Le déficit et la dette de Berlin enfreignent les règles budgétaires de l’UE, la Commission envisage une sanction, voire une procédure pour déficit excessif


En raison d’une conjoncture économique qui ne répond ni aux attentes ni aux prévisions faites par la première économie continentale, la Commission européenne envisage de tirer les oreilles à Berlin. L’exécutif européen dirigé par Ursula von der Leyen présentera le 03 juin son rapport sur les économies des 27 États membres et cette année, l’Allemagne pourrait recevoir un avertissement et une procédure pour déficit excessif pointe son nez.

Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2025 à la tête d’une coalition CDU/CSU-SPD, Friedrich Merz a rompu avec la rigueur budgétaire en assouplissant le frein à l’endettement constitutionnel par un fonds spécial de 500 milliards d’euros pour les infrastructures et la transition climatique sur douze ans, excluant partiellement les dépenses militaires de cette règle pour faire de son pays la “première puissance militaire conventionnelle” du Vieux continent. Le budget 2025 adopté en septembre prévoit des dépenses publiques à 502,5 milliards d’euros, en hausse de 25 milliards par rapport à 2024, avec un endettement net de 143 milliards d’euros et un renforcement des investissements en défense visant 3,5 % du PIB d’ici 2029. 

Sous Merz, la dette et le déficit se creusent

En 2025, l’économie allemande a affiché une croissance limitée à 0,3 % après les récessions de 2023 et 2024, avec une stagnation confirmée au premier trimestre 2026 par la Bundesbank. Le déficit budgétaire s’est toutefois aggravé à près de 4 % du PIB en 2026 selon le Conseil de stabilité, un organisme de surveillance budgétaire, malgré des prévisions fiscales de 33,6 milliards d’euros prévues sur 2025-2029. La dette publique a progressé en raison des hausses d’investissements publics et militaires pour atteindre 63 % du PIB, tandis que l’inflation est restée à 2,1 % en 2025.

Pourtant, l’Allemagne a pu échapper l’année dernière à l’ouverture d’une procédure de déficit excessif, la Commission européenne considérant le dépassement temporaire comme justifié principalement par les dépenses de défense. La Commission avait approuvé le plan budgétaire allemand pluriannuel 2025-2031 malgré des dettes initiales supérieures à 3 % du PIB, anticipant un retour à l’équilibre d’ici 2028. Berlin avait aussi activé la clause dérogatoire. Un fait inédit qui lui permet de consacrer jusqu’à 1,5 % de sa production annuelle à la défense sans violer les règles budgétaires de Bruxelles.

Cette procédure de déficit excessif (PDE) est un mécanisme européen visant les États membres dépassant 3 % du PIB en déficit public ou 60 % en dette, imposant une surveillance renforcée, des recommandations de correction et des sanctions potentielles. Plusieurs pays, dont la France, soumise à cette procédure depuis juillet 2024 avec un déficit de 5,5 % en 2023 et une dette à 112 % du PIB, ainsi que la Belgique, l’Italie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Roumanie, en font actuellement l’objet. 

Berlin se dirige vers une PDE 

Mais selon Euractiv, Berlin pourrait recevoir un avertissement cette année. La Commission européenne, présidée par l’Allemande Ursula von der Leyen, par ailleurs ancienne ministre de la Défense dans son pays, avec son bras droit et compatriote, le sulfureux Bjoern Seibert, ne maintiendrait plus les dépenses militaires comme justification d’un déficit qui se creuse toujours plus et pouvant atteindre 4,25 % d’ici la fin 2026.

Le 3 juin prochain, l’exécutif européen présentera son rapport périodique sur les économies des 27 États membres de l’Union. Et lundi dernier, Thiess Buettner, président du Conseil de stabilité, a déclaré à Bloomberg qu’à “moyen terme, les exigences de l’UE ne seront plus respectées dans le cadre des règles budgétaires nationales, et une évolution durable du ratio d’endettement n’est plus assurée”. 

Cette année, les recettes fiscales qui ne répondent pas aux attentes et la hausse des dépenses publiques au sein de la première économie européenne pourraient conduire à l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif. 

Le gouvernement allemand a réagi auprès d’Euractiv, préférant attendre que la Commission européenne “finalise son rapport” pour réagir. “Nous vous demandons de bien vouloir comprendre que nous ne commentons pas les spéculations”, a déclaré un porte-parole. 





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