Au Chili, les principales chaînes de TV attaquent Google pour abus de position dominante


Le jeudi 7 mai, les six plus grandes chaînes de télévision chiliennes – Canal 13, Televisión Nacional, Mega, Chilevisión, TV+ et La Red – ont joint leurs voix pour porter plainte contre Google. Devant le Tribunal de défense de la libre concurrence (TDLC), l’Association nationale de la télévision (Anatel) accuse le géant américain d’abus de position dominante et demande une sanction. 

« Google contrôle l’accès aux audiences et s’approprie la valeur du journalisme produit par d’autres », accuse Pablo Vidal, président d’Anatel. C’est une réalité : les équipes de journalistes se réduisent comme peau de chagrin et la couverture régionale se fait de plus en plus rare, au profit du mastodonte. Au Chili, comme ailleurs, le modèle économique de l’information s’effondre sous le poids d’un Goliath qui ne rend pas de comptes… pour l’instant. L’objectif de cette plainte n’est ni plus ni moins que de sanctionner l’hégémonie de Google sur la publicité numérique et le référencement, tout en obligeant la plateforme à partager la valeur économique qu’elle capte sans rien rendre en retour.

Et cette mobilisation chilienne n’est pas un incident isolé. En Australie, le News Media Bargaining Code avait déjà forcé Google et Meta à négocier des paiements directs aux éditeurs. Aux États-Unis, le procès Antitrust de 2024 fait encore rage, mais Google contre-attaque en invoquant des délais de prescription expirés. En Europe, comme le rapporte Reuters, la société tente désespérément de modifier son algorithme de recherche d’actualités pour éviter une amende colossale de 9,5 milliards d’euros imposée par l’Union européenne. Au Canada, le Tribunal de la concurrence a rejeté en mars dernier la contestation constitutionnelle du géant américain, qui tentait d’invalider une sanction potentielle pouvant atteindre 91 milliards de dollars. Google avait argué qu’une telle amende, calculée sur trois fois les bénéfices illicites ou 3 % de son chiffre d’affaires mondial, violerait ses droits fondamentaux en s’apparentant à une peine criminelle disproportionnée. Le juge a tranché autrement en jugeant que cette somme, bien qu’hypothétique pour l’instant, restait nécessaire pour dissuader les comportements anticoncurrentiels.

Au Chili, les chaînes de télévision ne souhaitent pas vraiment négocier ; elles exigent une reconnaissance juridique de leur droit à exister. Si le TDLC donne raison à Anatel, cela serait non seulement une victoire pour les médias chiliens, mais aussi un signal global qui pourrait créer un précédent. Avec tout cela, peut-être que l’ère où les géants du web pouvaient piller sans contrepartie le travail des créateurs est bientôt révolue. Reste à voir si d’autres pays suivront la charge, ou si l’ogre réussira une fois de plus à contourner les lois du marché, et du respect.





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