Alors que l’Europe continue de compter sur Washington pour sa sécurité tout en critiquant ouvertement la première puissance mondiale, Donald Trump passe à l’acte. Samedi 2 mai, depuis West Palm Beach en Floride, le président américain a été clair : le retrait de 5 000 soldats annoncé par le Pentagone n’est qu’un début. « Nous allons réduire bien davantage et nous réduisons bien plus que 5 000 », a-t-il déclaré avant de monter dans son avion.
Le Pentagone avait confirmé vendredi un retrait représentant environ 15 % des 36 000 soldats américains stationnés en Allemagne, à étaler sur six à douze mois. Une décision qui s’inscrit dans une logique de longue date : Trump reproche aux Européens leur dépendance excessive à la protection américaine et leur manque chronique d’efforts en matière de défense. Mais le déclencheur immédiat est venu de Berlin. Lundi dernier, le chancelier allemand Friedrich Merz a lâché une phrase qui a plus que fait mouche : que les Américains « n’avaient visiblement aucune stratégie » en Iran et que Téhéran les « humiliait ». Des propos tenus alors que les États-Unis mènent, aux côtés d’Israël depuis fin février, une offensive contre la République islamique.
En critiquant ouvertement l’allié américain en pleine opération militaire, Merz a visiblement oublié que la sécurité de l’Allemagne reposait encore bien largement sur le dispositif militaire transatlantique. Plusieurs publications, dont le Guardian, le New York Times et Politico, confirment que ce retrait, bien que partiel pour l’instant, inquiéterait jusqu’aux rangs républicains, qui y voient un signal faible envoyé à Moscou.
Sur le terrain, l’impact sera concret. À Ramstein-Miesenbach, près de 8 000 militaires américains et leurs familles sont stationnés. Le maire Ralph Hechler alerte déjà : l’impact économique dépasse les 2 milliards d’euros par an. « D’autres villes de la région, d’où les troupes américaines ont été retirées après la fin de la guerre froide, ne se sont jamais remises de ce coup dur », a-t-il prévenu. Des études antérieures, reprises par divers médias, évaluaient déjà à plus d’un milliard d’euros annuels les retombées locales de la seule base de Ramstein.
Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est toute une architecture de dépendance qui vacille. Pendant des décennies, l’Allemagne et d’autres pays européens ont sous-investi dans leur défense, préférant financer un modèle social généreux grâce à l’« assurance-vie » américaine. Trump l’a répété pendant son premier mandat, puis à nouveau lors de sa campagne : l’époque où l’Amérique payait pour tout et qui plus est pour protéger des alliés ingrats est révolue.
Les tensions autour de l’Iran ne font que révéler au grand jour des fractures de plus en plus flagrantes. Alors que Washington et Tel Aviv engagent une confrontation stratégique contre le régime des mollahs, Berlin choisit une posture de donneur de leçons assez propre à l’Europe d’aujourd’hui. Le résultat est un Trump qui accélère ce que beaucoup considéraient comme une simple posture de négociation.
Un retrait qui, même progressif, repose une question centrale que l’establishment européen refuse d’affronter : que se passera-t-il le jour où les États-Unis, recentrés sur leurs intérêts nationaux et face à la montée de la Chine, décideront de réduire définitivement la voilure de leur empreinte en Europe ? L’Allemagne, ex-locomotive économique de l’UE, va devoir assumer pleinement les conséquences de choix diplomatiques hasardeux ainsi que de sa dépendance énergétique et sécuritaire passée.
Trump ne ferait ici que tirer les conclusions d’une relation déséquilibrée, mais à des fins, devenue obsolète. L’Europe risque fort de découvrir brutalement le coût réel d’une certaine souveraineté.