L’IA, nouvelle arme de propagande de guerre ? Leçons d’un conflit asymétrique et d’une crise sanitaire


En avril 2026, alors que le conflit Iran-USA-Israël entre dans une phase de guerre de l’information intense, une vidéo LEGO-style ultra-virale circule sur X : un diss track musical anti-Trump baptisé « L.I.A.R. » ou « L.O.S.E.R. », créé par le collectif Explosive Media. Des millions de vues en quelques jours, un rap catchy, des animations colorées… et un message clair : Trump est un loser, un clown, un menteur lié à Epstein. Derrière ce contenu ludique se cache une réalité dramatique plus profonde : l’intelligence artificielle est devenue une arme de propagande moderne, aussi puissante que les leurres militaires physiques.

Faut-il s’en inquiéter ? Oui et non. L’IA offre des avantages indéniables en matière de communication, mais elle présente aussi des inconvénients majeurs. Surtout, elle n’est pas seule : qu’elle soit générée par IA ou composée d’images réelles, la propagande visuelle pose toujours la même question centrale : vérifions-nous les faits ou nous laissons-nous emporter par l’émotion ?

 
Explosive Media : quand des étudiants iraniens maîtrisent l’IA

Le collectif Explosive Media, parfois orthographié Expelosive Mediaa ou Akhbar Enfejari, est une petite équipe de jeunes Iraniens (étudiants ou jeunes professionnels). Depuis fin 2025, ils produisent des dizaines de vidéos LEGO-style générées par IA : Midjourney ou Runway pour les images, Suno pour la musique, le tout monté en clips ultra-rythmés. Leurs comptes sur X, YouTube et Instagram sont régulièrement suspendus, puis recréés. Ils se présentent comme « indépendants » et « patriotic trolls », mais leurs contenus sont souvent repris par des médias d’État iraniens ou des comptes proches de l’IRGC, les Gardiens de la Révolution. De nombreux observateurs les considèrent donc comme assumés proches du régime, même s’ils revendiquent une certaine autonomie.

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Ce n’est pas un hasard. L’Iran possède une tradition cinématographique mondialement reconnue pour sa créativité et sa capacité à contourner la censure, des réalisateurs comme Asghar Farhadi ou Jafar Panahi en étant les meilleurs exemples. Ces jeunes transposent simplement ce talent culturel dans l’outil du moment : l’IA générative. En temps de conflit et malgré les sanctions, ils démontrent que l’IA peut être maîtrisée rapidement et devenir une arme asymétrique : coût quasi nul, production en quelques heures, viralité exponentielle auprès des jeunes. Il faut cependant noter que cette technique n’est pas l’apanage de l’Iran. Donald Trump a lui-même utilisé à plusieurs reprises des vidéos et images générées par IA sur Truth Social pour attaquer ses adversaires ou valoriser son image. De même, des interrogations ont entouré certaines vidéos récentes de Benjamin Netanyahou, notamment un clip au café diffusé en mars 2026 pour démentir des rumeurs de décès, accusé par certains d’être un deepfake ou de comporter des incrustations numériques.

 

L’IA, une arme à double tranchant

Les avantages de cette nouvelle forme de propagande sont multiples. La rapidité et le faible coût permettent de produire en une journée ce qui aurait nécessité des semaines en studio traditionnel. La viralité émotionnelle est décuplée : le format LEGO rend la satire « mignonne » et addictive, incitant au partage sans toujours réfléchir au message sous-jacent. L’accessibilité est également un atout majeur : un petit groupe peut rivaliser avec des studios d’État ou des agences de communication occidentales. Enfin, cette asymétrie offre à un pays militairement inférieur la possibilité de gagner la bataille narrative auprès des opinions publiques, particulièrement chez les jeunes générations.

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Mais les inconvénients sont tout aussi réels. Le risque de désinformation massive s’accroît avec les deepfakes, les chiffres gonflés et les narratifs simplifiés qui occultent la complexité des faits. L’érosion de la confiance est inévitable : une fois que le public découvre que tel contenu est de la propagande IA, il devient plus sceptique envers toute image. La manipulation émotionnelle est particulièrement pernicieuse, car l’humour et le rythme masquent la gravité des sujets comme la guerre ou les morts civiles. Enfin, cette course aux armements numériques crée un brouillard informationnel généralisé, où tous les camps – Iran aujourd’hui, mais d’autres acteurs demain – peuvent inonder les réseaux de contenus viraux.

