La banque, ciblée depuis octobre dernier par des victimes du trafiquant sexuel Jeffrey Epstein, qui l’accusent d’avoir « sciemment et intentionnellement participé à l’entreprise de trafic sexuel » du financier américain en lui fournissant des services bancaires en dépit des « signaux d’alerte », accepté de payer près de 73 millions de dollars pour mettre fin à cette procédure.
Depuis 2019, plusieurs actions civiles ont été lancées contre les grandes banques qui ont eu des relations présumées avec Jeffrey Epstein, notamment après sa condamnation en 2008. Les premières grandes poursuites ont ciblé JPMorgan Chase et Deutsche Bank, accusées d’avoir maintenu Epstein comme client, malgré sa mise en accusation publique pour sollicitation de mineures, et de n’avoir ni cessé leurs relations commerciales ni déclenché suffisamment tôt des signalements réglementaires.
Avant la Bank of America, JPM et Deutsche Bank
Ces banques ont fini par verser des sommes importantes aux victimes, avec près de 290 millions de dollars pour JPM en 2023 et 75 millions de dollars pour la même année, en plus d’une amende de 150 millions de dollars prononcée par les autorités new‑yorkaises pour carences en matière de contrôle et de rapports d’activité suspecte.
Parallèlement, la divulgation des documents liés au trafiquant sexuel, surtout en 2025 et en 2026, a démontré l’ampleur de l’influence de Jeffrey Epstein dans les circuits financiers internationaux, avec la révélation de dizaines de comptes ouverts dans plusieurs banques, à travers lesquels des flux de plusieurs centaines de millions de dollars vers et depuis des clients ultra‑fortunés ont transité.
Cette séquence de révélations a motivé la plainte déposée en octobre 2025 contre Bank of America. Une plaignante, dont l’identité a été protégée et qui est présentée comme étant Jane Doe, affirme avoir été victime d’abus répétés par le financier américain entre 2011 et 2019 et avoir été rémunérée via des comptes ouverts à son nom chez Bank of America, sur instruction de son entourage.
Selon la plainte, Bank of America aurait ainsi servi de canal bancaire à un opérateur de traite sexuelle déjà connu, en ouvrant des comptes à la demande de son comptable et en laissant des transferts importants circuler vers une jeune femme présumée vulnérable, sans que la banque n’ait activé assez tôt les mécanismes de vigilance exigés par la réglementation.
Cette affaire a pris de l’ampleur au début de l’année 2026, lorsque le juge fédéral Jed Rakoff a rendu une décision partielle sur la plainte de Jane Doe contre Bank of America. Fin janvier dernier, il annonce que la banque doit faire face à une partie des accusations formulées par les victimes d’Epstein, tout en rejetant quatre autres griefs jugés trop larges ou insuffisamment étayés. Parmi les éléments rejetés figurent notamment l’idée que Bank of America aurait directement participé à l’opération de trafic sexuel de Jeffrey Epstein ou qu’elle n’aurait pas respecté les obligations de connaissance de la clientèle (KYC).
« Tourner la page »
En revanche, le juge a laissé courir deux accusations centrales. Il a estimé que les plaignantes peuvent poursuivre Bank of America sur la base de l’idée que la banque a, en connaissance de cause, bénéficié financièrement des activités de trafic sexuel du financier américain. Le juge a aussi autorisé l’accusation selon laquelle la banque aurait entravé l’application de la loi fédérale sur la protection des victimes de traite (Trafficking Victims Protection Act), notamment en n’alertant pas assez rapidement les autorités sur des mouvements financiers suspects, ce qui aurait gelé ou retardé les enquêtes et la protection des victimes.
Vendredi, des documents de justice ont révélé que la banque a accepté de payer 72,5 millions de dollars pour clore cette procédure collective. Bank of America nie toujours un manquement, notamment « avoir participé de quelque manière que ce soit à l’entreprise de trafic sexuel de Jeffrey Epstein ».
L’établissement justifie sa décision par sa volonté de « tourner la page ». Cet accord trouvé entre les deux parties doit encore être validé par un juge de New York avant une mise en application.
À côté de la plainte contre Bank of America, la Bank of New York Mellon (BNY) fait l’objet d’une plainte depuis la même période, c’est-à-dire octobre 2025, dans le cadre d’une action de groupe l’accusant de financer des paiements de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars vers des victimes présumées via des comptes bancaires Epstein.
