Vendredi 17 avril 2026, à la Ferme du Soulé à Baulou (Ariège), une opération de vaccination d’office contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été menée contre le consentement explicite de l’éleveuse Christelle Record. Ce qui devait être une mesure sanitaire de routine s’est transformé en scène surréaliste : deux vétérinaires issues d’un zoo, pistolet à fléchettes à la main, utilisant un matériel d’anesthésie pour faune sauvage, tandis que la sous-préfète Sophie Pauzat, qui avait promis deux mois plus tôt que « l’État sera au soutien des agriculteurs », supervisait l’intervention. Une contradiction qui interroge profondément sur la réalité du soutien promis au monde rural.
Contexte : une obligation sanitaire qui tourne au bras de fer
La DNC, maladie virale des bovins également appelée « lumpy skin disease », est réapparue en Europe ces dernières années. En France, une campagne de vaccination obligatoire a été déclenchée par arrêté préfectoral du 10 avril 2026 dans plusieurs départements, dont l’Ariège. Christelle Record, éleveuse indépendante, refusait la vaccination, arguant de son projet de santé global qui permet une immunité naturelle à son cheptel, et d’un risque disproportionné par rapport aux bénéfices. Elle a tenté d’évacuer une partie de ses animaux, et a vu arriver une centaine de soutiens bloquant l’accès à l’exploitation pour faire face à un déploiement déraisonnable et disproportionné de forces de l’ordre – plus d’une centaine pour 30 bovins.
Le 16 avril 2026, le tribunal administratif de Toulouse rejetait en référé-liberté sa demande de suspension de l’arrêté. Le lendemain dès six heures du matin, gendarmes, sous-préfète et vétérinaires réquisitionnés investissaient les lieux. Certains animaux dispersés dans les prés ont été fléchés à distance. De par la « violence de la situation », la maltraitance tant humaine qu’animale qu’elle considère contraire à son projet de Santé globale, Christelle Record a annoncé, choquée, qu’elle avait l’intention de mettre fin à son activité d’éleveuse, non sans documenter au préalable son projet de santé globale afin de bénéficier à de jeunes éleveurs.
Les vétérinaires : du zoo à la seringue forcée
Les deux praticiennes réquisitionnées qui ont procédé à la vaccination sont Sylvie Clavel et Lucie Mouveaux, vétérinaires au Zoo African Safari de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne). Aucune n’est spécialiste du cheptel bovin conventionnel.

Lucie Mouveaux, fraîchement diplômée, avait publié le 14 avril 2023 sur Instagram une photo d’elle avec un chien dans un pré, commentant : « C’est bon j’sais comment gérer un troupeau de vaches ». Les internautes s’étaient amusés : « C’est une grosse seringue pour un petit chihuahua » ou « Ce ne sont pas des vaches… c’est un chien et 2 ça ne fait pas un troupeau ».

Plus troublant encore : la mallette apportée sur place. Ouverte sur les photos, elle révèle des protocoles détaillés pour anesthésier des animaux sauvages (cobes, gnous, oryx, zèbres, girafes…) avec des produits comme le Zoletil (tiletamine + zolazepam), la médétomidine, le butorphanol ou la kétamine, ainsi que leurs antidotes. Aucun panneau ne mentionne le vaccin DNC ni de protocole bovin. Il s’agit d’un kit classique de capture chimique pour faune sauvage. Les vétérinaires ont préparé les fléchettes sans gants – geste légal mais symboliquement frappant pour une injection forcée.

Interrogées par Me Diane Protat sur place, elles ont répondu laconiquement : « Ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer ». Et n’ont pas répondu à d’autres questions, une attitude virant à la suffisance ou à l’arrogance. À moins que ce ne soit la prise de conscience de devoir agir sur réquisition en dépit du bon sens et de leurs devoirs de vétérinnaires
La sous-préfète Sophie Pauzat : du discours de soutien à l’action de contrainte
Nommée en février 2026, Sophie Pauzat déclarait dans La Dépêche du Midi : « L’État sera au soutien des agriculteurs ». Elle se présentait comme une interlocutrice attentive aux difficultés du monde rural dans le Couserans.

Le 17 avril, elle était pourtant sur le terrain pour encadrer une opération exécutée contre la volonté d’une agricultrice. Malgré les déclarations de Christelle Record (« Vous ne toucherez pas mes bovins ! ») et la mobilisation citoyenne, la sous-préfète a validé l’intervention sécurisée par les gendarmes. Pour beaucoup d’observateurs, cette présence illustre un double discours : des paroles de proximité quand tout va bien, et la contrainte administrative dès que l’intérêt public (ici sanitaire) prime.
L’incohérence de la Sardaigne : une justification qui pose question
Lors de l’audience du référé-liberté le 16 avril au tribunal administratif de Toulouse, la sous-préfète aurait évoqué la résurgence de la DNC en Sardaigne pour souligner l’urgence, affirmant que les cas provenaient d’animaux non vaccinés.
Or, le même jour, le ministère italien de la Santé publiait un communiqué officiel : le premier foyer confirmé le 14 avril à Muravera (province de Cagliari) concernait des veaux d’environ quatre mois nés de mères vaccinées contre la LSD. Des tests sérologiques sont en cours sur les adultes vaccinés. Un second cas suspect est en cours d’examen à Villa Putzu. Le texte est clair et public.

