Radiographie de l’extrême droite violente, par Laurent Bonelli (Le Monde diplomatique, avril 2026)


Un imaginaire de guerre civile

Ces dernières semaines, les grands médias se sont plu à présenter la gauche radicale comme un nouveau fascisme, intolérant, factieux et meurtrier. Ce tour de passe-passe symbolique fait oublier l’existence d’une ultradroite identitaire et haineuse, qui s’épanche sur les réseaux sociaux, consolide ses bastions et cultive un idéal de reconquête brutale.

JPEG - 37.6 kio

Comment un militant de la mouvance néonazie lyonnaise, pleinement impliqué dans ses activités et publiant sur X des messages comme « Je soutiens Adolf », « Il faudra déterrer et fusiller [Gisèle] Halimi » ou « Total Nigger Death » mort totale des nègres ») a-t-il pu faire l’objet d’une minute de silence à l’Assemblée nationale et voir son portrait affiché sur la façade de l’hôtel de région Auvergne-Rhône-Alpes ? C’est l’une des questions qui ont surgi après la mort de Quentin Deranque, le 14 février 2026, à la suite d’un affrontement avec des antifascistes.

Dans un renversement digne du 1984 de George Orwell, certains affirment que le fascisme serait désormais du côté de la gauche (par exemple Marianne, 19 février 2026). D’autres, plus nombreux, renvoient dos à dos les « ultras » des deux bords et expliquent que leur violence n’aurait pas sa place en démocratie. Il est vrai que le jeu politique s’est largement pacifié, si on le compare aux années 1970-1980, où les batailles rangées entre colleurs d’affiches ou lors de manifestations et de meetings étaient courantes. La conflictualité politique semble désormais plus verbale et s’exprime surtout dans les assemblées, les médias ou les réseaux sociaux. Ce constat occulte toutefois la persistance d’une violence de rue d’extrême droite, sans commune mesure avec celle exercée par d’autres courants idéologiques.

Tracer ses limites et mesurer ses évolutions n’est pas aisé : elle revêt des formes multiples, inégalement enregistrées, et émane de collectifs plus ou moins identifiables, mais aussi d’individus isolés dont les motivations et les inclinations idéologiques exactes ne sont pas toujours connues. Malgré ces difficultés, les résultats d’une enquête récente sont sans appel : 39 assassinats ou morts violentes sont imputables à l’extrême droite entre 1986 et 2017 (contre 6 pour la gauche dite « radicale ») et 299 agressions (contre 40), soit 9 cas sur 10.

Cette (…)

Taille de l’article complet : 2 831 mots.

Cet article est réservé aux abonnés

Lycées, bibliothèques, administrations, entreprises,
accédez à la base de données en ligne de tous les articles du Monde diplomatique de 1954 à nos jours.
Retrouvez cette offre spécifique.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *