Harcèlement, la souffrance des élèves, le désarroi du personnel
La récente condamnation en appel d’une professeure reconnue coupable d’humiliations répétées à l’encontre d’une élève a fait ressortir la complexité des situations de harcèlement scolaire. Si les pouvoirs publics luttent contre ce type de violence, ils en ont une conception limitée et figée, qui empêche peut-être d’en percevoir les racines profondes.

Plusieurs suicides d’élèves ont récemment marqué l’opinion publique française. S’ils demeurent exceptionnels — 2,7 pour 100 000 chez les moins de 25 ans, contre 13,3 pour l’ensemble de la population —, la médiatisation de ces drames les inscrit souvent dans un continuum de violences. Où figure en bonne place le harcèlement scolaire, objet d’une politique nationale depuis 2011, quand le ministère de l’éducation a commencé à en assurer un suivi. Un enfant est considéré comme harcelé en fonction du nombre d’atteintes répétées — aux biens, physiques, sexuelles, verbales, numériques — qu’il déclare et de son évaluation de la qualité de vie à l’école : 3 % des écoliers du CE2 au CM2, 5 % des collégiens et 3 % des lycéens auraient ainsi subi un harcèlement au cours de l’année scolaire 2024-2025, un phénomène relativement stable depuis 2011. Certaines associations font des constats plus alarmistes sur la base de sondages en ligne et d’une définition moins stricte du harcèlement.
Avant les années 2010, l’attention des médias comme celle des responsables politiques se focalisent sur le problème de la « violence à l’école ». Cette notion inclut théoriquement aussi bien les agressions physiques (coups, bousculades) que les violences psychologiques (insultes, menaces), ou les outrages envers le personnel. Mais les pouvoirs publics se concentrent surtout sur cette dernière catégorie d’incidents, en particulier dans les établissements dits « sensibles ». Entre 2004 et 2009, la présence policière y est ponctuellement renforcée ; la transmission d’informations entre commissariats et directions d’établissement s’institutionnalise. La plupart des syndicats d’enseignants dénoncent cette approche sécuritaire et contribuent à réorienter les dispositifs vers davantage de prévention. Ainsi, en septembre 2009, un plan de formation des cadres à l’exercice de l’autorité en situation de crise est lancé, ainsi que la création d’équipes mobiles de sécurité (EMS), sous (…)
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Selim Derkaoui
Journaliste. Auteur de Laisse pas traîner ton fils. Comment l’État criminalise les mères seules, Les Liens qui libèrent, Paris, 2025.