Dans le Sud-Ouest, Territoire Solidaire distribue des repas aux plus démunis


Depuis quatre ans, à Pau et Mont-de-Marsan, l’association Territoire Solidaire apporte nourriture et réconfort aux plus démunis. En partenariat avec des agriculteurs locaux, ses membres préparent des repas distribués ensuite lors de maraudes. Ils s’arrêtent aux côtés de celles et ceux que, trop souvent, plus personne ne regarde. 

Association née de l’envie de jeunes étudiants de ne pas rester les bras croisés devant la misère, Territoire Solidaire fait partie de ces petites structures capables de faire beaucoup avec peu. Ses membres ont en effet saisi qu’il n’est pas nécessaire de partir à l’autre bout du monde ou de viser la lune pour faire acte de bienveillance… Ni pour se rendre utiles. Une initiative qui fait écho à celle de Proxidon qui révolutionne également le don alimentaire.

Ainsi, depuis bientôt quatre ans, les bénévoles de l’association arpentent les rues de Pau et Mont-de-Marsan. Plusieurs fois par mois, ils délivrent des repas aux sans-abris, aux sans-papiers et aux plus démunis. Pour cela, Territoire Solidaire fait appel à des agriculteurs et paysans locaux, auprès desquels ils récupèrent produits abîmés ou invendus : un cercle local et vertueux, qui profite à tous. Rencontre avec Antoine Darrieutort, fondateur de Territoire Solidaire et président depuis 2022.

Antoine Darrieutort a créé Territoire Solidaire en 2022, alors qu'il était encore étudiant ©Territoire Solidaire
Antoine Darrieutort a créé Territoire Solidaire en 2022, alors qu’il était encore étudiant ©Territoire Solidaire

Mr Mondialisation : Comment vous est venue l’idée de créer Territoire Solidaire ?

Antoine Darrieutort : « Étudiant, j’ai constaté qu’à Mont-de-Marsan, qui n’est pas une très grande ville, je voyais de plus en plus de gens dormir dehors en plein hiver. Cela m’a interpellé, créant chez moi beaucoup d’empathie. J’ai donc réfléchi à un projet mettant en valeur différents axes qui me sont chers : la paysannerie, l’écologie, la production locale, et le soutien aux plus démunis.

L’idée fut donc de préparer des repas issus uniquement des circuits-courts. J’ai commencé seul, puis connaissances et amis ont commencé à rejoindre les rangs. Aujourd’hui, l’association agit dans le département des Landes et des Pyrénées Atlantiques. » 

Mr Mondialisation : Financièrement, quels sont vos moyens de subsistance ?

Antoine Darrieutort : « Le fait que la presse locale ait commencé à s’intéresser à nous, cela nous a aidé à nous faire connaître. Nous avons reçu des dons qui nous ont permis de continuer. Depuis bientôt quatre ans, Territoire Solidaire survit grâce à la presse, les dons d’anonymes et les dons en nature. Mais aussi grâce à nos partenaires, à savoir des éleveurs, des producteurs et des maraîchers. Auprès d’eux, nous obtenons de grosses réductions ou des dons sur les invendus. Certains magasins nous contactent aussi pour nous donner leurs « légumes moches ». » 

« Nous avons su créer un écosystème entre les agriculteurs, les producteurs locaux et l’association. » 

Mr Mondialisation : Les repas distribués sont donc préparés par les bénévoles à partir de produits locaux ? 

Antoine Darrieutort : « Tout à fait. Les bénévoles préparent les repas à leur domicile. En hiver, nous faisons surtout des soupes, et en été, des sandwichs. Nous avons su créer un écosystème entre les agriculteurs, les producteurs locaux et l’association. En échange de leurs denrées, on s’engage à valoriser leurs actions et à leur faire de la pub. C’est un système gagnant-gagnant, nos partenaires apprécient de ne pas avoir à jeter leur marchandise, et de pouvoir aider. En cas de vente de leur part, ils ne réalisent pas de marge. » 

Les bénévoles distribuent des repas tous les week-ends ©Territoire Solidaire
Les bénévoles distribuent des repas tous les week-ends ©Territoire Solidaire

Mr Mondialisation : Concrètement, comment se déroulent les maraudes ? Avez-vous une idée du nombre de repas distribués jusqu’à aujourd’hui ? 

