Les « polluants éternels » continuent de remonter à la surface. Des rapporteurs spéciaux de l’Organisation des Nations unies ont pointé du doigt deux industriels installés dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon. Arkema et Daikin sont accusés d’avoir porté atteinte aux droits fondamentaux de riverains exposés aux PFAS, ces substances chimiques ultra-persistantes désormais retrouvées partout dans l’environnement.
Dans une lettre aux entreprises, ainsi qu’au gouvernement, plusieurs experts mandatés par l’ONU évoquent des « informations alarmantes » concernant la contamination des eaux et des sols autour des plateformes industrielles de Pierre-Bénite. Les rapporteurs s’inquiètent notamment des conséquences sanitaires possibles pour les habitants, et dénoncent un manque de transparence.
Les PFAS, pour substances per- et polyfluoroalkylées, regroupent plusieurs milliers de composés chimiques utilisés depuis les années 1950. On les retrouve dans les poêles antiadhésives, les textiles imperméables, les mousses anti-incendie ou encore certains emballages alimentaires. Ces molécules se dégradent extrêmement lentement et s’accumulent dans l’eau, les sols, les animaux et le corps humain.
Depuis deux ans, la vallée de la chimie lyonnaise en est devenue un réservoir. Des analyses menées par des associations et des laboratoires indépendants ont révélé des concentrations importantes de PFAS dans le Rhône, les nappes phréatiques et parfois même dans l’eau potable. Ici et là, les citoyens découvrent que leurs communes ont été exposées pendant des années sans réelle information publique. D’autres s’interrogent sur les risques pour leur santé. Comme le rapporte Le Monde, plusieurs études scientifiques associent certains PFAS à des cancers, des troubles hormonaux, des problèmes de fertilité ou des atteintes du système immunitaire, même si les effets varient selon les molécules et les niveaux d’exposition.
Arkema et Daikin contestent de leur côté toute mise en danger volontaire. Les industriels rappellent qu’ils ont respecté les réglementations en vigueur au moment des rejets et assurent avoir engagé des investissements pour réduire leurs émissions. Arkema affirme notamment avoir cessé certains rejets de PFAS dans le Rhône dès 2022.
En février 2025, le Parlement français a adopté une loi restreignant progressivement certains usages des PFAS dans les cosmétiques, les vêtements ou les produits de fartage pour les skis. Plusieurs ONG jugent cependant le texte insuffisant, car il épargne encore certains usages industriels. La mise en cause de l’ONU change toutefois la dimension du dossier. Jusqu’ici, les PFAS relevaient surtout de débats sanitaires ou environnementaux. Désormais, la question glisse vers celle des droits humains : droit à la santé, droit à l’information, droit à un environnement sain. Des notions qui pourraient ouvrir la voie à de nouvelles procédures judiciaires et accentuer la pression sur les industriels comme sur l’État.