Cette divergence entre la déclaration de la représentante de l’État et le communiqué officiel italien interroge. Lorsqu’une autorité publique invoque un fait pour justifier une mesure contraignante, n’est-il pas de son devoir d’apporter la preuve factuelle ? L’omission de l’origine vaccinale des animaux concernés renforce le sentiment d’une justification incomplète, voire orientée.
La décision du tribunal : une ombre sur l’indépendance judiciaire
L’ordonnance du juge des référés Philippe Grimaud (n° 2603232) du 16 avril 2026 rejette les demandes de Christelle Record. Ce magistrat est un ancien élève de l’ENA de la promotion Senghor 2002-2004 – la même que celle d’Emmanuel Macron. Des observateurs présents à l’audience, qui ont pris en verbatim les échanges, les questions du magistrat et les réponses des parties, estiment que le texte ne correspond ni au ton ni à l’ambiance de l’audience.
Plus grave : la décision contient dans les propriétés du fichier la mention d’une personne étrangère au tribunal administratif. Le nom sur le fichier correspond à celui d’une avocate spécialisée en droit administratif inscrite au barreau de Toulouse. Pour ces témoins directs, le jugement donne le sentiment qu’il n’aurait pas été entièrement rédigé par le magistrat lui-même, comme si « le stylo du juge avait été tenu » par un tiers.

En droit français, le faux en écriture publique (article 441-4 du Code pénal) est une infraction grave lorsqu’il altère la vérité dans un acte juridictionnel. S’il était établi qu’un tiers extérieur ait dicté ou rédigé la décision, cela constituerait un déni de justice. Christelle Record et Me Protat n’ont pas encore communiqué sur d’éventuelles suites pénales, mais le doute existe. Le juge des Libertés, saisit ce vendredi par Me Emile Tribalat et Me Protat, a été alerté de cela mais n’en a pas tenu compte dans la décision rendue le 17 avril 2026, qui n’a pas suspendu l’exécution de la décision du TA de Toulouse et qui mettait en avant le droit au recours effectif de Mme Record. Interrogés par France-Soir, le magistrat et la sous-préfète n’ont pas répondu. L’avocate dont le nom figure sur l’ordonnance n’était pas non plus disponible.
Réactions et suites
Profondément marquée par les moyens déployés, Christelle Record a annoncé avoir l’intention de mettre fin à son activité d’éleveuse. Ses soutiens dénoncent une atteinte au consentement et aux libertés fondamentales. Sur les réseaux, de nombreuses interrogations existent quant à la réalité des personnes présentes sur l’exploitation de Christelle Record. De par nos observations, des personnes présentes sur les lieux pourraient ne pas avoir été sur la liste des personnes autorisées à pénétrer sur l’exploitation. Vers 13h25 alors que les forces de l’ordre se dirigeaient vers leurs moyens de transport pour l’interruption de mi-journée après avoir été sur le théâtre de l’opération depuis 7 h du matin, un gendarme dans un véhicule, répondant à la question « Que se passe-t-il maintenant ?», me déclarait : « Je ne sais pas, je ne fais pas partie du dispositif, veuillez vous adresser au chef du dispositif ». Il ne connaissait pas non plus son nom et s’empressait de fermer la fenêtre passager de son véhicule pour partir.

L’affaire dépasse le simple cas d’une éleveuse : elle cristallise les tensions entre police sanitaire obligatoire et consentement des exploitants, entre bien-être animal (stress du fléchage) et rigueur administrative.
Enjeux : consentement, indépendance et confiance
Cette opération soulève des questions essentielles :
- Le code de déontologie vétérinaire autorise les réquisitions en mission de police sanitaire, mais autorise-t-il l’usage d’un matériel de zoo inadapté ?
- Le discours politique de proximité avec les agriculteurs tient-il encore lorsque l’État impose la contrainte ?
- La justice administrative peut-elle être soupçonnée d’influence extérieure sans que cela ne remette en cause sa légitimité ?
- Jusqu’à quel point l’État peut-il contraindre les citoyens sans respecter l’objection de conscience et le bafouement d’autres libertés fondamentales comme le droit au recours effectif qui s’éteint puisque la vaccination forcée effectuée est irreversible ? (Et donc si le Conseil d’État statuait en faveur de l’éleveuse, la situation de l’état non vaccinal de ses bêtes ne pourrait pas être remise en état avant la vaccination.
L’affaire Record n’est pas terminée. De nouveaux recours sont annoncés. Elle restera surtout comme le symbole d’un fossé croissant entre les promesses de l’État et la réalité vécue par certains éleveurs indépendants.
Christelle Record l’avait dit : « Vous ne toucherez pas mes bovins. »
L’État a répondu par la force. La question reste posée : au nom de quelle urgence sanitaire justifie-t-on de briser à ce point la confiance tout en laissant perdurer l’omerta sur des questions ayant trait aux libertés fondamentales ?
D’autres éleveurs sont sous la menace de ces vaccinations obligatoires. Des recours seraient en cours pour essayer encore une fois de faire valoir les arguments du respect des libertés fondamentales, notamment celui d’avoir des recours effectifs.