Antoine Darrieutort : « Territoire Solidaire a offert presque 2 000 repas en quatre ans. Nous distribuons généralement 6 à 8 repas par weekend sur Mont-de-Marsan, et nous nous rendons à Pau une fois tous les quinze jours.

Les distributions se font directement auprès des personnes qui en ont besoin. Nous visons notamment les jours de marché. S’il nous reste des repas, nous faisons le tour du centre-ville, et, enfin, des magasins situés en périphérie. » 

Mr Mondialisation : Quelles personnes touchez-vous lors de vos distributions ?

Antoine Darrieutort : « La moitié d’entre elles sont des personnes côtoyées toutes les semaines, dont les besoins sont constants. Mais il y a également celles que nous ne voyons qu’à l’approche de la fin du mois : des personnes qui travaillent et ont un logement se retrouvent à faire l’aumône devant des magasins, car elles sont à découvert à partir de la moitié du mois… Nos actions touchent donc toutes les personnes précaires. » 

L'association Territoire Solidaire distribue des repas aux plus démunis. ©Territoire Solidaire
L’association Territoire Solidaire distribue des repas aux plus démunis. ©Territoire Solidaire

Mr Mondialisation : Rencontrez-vous parfois des difficultés ?

Antoine Darrieutort : « On ne peut que constater que les politiques veulent invisibiliser les sans-abris, notamment en les expulsant de plus en plus des centres-villes. Or, quand on échange avec les passants ou les clients des magasins devant lesquels les gens font l’aumône, cela ne les dérange pas ! Ce qui me pose vraiment problème, c’est que les collectivités se défaussent en donnant de l’argent aux associations pour se décharger de la lutte contre la précarité. Alors, la solidarité se fait entre citoyens… » 

« en réalité, on ne devrait pas exister ! C’est à l’État de faire en sorte que personne ne dorme à la rue… »

Mr Mondialisation : Comment voyez-vous l’avenir de Territoire Solidaire ?

Antoine Darrieutort : « J’ai envie de dire qu’en réalité, on ne devrait pas exister ! C’est à l’État de faire en sorte que personne ne dorme à la rue… Nous voudrions ne pas être nécessaires, que les pouvoirs publics prennent en charge ces problèmes, que les Restos du Cœur n’existent pas non plus…

Environ 350 000 personnes, en France, vivent à la rue... ©Pixabay
Environ 350 000 personnes, en France, vivent à la rue… ©Pixabay

Si nous n’avons pas de locaux aujourd’hui, c’est par choix. Nous n’avons pas voulu entrer dans ce système de la municipalité qui cède des locaux associatifs pour se détourner de la misère. Alors, sans argent public, c’est évidemment compliqué de s’élargir. Nous avons des limites financières comme géographiques. Mais notre ADN est de refuser l’argent des collectivités, de continuer à nous battre et de mettre en avant l’agriculture locale tout en aidant les plus démunis. » 

« nous sommes ouverts à toutes les aides, même ponctuelles ! »

Mr Mondialisation : De nouveaux bras sont-ils les bienvenus ?

Antoine Darrieutort : « Bien sûr ! Lorsque j’ai créé l’association, j’étais encore étudiant. De fait, nous avons commencé entre amis, tous étudiants, mais plusieurs ont changé de ville depuis. Toutefois, si nous avons perdu une partie de cette jeunesse, nous avons également recruté d’autres personnes, notamment un peu plus âgées. Nous avons un noyau de 5 à 6 bénévoles réguliers, sur lesquels se greffe environ le double de bénévoles occasionnels. De fait, nous sommes ouverts à toutes les aides, même ponctuelles ! » 

Pour suivre ou joindre Territoire Solidaire, rendez-vous sur Facebook, Twitter. Vous pouvez également les contacte par mail via asso.territoiresoliddaire@gmail.com

Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©Territoire Solidaire

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