Dossier : Iran, le prix d’une folie
Dépourvue de prétexte sérieux et de justification légale, l’agression israélo-américaine de l’Iran souligne l’inexistence de l’Europe face à une guerre qui engage sa sécurité et menace son économie. Cet effacement est d’autant plus spectaculaire que Washington avait précédemment rompu un traité avec Téhéran négocié par l’ensemble des Européens.

Zartosht Rahimi. – « Unfinished Game » (Partie inachevée), 2025
© Zartosht Rahimi – Homa Art Gallery, Téhéran
La fébrilité impuissante des dirigeants européens face à la guerre israélo-américaine déclenchée le 28 février dernier contre l’Iran et le droit international traduit le désarroi d’une classe dirigeante formée pour se conformer à un « modèle » américain devenu indéfendable. Se mêlent alors une panique à l’idée de contrarier M. Donald Trump, l’appréhension d’une disette énergétique, la hantise d’une crise économique, la crainte d’une déroute ukrainienne faute d’un appui suffisant des États-Unis, enfin le vertige d’un rétablissement commercial et diplomatique de la Russie.
La présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, MM. Keir Starmer, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont jusqu’ici accueilli chaque coup de force du président Trump et de son allié (ou tuteur) israélien par une réponse à deux temps : ils plient, puis ils pleurent. Tour à tour, la coercition par les tarifs douaniers, l’obligation de doubler les dépenses militaires, les massacres israéliens à Gaza, les bombardements du Yémen, du Liban et de l’Iran, l’enlèvement ou l’assassinat de dirigeants étrangers comme mode d’action diplomatique ordinaire ont suscité un mol acquiescement suivi de réserves navrées sur le mode « D’accord, mais pas comme ça ». Seules la défense de la cause ukrainienne, devenue la religion séculière des élites européennes, et la menace d’une invasion du Groenland leur ont arraché des réactions qui excèdent les borborygmes.
La guerre illégale, irrationnelle et imprudente menée par le couple israélo-américain contre Téhéran a quant à elle suscité l’habituel pas de deux. Alors même que nul ne prend au sérieux les justifications avancées par Washington — neutraliser le programme nucléaire et la menace balistique sur les États-Unis, aider l’opposition au régime iranien —, les grandes nations du Vieux Continent ont, à l’exception de l’Espagne (lire « Il faut sauver le multilatéralisme »), docilement pris le parti des assaillants. Lesquels n’avaient pas jugé utile (…)
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