Le 3 mai, l’Assemblée générale des Nations Unies célèbre, depuis 1993, la liberté de la presse. Ce jour n’est pas une commémoration folklorique : il rappelle que l’information libre demeure le rempart ultime des démocraties, le quatrième pouvoir, celui qui, en théorie, surveille, questionne et empêche l’arbitraire. Or, en ce 3 mai 2026, force est de constater que ce contre-pouvoir n’existe plus, tout du moins en France et dans de nombreux autres pays. Il a été trahi de l’intérieur.

Les journalistes, gardiens autoproclamés de la vérité, ont choisi la servitude volontaire. Non pas celle imposée par un tyran, mais celle acceptée par calcul, par peur du déclassement, par confort de caste. Ils ont troqué le courage, la lucidité, le jugement, l’art et la ruse – les cinq obstacles à la vérité que rappelait déjà Bertolt Brecht – contre le privilège de relayer le narratif officiel, subventionné, certifié « sincère » par les institutions mêmes qu’ils devaient contrôler. Ils ont préféré l’hypocrisie des élites à l’exigence du peuple. Ils ont transformé la presse en chambre d’écho du pouvoir plutôt qu’en sentinelle de la liberté.

Plus que jamais, l’information est le pouvoir du peuple. Toute tentative de censurer, d’invisibiliser, de complexifier à l’extrême ou de « nuancer » jusqu’à l’absurde une vérité dérangeante constitue une attaque directe contre les droits fondamentaux des citoyens. Quand l’État se fait l’artisan de ses propres mensonges – comme l’illustre cruellement la Déclaration de Paris du 29 octobre 2025, qui érige la « vérité » en bien public tout en organisant son monopole –, quand les médias publics, financés à hauteur de milliards par le contribuable, deviennent les fabricants d’une réalité parallèle, la démocratie n’est plus qu’une façade.

Demain, 4 mai 2026, le rapport Alloncle, issu d’une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, sera publié. Ce rapport, voté à une courte majorité, sonne la nécrologie d’un « monde meilleur » : celui de Delphine Ernotte et de Céline Pigalle, où l’on définissait « le réel tel qu’on voudrait qu’il soit » plutôt que tel qu’il est, où le pluralisme était sacrifié sur l’autel du « consensus social », où la servitude volontaire des élites médiatiques protégeait leurs rentes au détriment de la vérité. Ce rapport ne fait que constater ce que les Français savent déjà depuis longtemps : la défiance historique envers les médias traditionnels (baromètre MIS Group, février 2026) n’est pas un complot, elle est la conséquence logique d’une trahison collective du contrat social.

La France, pays des Lumières, voit ses lumières s’éteindre dans l’opacité, les divisions orchestrées et la trahison des libertés. Mais la lumière ne s’éteint jamais totalement tant qu’il reste des voix libres. C’est pourquoi, face à cette défaillance historique du quatrième pouvoir, émerge un cinquième pouvoir : celui du peuple lui-même. Nos experts, ce n’est plus une caste parisienne subventionnée. Nos experts, c’est vous. C’est le citoyen qui croise les sources, qui refuse la novlangue de l’« intégrité informationnelle », qui exige la simplicité aristotélicienne face à la complexité orwellienne.

Le 3 mai ne doit pas être une journée de célébration hypocrite. Il doit être le jour où nous rappelons, sans concession, que la liberté de la presse n’appartient ni à l’État ni à ses relais. Elle appartient au peuple. Et toute tentative de la confisquer, sous quelque prétexte que ce soit – désinformation, intégrité, sécurité –, est une déclaration de guerre contre la démocratie elle-même.

Au cœur de cette liberté réside un droit plus fondamental encore : le droit à l’autonomie, cette capacité de l’être humain à se gouverner par sa propre raison, à penser, à juger et à consentir en pleine lumière. Comme l’affirmait Kant dans Qu’est-ce que les Lumières ?, l’autonomie est la sortie de l’état de minorité dont nous sommes nous-mêmes responsables. Or, cette sortie n’est possible que par l’usage public et libre de la raison – usage que seule une information claire, non polluée et pluraliste permet.

Un peuple bien informé est un peuple en bonne santé. L’information dépourvue de biais, de propagande et d’opacité n’est pas seulement le pouvoir rendu au peuple ; elle constitue son système immunitaire le plus essentiel – mental d’abord, physique ensuite. Elle fortifie le jugement individuel contre les manipulations cognitives, protège le libre arbitre contre les injonctions de conformité, et préserve le corps social tout entier contre la maladie de la servitude volontaire. Priver les citoyens d’une information fiable, c’est affaiblir leur faculté de discernement, c’est les maintenir dans une minorité perpétuelle, c’est finalement attenter à leur dignité même. Car l’autonomie n’est pas un luxe philosophique : elle est la condition première du consentement éclairé, du contrat social rousseauiste renouvelé, et de la santé démocratique. Sans elle, la presse ne protège plus la liberté ; elle devient l’instrument d’une gouvernance par la peur et par l’ignorance fabriquée. Dans un tel monde, le quatrième pouvoir n’est plus un contre-pouvoir : il est le bras armé d’une minorité qui veut conserver le monopole de la vérité.
Le quatrième pouvoir est mort. Vive le pouvoir du peuple informé pour son autonomie et sa souveraineté.