L’Allemagne a obtenu l’aval de l’Union européenne jeudi pour subventionner l’électricité utilisée par ses industriels les plus gourmands en énergie, alors que la guerre au Moyen-Orient provoque une envolée des prix du gaz et du pétrole.
Le soutien de l’Allemagne à son industrie lourde représente 3,8 milliards d’euros, et court du 1ᵉʳ janvier 2026 à la fin 2028.
Le gouvernement fédéral instaure un plafonnement du prix de l’électricité pour ses industries les plus consommatrices en énergie comme la chimie, l’acier et le ciment, et paiera la différence par rapport au prix du marché.
Le prix réduit pour les entreprises doit être fixé à un minimum de 50 euros par mégawattheure. Autre condition, les entreprises doivent investir au moins la moitié des économies réalisées dans une production plus respectueuse du climat.
Bruxelles devait s’assurer que ces mesures respectent la législation de l’UE en matière de concurrence. L’UE a aussi donné son feu vert jeudi à des aides d’État en Slovénie et en Bulgarie.
L’Allemagne avait mis sur la table son dispositif dès le mois de novembre, plusieurs mois avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran fin février, à l’origine de la flambée du pétrole et du gaz.
Depuis, l’Union européenne a promis aux Vingt-Sept de la souplesse sur les aides d’État, en raison de cette crise énergétique.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, souhaiterait permettre aux États d’augmenter leur soutien aux secteurs les plus exposés, comme l’agriculture, les transports ou l’industrie lourde.
L’UE a transmis une proposition aux Vingt-Sept, pour une adoption d’ici la fin du mois.
Une fois de plus, cette décision pose crûment la question de la place réelle de la France dans l’Union européenne, dont le leadership est assuré par l’Allemagne.
Alors que la France, grâce à son nucléaire, produit une électricité abondante et bon marché, elle se retrouve régulièrement contrainte de racheter sur le marché européen, beaucoup plus cher, l’électricité qu’elle a elle-même exportée à bas prix.
Et non content de cela, avec ce gigantesque bouclier allemand de 3,8 milliards d’euros, les industriels français vont se retrouver à payer leur propre électricité plus cher que leurs concurrents allemands, subventionnés. Pendant que Berlin protège ouvertement son industrie lourde, Bruxelles valide ces aides massives sans broncher, confirmant une nouvelle fois que les règles de la concurrence valent surtout pour les uns, nettement moins pour l’Allemagne quand il s’agit de défendre les intérêts stratégiques.