Ce mercredi 6 mai, au procès en appel de l’affaire du « supposé » financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, les autorités libyennes ont marqué un nouveau tournant. Par l’intermédiaire de leur avocate, elles ont officiellement réclamé 10 millions d’euros de dommages et intérêts à l’ancien président et à cinq de ses co-prévenus. Cette somme se décompose en 5 millions d’euros pour préjudice matériel et 5 millions pour préjudice moral. Selon elles, ces montants visent à réparer le dommage subi par la population libyenne en raison du détournement présumé de fonds publics de l’ère Kadhafi.
Comme le rappel 20minutes, les montants correspondent aux virements effectués en 2006 par le Trésor et les services libyens via l’intermédiaire Ziad Takieddine. Pour les parties civiles libyennes, ces fonds auraient alimenté un « pacte de corruption » en vue de financer la campagne de Nicolas Sarkozy.
Condamné en première instance le 25 septembre 2025 à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs (ainsi qu’à 100 000 euros d’amende et à des interdictions), Nicolas Sarkozy a toujours farouchement contesté les accusations. Devant la cour d’appel de Paris, il répète : « pas un centime » de l’argent libyen n’a financé sa campagne. Ses avocats soulignent l’absence de preuve directe de flux vers les comptes de campagne, malgré des années d’enquête.
Une constitution de partie civile contestée
En première instance, le tribunal avait refusé la constitution de partie civile de l’État libyen, le considérant davantage comme acteur que comme victime du détournement. Les autorités post-Kadhafi reviennent aujourd’hui à la charge en se posant en victimes. Ce positionnement soulève des questions sur les motivations réelles. S’agit-il d’une reconnaissance d’un préjudice national ou d’une stratégie géopolitique dans un pays toujours instable depuis l’intervention de 2011 ?
L’affaire repose sur un faisceau d’indices, mais les juges de première instance avaient relaxé Sarkozy des chefs les plus lourds : corruption passive, détournement de fonds publics libyens et financement illicite de campagne. Seule l’association de malfaiteurs a été retenue, les magistrats estimant qu’il avait laissé ses proches, notamment Claude Guéant et Brice Hortefeux, démarcher la Libye.
Ziad Takieddine, intermédiaire central, est décédé en septembre 2025, juste avant le verdict de première instance, éteignant l’action publique à son encontre.
Dans un contexte où la France gère encore les retombées de la chute de Kadhafi, ce dossier continue de diviser. Le délibéré est attendu à l’automne 2026.