Dérégulation des OGM : la science contre l’opacité européenne


L’Union européenne s’apprête à autoriser la culture de nouveaux OGM, sans contrôle ni transparence. Alors que le Parlement européen doit voter le 18 mai sur une déréglementation controversée, les producteurs bio et les scientifiques du projet Darwin tentent de développer des méthodes pour traquer ces plantes modifiées. Qui paiera le prix de cette opacité ? Les filières bio, les consommateurs, et peut-être même la science, contrainte de courir après des innovations génétiques libérées sans garde-fous.

L’Europe finance des chercheurs pour détecter ce qu’elle refuse d’encadrer. Les nouveaux OGM, ces plantes génétiquement modifiées à coups de ciseaux moléculaires, pourraient bientôt envahir les champs européens, sans étiquette ni traçabilité. Pourtant, le projet Darwin, un consortium scientifique incluant l’Anses et le Cirad, prouve que leur détection est possible. À une condition près : que les industriels jouent le jeu en partageant les données génétiques de leurs créations. Or, Bruxelles a choisi de fermer les yeux.

Comme le rapporte Reporterre, la méthode actuelle repose sur des tests PCR, efficaces mais tributaires de la transparence des producteurs. « Même pour de petites modifications du génome, la détection semble possible, souligne Julie Mallet, de l’Anses. Mais avec le PCR, on a besoin de savoir ce que l’on cherche. » Autrement dit, sans informations, pas de détection. Pourtant, comme le rappelle Tyler Arbour, d’Ifoam Organics Europe, « la proposition européenne n’impose aucune obligation de déclaration aux fabricants de NGT de catégorie 1 ». Pire, elle ignore les recommandations du projet Darwin, qui préconisait en 2025 de « divulguer un minimum d’informations génétiques » pour réduire les coûts et accélérer la surveillance.

Face à ce vide réglementaire, les scientifiques explorent des pistes alternatives. Le séquençage complet du génome, par exemple, permet de comparer l’ADN d’une plante suspecte à des bases de données existantes. « Si ce génome montre une séquence inconnue, cela nous met la puce à l’oreille », explique Julie Mallet. Mais la marge d’erreur reste importante, surtout pour les mutations naturelles. D’autres techniques, comme l’analyse de marqueurs biologiques ou l’empreinte génétique, pourraient offrir des solutions. « Cette détection est une condition pour les filières bio et non-OGM », insiste Tyler Arbour, appelant à une mobilisation pour « pousser des règles plus exigeantes ».

Treize ONG européennes ont déjà dénoncé le financement tardif de Darwin, accusant Bruxelles d’avoir « savamment choisi » son calendrier pour adopter sa proposition avant les résultats des recherches. L’Europe, en refusant la transparence, place les producteurs bio et les consommateurs dans une position intenable. La science tente de rattraper le retard imposé par une réglementation à la fois laxiste et contradictoire. Reste à savoir si elle parviendra à gagner cette partie avant que les OGM ne deviennent incontournables.





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