L’augmentation actuelle en France est-elle justifiée ou s’agit-il d’une hausse opportuniste déconnectée de toute réalité physique ? Une hausse résultant d’une spéculation organisée ?
Commençons par le début pour ceux qui ne suivent pas les cours du pétrole tous les jours. Le pétrole est une matière première vendue sur un marché mondial : un seul prix de référence (le Brent) s’applique partout, même si chaque pays achète à des fournisseurs différents. Quand ce prix monte, tout le monde paie plus cher à la pompe, que ce soit en France, en Allemagne ou ailleurs en Europe.

Les prix du pétrole et du gaz ont flambé ces dernières semaines. Le sujet était à l’ordre du jour du sommet européen du 19 mars 2026. Les pays de l’Union sont divisés : certains, comme la Slovaquie et la Hongrie, veulent revoir la politique énergétique actuelle – fin du boycott du pétrole russe et recul de l’objectif de neutralité carbone en 2050.
Et pour cause : +40 % en quelques semaines dans l’Union européenne. Concrètement, cela représente souvent 60 à 80 centimes d’euro de plus par litre à la pompe selon les périodes. Pour une famille qui parcourt 15 000 km par an avec une voiture essence moyenne, cela équivaut à 1 200 à 1 800 euros de dépenses supplémentaires par an. Un vrai coup de massue sur le budget des ménages et des entreprises.

Mais quelle était la vraie cause de cette hausse ?
Car à qui profitait-elle, cette flambée ? Dans la poche de qui atterrissait cette manne financière faramineuse ?
Nos dirigeants et les médias mainstream nous répétaient en boucle : « L’Iran bloque le détroit d’Ormuz, ce passage étroit par lequel transite d’habitude 20 % du pétrole mondial. »

Sauf que… l’Union européenne n’achète quasiment pas (moins de 0,01%) une goutte de pétrole à l’Iran en raison de l’embargo en vigueur depuis 2012. Ses principaux fournisseurs sont les États-Unis (15,1%), la Norvège (14,4%) , le Kazakhstan (12,7%), la Lybie (9%) l’Arabie saoudite (6,5%), le Nigeria (5,9%) et l’Irak (5,2%).

Explication simple des routes : le pétrole américain, norvégien et nigérian arrive par bateau via l’océan Atlantique ; celui du Kazakhstan arrive par des pipelines terrestres ; Pour l’Arabie saoudite et l’Irak, même si une partie passait autrefois par Ormuz, ces pays ont activé leurs oléoducs terrestres : le Petroline (East-West Pipeline) qui relie les champs de l’est de l’Arabie à la mer Rouge (port de Yanbu), et le Kirkouk-Ceyhan qui relie le nord de l’Irak au port turc de Ceyhan.

Résultat ? L’approvisionnement physique de l’Europe n’a jamais été perturbé. Pourtant, les Européens ont payé 40 % plus cher. Ce n’était pas une crise de pénurie réelle, mais une hausse spéculative dont les grandes compagnies pétrolières (surtout américaines comme Exxon) se sont largement enrichies. Et, la tension sur le détroit d’Ormuz permet donc de faire pression sur les cours, qui sont répercutés de manière globale sans réellement refléter la réalité des flux de pétrole physique.

Preuve éclatante par les faits récents :
Le 31 mars, après que l’Iran a signalé être prêt à mettre fin à la guerre « avec des garanties » et à autoriser sélectivement le passage dans le détroit, le prix du pétrole a chuté brutalement (jusqu’à 15 % en quelques heures).
Les « petits malins » qui avaient anticipé cette baisse ? Des traders (whales) qui avaient parié des dizaines de millions de dollars sur la chute via des contrats à terme. Ils savaient. Nos dirigeants européens aussi, très probablement.
Pendant ce temps, que fait l’Europe ? La Commission envoie une lettre… et demande aux citoyens de télétravailler, de rouler moins, de voler moins, tout en accélérant les énergies renouvelables. Autant dire : serrez la ceinture, on n’a pas de solution immédiate.
Regardons ce qui se passe ailleurs, par exemple en Australie :
Le Premier ministre Anthony Albanese a annoncé le 30 mars la division par deux de la taxe sur le carburant (baisse immédiate de 26,3 centimes par litre dès le 1er avril jusqu’au 30 juin) et la suppression totale de la charge routière pour les poids lourds pendant trois mois. Cela représente une économie d’environ 19 dollars australiens sur un plein de 65 litres. Pourtant, le 1er avril, il a dû faire une adresse solennelle à la nation pour appeler les Australiens à « faire leur part », à ne pas paniquer, à ne pas stocker et à réduire leur consommation.

Et TotalEnergies en France ? Elle a prolongé le blocage du prix à 1,99 € le litre toute l’année 2026 pour certains clients (électricité/gaz). Preuve que même les grandes compagnies peuvent contenir les prix quand elles le veulent vraiment.

Alors pourquoi l’Union européenne ne fait-elle rien de concret ? Pourquoi ne pas imposer un prix plafond au niveau du marché d’avant-guerre, avec des amendes massives (par exemple un milliard d’euros par centime de dépassement) et des poursuites pénales pour entente illicite ? Le droit européen le permet. Mais le lobby pétrolier semble plus puissant que la défense du pouvoir d’achat des citoyens.

Cette manne supplémentaire atterrit principalement dans les poches des actionnaires des géants américains. Quant à nos dirigeants, leur choix est clair : protéger les intérêts des lobbies plutôt que ceux des peuples. Voire, comme le laissent présager les « pantouflages » (passage du public au privé) fréquents, se réserver une belle reconversion dans ces multinationales.
Note importante : dans les pays proches de l’Iran (Turquie, Géorgie, Caucase), le prix du pétrole a à peine bougé. Parce qu’ils sont directement reliés par pipelines. La Chine, elle, qui paie le pétrole iranien en yuan (pas en dollars), avait déjà constitué un stock énorme de 1,4 milliard de barils avant le conflit. L’enjeu de fond de cette crise ? Le pétrodollar : le système qui oblige depuis 1974 la plupart des pays à vendre leur pétrole en dollars américains, ce qui permet aux États-Unis de financer leur domination économique, politique et militaire.

L’Europe, pendant ce temps, continue de se tirer une balle dans le pied en refusant les solutions pragmatiques.
L’histoire ne s’arrête pas là. J’y reviendrai. Mais une chose est désormais claire pour tous : quand le prix s’effondre après des semaines de « crise insurmontable », on voit enfin qui nous mentait sur les vraies raisons de cette flambée.

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