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L’Inde a vivement réagi après la republication par Donald Trump de propos visant les immigrés indiens aux États-Unis. New Delhi juge ces déclarations «mal informées, inappropriées et de mauvais goût», dans un contexte déjà tendu entre les deux pays autour de l’immigration et des droits de douane.
Donald Trump a relancé une polémique diplomatique avec l’Inde en partageant sur Truth Social des propos visant le pays et les immigrés indiens installés aux États-Unis. Le président américain a publié une transcription reprenant des déclarations de l’animateur conservateur Michael Savage contre le droit du sol aux États-Unis. Dans ce texte, Savage affirme qu’« un bébé ici devient instantanément citoyen, puis ils font venir toute la famille d’Inde ou d’un autre enfer de la planète ».
La réaction de New Delhi n’a pas tardé. Le ministère indien des Affaires étrangères a répondu le 24 avril par la voix de son porte-parole Randhir Jaiswal, qui a qualifié ces remarques d’« inappropriées et de mauvais goût ». Il a souligné qu’elles « ne reflètent certainement pas la réalité de la relation Inde-États-Unis, fondée depuis longtemps sur le respect mutuel et des intérêts partagés ».
Au-delà de l’Inde, le message partagé par Trump contenait aussi des accusations contre les communautés indienne et chinoise installées aux États-Unis. Michael Savage a accusé les immigrés indiens et chinois du secteur technologique de défavoriser les Américains blancs. Il a affirmé que certains mécanismes internes du secteur seraient contrôlés par des Indiens et des Chinois. Ces propos s’inscrivent dans le débat américain sur l’immigration, alors que Trump défend une ligne dure contre le droit du sol et les visas de travail, notamment les visas H-1B, largement utilisés par les professionnels indiens du secteur technologique.
New Delhi condamne, Washington tente d’apaiser
La réaction indienne a rapidement pris une dimension politique. Le parti du Congrès, principale force d’opposition en Inde, a qualifié la formule d’« extrêmement insultante et anti-indienne » et estimé qu’elle « blesse chaque Indien ». Le parti a demandé au Premier ministre Narendra Modi de soulever directement la question auprès du président américain.
Aux États-Unis aussi, la publication a suscité des critiques. La Hindu American Foundation s’est dite troublée par un discours « haineux et raciste », estimant qu’un tel relais par le président américain pouvait nourrir la xénophobie. Le représentant démocrate Ami Bera, fils d’immigrés indiens, a pour sa part qualifié la publication d’« offensante, ignorante et indigne de la fonction » présidentielle.
Face à l’ampleur de la polémique, l’ambassade américaine à New Delhi a cherché à limiter les tensions. Son porte-parole Christopher Elms a rappelé que Trump avait aussi décrit l’Inde comme « un grand pays » dirigé par « un très bon ami ». Le ministère indien a dit avoir pris note de cette clarification, tout en maintenant sa condamnation des propos relayés.
Des tensions déjà fortes
Cette affaire intervient dans un moment délicat pour les relations entre Washington et New Delhi. L’administration Trump a récemment imposé des droits de douane élevés à l’Inde, notamment en lien avec ses achats de pétrole russe. Dans ce contexte, l’Inde continue de défendre ses intérêts économiques et énergétiques, malgré les pressions américaines sur ses achats de pétrole russe. Pour New Delhi, cette coopération relève d’abord de ses besoins nationaux et de ses propres choix stratégiques.
La visite prévue du secrétaire d’État américain Marco Rubio en Inde le mois prochain s’annonce donc plus délicate que prévu. Ce déplacement devait permettre de tourner la page des tensions récentes entre deux partenaires habituellement proches. Cette nouvelle polémique montre toutefois que la relation reste fragile, surtout lorsque la politique intérieure américaine vise directement les communautés issues d’Inde et que Washington cherche à imposer ses priorités à ses partenaires, y compris sur leurs choix énergétiques.