«Deus Vult» : Quand le Pentagone se prend pour les Templiers
par Nathanaël Gershom
Il y a quelques semaines, un soldat américain stationné sur une base du Golfe a envoyé un message glaçant à une association de défense des droits des militaires. Il racontait le briefing de son commandant avant les premières frappes sur l’Iran. Le gradé, un homme bardé de décorations, n’a pas parlé de cibles stratégiques, de défense antimissile ou de l’état des forces ennemies. Il a dit à ses hommes, très sérieusement, que le président Donald Trump avait été «oint par Jésus pour allumer le feu de signal en Iran afin de provoquer l’Armageddon et de marquer Son retour sur Terre».
Ce n’est pas une blague. Ce n’est pas une exagération. Cette plainte est l’une des plus de deux cents déposées officiellement auprès de la Military Religious Freedom Foundation depuis le début du conflit. Des soldats de tous les corps d’armée, des bases du monde entier, racontent la même chose : leurs supérieurs ne leur parlent pas de guerre. Ils leur parlent de Croisade.
Le Tatouage qui dit tout
Pour comprendre comment l’armée la plus puissante de l’histoire de l’humanité en est arrivée là, il faut regarder les tatouages de son ministre de la Défense. Pete Hegseth n’est pas un général sorti de West Point. C’est un ancien animateur de Fox News, un «expert» en tout et en rien, devenu célèbre pour ses sorties virilistes et ses critiques des «règles d’engagement idiotes» qui protègent les civils.
Sur son biceps droit, une phrase en latin : Deus Vult. Cela signifie «Dieu le veut». C’était le cri de guerre des Croisés lorsqu’ils ont pris Jérusalem en 1099 et massacré la totalité de sa population – juifs, musulmans, et même chrétiens orientaux – dans un bain de sang que les historiens médiévaux eux-mêmes décrivent comme atroce.
Sur sa poitrine, la Croix de Jérusalem, l’emblème des Templiers, ces moines-guerriers dont le quartier général était installé sur l’Esplanade des Mosquées, une profanation délibérée des lieux saints musulmans.
Hegseth a intitulé son livre American Crusade. Il n’en fait pas mystère. Il se voit littéralement comme un Croisé des temps modernes. Sa mission, telle qu’il la conçoit, n’est pas de défendre les intérêts géopolitiques des États-Unis ou de protéger des alliés. Sa mission est de mener une guerre sainte contre l’Islam, qu’il considère comme une civilisation barbare à écraser.
La Purge du Pentagone
Depuis son arrivée à la tête du Pentagone, Hegseth a méthodiquement transformé l’institution. Il a limogé 90% du personnel chargé de veiller à ce que les frappes américaines ne tuent pas accidentellement des civils. Pour lui, les «bavures» ne sont pas des tragédies ; ce sont des victoires. Il l’a dit lui-même sur un plateau de télévision : «Nous négocions avec des bombes. Ce n’est pas censé être un combat équitable. Nous leur portons des coups alors qu’ils sont à terre».
Il a bloqué la promotion d’officiers exemplaires parce qu’ils étaient des femmes ou des Noirs. Il a invité son pasteur personnel, un nationaliste chrétien qui prône l’abrogation du droit de vote des femmes, à s’adresser aux troupes. Il a organisé des cultes évangéliques mensuels retransmis en direct dans toutes les bases du monde, où l’on prie pour que «chaque balle atteigne sa cible».
Le Pentagone n’est plus un ministère. C’est une église militarisée. La stratégie a été remplacée par la prière. La logistique par la prophétie.
L’École de Minab
Le 28 février 2026, dès les premières heures de la guerre, une frappe américaine a pulvérisé une école primaire de filles dans la ville de Minab, dans le sud-est de l’Iran. Plus de 170 enfants et leurs enseignants ont été tués sur le coup. Quand la nouvelle est remontée, Trump a d’abord accusé l’Iran d’avoir bombardé sa propre école. Puis, quand l’enquête américaine a confirmé que c’était bien un missile américain, Trump a dit qu’il «ne savait pas».
Hegseth, lui, n’a pas eu un mot de regret. Pas une once de compassion. Son seul commentaire sur la conduite de la guerre a été pour se vanter que les bombardiers B-2 feraient pleuvoir «la mort et la destruction» et que ses troupes étaient déchaînées avec «une fureur épique».
Face à de tels actes, le monde entier commence à comprendre que cette guerre n’est pas une opération militaire classique. C’est un acte de folie meurtrière guidé par une idéologie apocalyptique. Le problème n’est pas que l’armée américaine ait été «infiltrée» par des fanatiques religieux. Le problème, comme l’a dit le directeur de l’association qui recueille les plaintes des soldats, c’est que ces fanatiques «n’ont pas infiltré l’armée. Ils y ont été invités».
Invités par Trump. Installés par Hegseth. Et aujourd’hui, ils ont le doigt sur le bouton nucléaire.
1 – Trump et Israël : Une «osmose» qui vient de loin