Absente du second tour depuis une éternité, la gauche fera-t-elle enfin son come-back à ce stade de l’élection présidentielle en 2027 ? Si la classe médiatique et sondagière déroule le tapis rouge au rassemblement national, il existe cependant des motifs d’espoir à un retour en force de cette mouvance politique.
Face aux crises actuelles et au délitement du camp libéral, une gauche de rupture semble plus que jamais en position de s’inviter à la table des potentiels vainqueurs du scrutin présidentiel de l’an prochain. Contre l’extrême droite, elle devra mobiliser toutes ses forces pour l’emporter. Mr Mondialisation vous expose cinq raisons d’y croire.
1. Un projet adapté aux crises actuelles
En dix ans de macronisme, la France a été traversée par de multiples crises, qu’elles soient sociales, environnementales ou démocratiques. Or, ces trois enjeux représentent également des piliers programmatiques de la gauche de rupture.
Les feuilles de route du NFP et de la NUPES, largement inspirées de celle de la France insoumise, faisaient ainsi la part belle à la redistribution des richesses, la diminution du temps de travail, la retraite à 60 ans, ou encore l’augmentation des salaires. Autant de mesures capables de rassembler les Français. D’autant que le pouvoir d’achat reste la première préoccupation de la population.
L’urgence écologique pourrait aussi revenir dans la campagne présidentielle, tant les catastrophes environnementales, comme les canicules, les inondations ou les tempêtes se sont multipliées ces dernières années. Enfin, la sixième république et le renforcement des services publics pourraient également répondre à l’essoufflement des institutions et aux nombreuses cures d’austérité.
2. Une nouvelle génération d’électeurs plus progressistes
Les thématiques portées par la gauche, en particulier en matière de luttes pour les minorités, de féminisme ou encore d’écologie, touchent plus particulièrement les générations Y – nées entre le milieu des années 1980 et celui des années 1990 – et suivantes. Or, ce contingent ne cesse de croître avec l’évolution démographique naturelle.
En 2017 et 2022, La France insoumise avait d’ailleurs été plébiscitée par les 18-24 ans. Lors des dernières présidentielles, Jean-Luc Mélenchon avait, en outre, pris également la tête chez les 25-34 ans. À supposer que cette même tranche reste fidèle à ses engagements d’il y a cinq ans, cet électorat pourrait grossir.
En effet, la France voit, chaque année, environ 700 000 personnes obtenir leur majorité. Sur cinq ans, ce contingent représente donc pas moins de 3,5 millions de citoyens. De plus, une proportion presque similaire d’individus décèdent chaque année dans le pays. Or, la plupart de ces décès concernent des tranches d’âge élevé. Un phénomène au bénéfice de la gauche, puisque les seniors votent massivement à droite. Le facteur démographique dépendra cependant de la fidélisation des trentenaires et surtout de la mobilisation des plus jeunes.
3. L’effondrement et la division du bloc libéral
Après bientôt dix ans à l’exécutif, la doctrine macroniste est plus que jamais à bout de souffle, même si les médias de milliardaires s’occupent de la soutenir ardemment,. Désavouées par le peuple, les velléités libérales n’ont définitivement plus la cote tant elles ont mis à mal les services publics, l’idéal démocratique, le pouvoir d’achat et l’environnement.
Ainsi, avec les potentielles candidatures d’Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann et peut-être même d’autres, comme François Hollande, cet espace politique sera plus que jamais fracturé, ce qui pourrait ouvrir un boulevard à Jean-Luc Mélenchon pour aller défier le RN. Pour éviter un troisième duel entre la droite et l’extrême droite, l’électorat de gauche pourrait donc massivement se mobiliser pour le candidat le mieux placé.
4. Une incarnation plus radicale et une dynamique ascendante
Par le passé, les projets dits de gauche, mais manquant de radicalité, ont parfois eu du mal à rassembler les électeurs. En 1981, c’est bien un plan de rupture qui avait fait gagner François Mitterrand. En 2012, François Hollande l’avait lui emporté plus par rejet de Nicolas Sarkozy que par enthousiasme programmatique. Son bilan l’avait d’ailleurs démontré.
À sa suite, il avait fallu reconstruire l’idée même de gauche, tombée en décrépitude. Un travail auquel s’est attelée la France insoumise d’abord épaulée par le PCF, ce qui avait permis d’obtenir 19 % à la présidentielle de 2017, puis 22 % en 2022.
Cette dynamique s’est encore confirmée par un triomphe idéologique, puisque l’ensemble de la gauche (et même le macronisme) reprend aujourd’hui des thèmes de l’avenir en commun. Cette victoire s’est d’ailleurs constatée au sein des programmes de la NUPES puis du NFP, largement inspiré du projet insoumis.
Cet élan ascendant pourrait bien se poursuivre grâce à cette radicalité, mais aussi cette clarté de mieux en mieux identifiée par l’électorat. En ce sens, la notoriété de Jean-Luc Mélenchon pourrait également lui offrir un bel atout d’incarnation, d’autant plus avec les bons résultats des municipales comme tremplin.
5. Le rejet du Rassemblement national
Même si l’ensemble des médias et des instituts sondagiers affirment aujourd’hui l’inverse, la volonté des Français d’éviter le Rassemblement National est bien présente. En témoigne d’ailleurs la victoire surprise du NFP lors des dernières législatives.
Si les enquêtes d’opinions, dont l’efficacité a largement été remise en question, certifient que le RN l’emporterait sans problème face à LFI, c’est en grande partie pour décourager les électeurs d’opter pour ce choix au premier tour, au profit d’un candidat plus libéral.
Pour autant, interroger une personne sur sa décision au second tour avant que celui-ci ne soit officialisé biaise forcément la réponse. Ainsi, un sympathisant d’Emmanuel Macron pourrait assurer s’abstenir dans un sondage entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais dans la situation effective, face au risque du RN au pouvoir, beaucoup d’entre eux pourraient y réfléchir à deux fois.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Jean-Luc Mélenchon. Wikimedia.
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