 

Derrière les briques LEGO, la réalité des bombes

Pourtant, il faut le rappeler avec force : les vraies bombes tuent. Les missiles ne sont pas des briques de plastique colorées qui explosent dans un nuage de pixels joyeux, et les corps déchiquetés ne se reconstruisent pas d’un clic. Lorsque ces vidéos LEGO mettent en scène des armes de destruction massive, des frappes sur des écoles ou des hôpitaux, ou encore des atteintes à l’intégrité physique des civils et des militaires, leur ton ludique et leur esthétique « mignonne » deviennent profondément mal placés, voire obscènes. Elles transforment la souffrance humaine réelle – celle des familles endeuillées, des blessés mutilés et des villes ravagées – en simple spectacle viral, en meme consommable.

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Cette trivialisation du drame n’atténue pas la guerre : elle la rend seulement plus facile à digérer pour ceux qui la regardent depuis leur écran, loin des détonations et des sirènes. Dans un conflit où des milliers de vies sont en jeu chaque jour, ce décalage entre la forme enfantine et le fond tragique interroge profondément notre rapport à la violence contemporaine.

 

L’Iran ne mise pas que sur l’IA : le bluff physique à l’hélium

L’exemple Explosive Media n’est qu’une facette de la stratégie iranienne. Téhéran combine outils numériques et physiques. Comme le rappelait un article ce 20 mars 2026, l’Iran aurait importé massivement de Chine des leurres gonflables (chars, missiles, rampes de lancement) « gonflés à l’hélium ». Résultat : des frappes américano-israéliennes auraient visé du plastique, gaspillant des munitions précieuses. C’est le même principe que les vidéos IA : masquer ses faiblesses réelles (économiques, militaires) en projetant une image de force et de victoire narrative.

 

La propagande « réelle » n’est pas en reste : l’exemple Macron de mars 2020

L’IA n’a rien inventé. En mars 2020, Emmanuel Macron déclarait six fois lors de son allocution du 16 mars : « Nous sommes en guerre ». La France était en guerre… contre un virus. Images réelles de patients en réanimation, hôpitaux de campagne dans l’Est, courbes exponentielles, conférences de presse quotidiennes : la communication gouvernementale utilisait du contenu authentique pour créer un sentiment d’urgence nationale et justifier le confinement.

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À l’époque, la propagande visuelle reposait sur des images vraies, amplifiées et mises en scène. Céline Pigalle, alors directrice de la rédaction de BFMTV, avait reconnu en substance lors de la crise sanitaire : « Il ne faut pas trop aller à l’encontre de la parole officielle, sous peine de fragiliser un consensus social. » Cette autocensure assumée a transformé une partie des médias en relais du narratif gouvernemental.

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 Images vraies ou générées par IA, le mécanisme reste identique : l’impact émotionnel prime sur la vérification rigoureuse des faits.

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La conséquence : une France en rupture de confiance

Les chiffres du baromètre d’opinion réalisé en février 2026 par MIS Group pour France-Soir / BonSens.org sont édifiants : 65 % des Français jugent que les médias TV mainstream (TF1, France TV, BFM) manquent totalement d’objectivité, 56 % ne lisent plus ni n’écoutent la presse mainstream, 73 % expriment une défiance globale envers le gouvernement et 78 % estiment que l’exécutif n’agit pas dans l’intérêt de la population. Enfin, 47 % s’informent désormais via des médias alternatifs.

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La crise COVID, les confinements, les débats sur les vaccins et la gestion de la pandémie ont durablement fissuré la confiance dans la parole publique et médiatique. Quatre ans plus tard, face aux vidéos IA iraniennes ou aux narratifs officiels, une grande partie des citoyens applique désormais un « doute systématique ».

 

La vérification des faits reste l’arme la plus puissante

L’IA n’est ni intrinsèquement bonne ni mauvaise : c’est un outil. Elle démocratise la création visuelle tout en amplifiant les risques de manipulation. Que la propagande utilise des LEGO générés par IA ou des images de patients en réanimation, le danger est le même : l’émotion l’emporte sur la raison, et la vérification des faits devient un effort individuel épuisant.

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Dans un monde où tous les acteurs (États, collectifs, influenceurs) peuvent produire du contenu viral en quelques heures, la responsabilité revient au citoyen : croiser les sources, vérifier l’origine, questionner l’intention. Les médias traditionnels, les plateformes et les pouvoirs publics ont aussi un rôle à jouer : plus de transparence, plus de fact-checking rapide et, surtout, moins de « renvoi d’ascenseur » avec le narratif officiel.

L’exemple iranien d’Explosive Media, le souvenir du « nous sommes en guerre » de 2020 et les interrogations autour des vidéos de Trump ou Netanyahou nous rappellent une vérité simple : la propagande évolue, mais la perte de confiance, elle, s’installe durablement. À nous de ne pas la laisser devenir irréversible.

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