pétrolier.
Ces dernières semaines, la position de Washington a évolué, en raison, notamment, des effets de sa guerre contre l’Iran et le blocage ou la menace sur le détroit d’Ormuz, couloir stratégique pour le pétrole mondial. La semaine dernière, le Trésor américain a accordé une dérogation permettant la circulation de certains flux de pétrole russe et iranien afin de compenser les tensions sur l’offre liées au conflit, ce qui inclut une relaxation temporaire des sanctions frappant des navires et compagnies opérant au sein de la “flotte fantôme”.
Une approche très mal accueillie en Europe. Après les réactions critiques des dirigeants comme Emmanuel Macron, Friedrich Merz ou encore Ursula von der Leyen, Keir Starmer a annoncé mercredi 25 mars une décision à contre-courant des intentions américaines. L’armée britannique est désormais autorisée à arraisonner et saisir des navires sous sanctions soupçonnés d’appartenance à la « flotte fantôme » russe s’ils pénètrent dans les eaux territoriales du Royaume-Uni. L’annonce, faite par Downing Street, concerne également la Manche.
Des poursuites judiciaires pour “violation des sanctions”
« Le Royaume-Uni va resserrer l’étau autour de la flotte, en fermant ses eaux, dont la Manche, aux navires sanctionnés », lit-on dans un communiqué. « Les opérateurs seront contraints de se détourner vers des routes plus longues et coûteuses, ou courront le risque d’être arrêtés par les forces britanniques”, explique-t-on.
Chaque opération sera soumise à l’approbation du gouvernement et après chaque “interception d’un navire (…), des poursuites pénales pourront être engagées contre les propriétaires, les exploitants et l’équipage pour violation de la législation britannique sur les sanctions”.
« Vladimir Poutine se frotte les mains (…) parce qu’il pense que la hausse des prix du pétrole va lui permettre de s’en mettre plein les poches”, a déclaré le Premier ministre Keir Starmer. Mais le Royaume-Uni envisage de cibler « encore plus durement à [la] flotte fantôme » de la Russie.
La réaction de Moscou s’est faite par la voix de Kirill Dmitriev, l’envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique internationale qui mène les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine. « Le Royaume-Uni se retrouvera bientôt sans carburant pour intercepter quoi que ce soit”, a-t-il déclaré.