Cette interview est en fait une falsification grossière de la situation réelle du Venezuela. Thomas Posado ment délibérément ! Dans quels buts le fait-il et pourquoi l’UGICT-CGT s’en fait-elle le porte voix ?
On pourrait considérer que la CGT se fait manipuler par un de ces “experts” de plateau dont la collusion avec les émules de la forcenée Maria Machado est évidente. En fait non, soyons lucide, dorénavant la CGT participe directement à la campagne internationale orchestrée par Washington contre la poursuite de la révolution bolivarienne pour en dénaturer la perception que des militants sincères peuvent en avoir quant ils ne disposent pas de tous les éléments.
Il n’est pas sans intérêt de noter que cela se fait dans « Options », le journal de l’UGICT-CGT dont la secrétaire générale était il y a trois ans Sophie Binet. Comme je l’ai expliqué dans un article, (2) S. Binet a fait passer internationalement la CGT avec armes et bagages dans le camp d’en face. C’est à dire celui de ce syndicalisme de collaboration de classes, aligné sur la Confédération Européenne des Syndicats (CES), la Conféderation Syndicale Internationale (CSI) et l’euro atlantisme.
Dans cette interview, il est significatif que T. Posado à aucun moment n’évoque le nom de l’autre centrale dont il dit tant de bien. Celle-ci est la CTV . La CTV est typiquement un syndicat jaune qui aux côtés de la FEDECAMERAS, le patronat vénézuélien a organisé concrètement et financièrement le coup d’état de 2002 contre Chavez. La CTV est connue pour sa corruption et sa relation étroite avec les secteurs les plus réactionnaires de l’AFL CIO dont elle reçoit des fonds, ainsi que du NED , (le National Endowment for Democracy) qui est comme chacun sait une couverture de la CIA. En 2002, la CTV a reçu 135 000 dollars pour contribuer au coup d’état contre H.Chavez. La CTV est par ailleurs un membre actif de l’Alliance démocratique (AD) dont la dirigeante est Maria Machado, trumpiste de choc et prix Nobel qui veut vendre le Venezuela aux Etats Unis.
Après des années de dictature sanglante pour lesquelles le mouvement syndical révolutionnaire du Venezuela a payé un lourd tribut, la formation, la construction et l’unité du mouvement syndical bolivarien est dorénavant une réalité qu’il faut soutenir internationalement, en particulier ses initiatives pour constituer un front anti-impérialiste du mouvement ouvrier antifasciste. Cela devrait être la tâche de la CGT qui ne cesse de proclamer son engagement contre l’extrême droite, depuis que comme le défend S. Binet la priorité n’est plus le combat contre le capitalisme mais l’action contre l’Internationale de l’extrême droite parrainée par D. Trump, V. Poutine et Xi Jinping.
Dans les conditions du blocus inhumain imposé par les USA avec la complicité de l’Union Européenne, les conséquences sociales des sanctions illégales contre le Venezuela tout comme contre Cuba ou l’Iran sont d’un cout social élevé. Pourtant, dans le même temps le gouvernement de Nicolas Maduro et aujourd’hui celui de Delcy Rodriguez ont encouragé, notamment à travers le nouveau pouvoir communal une autre redistribution des richesses qui a permis d’apporter des réponses rapides, concrètes et matérielles au peuple et que celui-ci défend.
T. Posado n’en dit évidemment pas un mot. L’objectif est de faire douter et déstabiliser. Car en fait cette interview est un soutien objectif à la contre révolution, ce qui d’ailleurs n’est pas nouveau. Depuis B. Thibault les orientations du département international de la CGT ont consisté à refuser toute solidarité avec le mouvement syndical bolivarien et contribué ainsi à la critique occidentale systématique de Chavez puis de Maduro au sujet des droits de l’homme. Les chiens ne font pas des chats.
Avec T. Posado la ficelle à la grosseur d’un câble. Il est tout aussi significatif qu’il ne dit pas un mot sur le vaste mouvement populaire qui quotidiennement manifeste à travers le pays pour soutenir la légitimité de la présidente par intérim Delcy Rodriguez dont la rencontre récente avec le Président de la Colombie Gustavo Petro est une preuve supplémentaire que le Venezuela bolivarien n’a pas déserté son camp et qu’il se tient dans la poursuite du processus de transformation révolutionnaire du Venezuela avec « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Cette interview de T. Posado doit être dénoncée dans la CGT et ailleurs, elle illustre la connivence de la direction de la CGT avec les pires ennemis des travailleurs, elle rompt avec l’identité anticapitaliste et anti-impérialiste qui est celle de toute l’histoire de la CGT.
A quelques mois du 54e Congrès National de la CGT, il faut tirer les leçons du ralliement de sa direction qui ne peut qu’être préjudiciable aux travailleurs et à la crédibilité du mouvement syndical. C’est la responsabilité des syndicats CGT. Ce sera leur Congrès, en particulier de ceux parmi les plus actifs qui considèrent que Venezuela, Cuba, Palestine, Iran sont un seul et même combat contre le capitalisme à son stade impérialiste.
Jean-Pierre PAGE
Ancien responsable des affaires internationales de la CGT.
Notes :
1- Thomas Posado est Maître de conférence à l’Université de Rouen. Il collabore par ailleurs à la revue « Recherches Internationales » associée au PCF et dont le directeur est Michel Rogalski dont l’hostilité au Venezuela chaviste est connu depuis plus de 20 ans. De cette époque ou R.Hue et F.Wurtz refusaient de recevoir Hugo Chavez au siège du PCF.
2- « pour Sophie Binet , la CGT doit rallier l’union sacrée », le Grand Soir, mars 2025.