Ouvrir toujours plus de mines est une folie environnementale

La course aux minerais, et en particulier aux métaux dits « critiques », ne semble pas pouvoir s’arrêter tant la civilisation thermo-industrielle s’en est rendue dépendante. Pourtant, à mesure que les gisements s’épuisent, le coût écologique de leur extraction ne cesse d’augmenter. Les dégâts considérables causés par ces activités sur l’environnement sont aujourd’hui largement documentés. Retour sur ce décryptage toujours d’actualité.

[Article initialement publié le 9 décembre 2022, mis à jour le 19 juin 2025 par Mara Pron | Temps de lecture estimé : ~ 6 min]

En invoquant une industrie minière occidentale supposément plus « propre » que celle des pays du Sud global, les gouvernements européens cherchent à relancer l’ouverture de sites extractifs sur leur territoire. Une stratégie renforcée depuis l’adoption du Critical Raw Materials Act (2024), qui vise à sécuriser l’approvisionnement en ressources stratégiques. Ces projets déplacent les impacts sans les réduire et s’accompagnent souvent d’un déficit démocratique.

Pollutions en cascade

Une exploitation minière entraîne systématiquement des dommages environnementaux majeurs. C’est d’abord une pollution de l’air due aux machines utilisées, mais également aux particules libérées par le déroulement des opérations. Parmi elles figurent des substances toxiques comme le plomb, l’arsenic ou le cadmium, dont l’inhalation est associée à de graves pathologies. À cela s’ajoutent des conditions de travail souvent dégradées dans de nombreuses régions du monde.

Les impacts sur l’eau sont tout aussi préoccupants. Non seulement les activités minières peuvent gravement contaminer les milieux aquatiques aux métaux lourds, mais elles participent également à l’érosion des sols, à l’acidification des sources et à la dégradation des nappes phréatiques.

Un nouveau front extractiviste suscite ces dernières années de vives inquiétudes : l’exploitation minière des fonds marins (deep sea mining). Alors que la recherche appelle fermement au devoir de précaution, des projets avancent sous pression industrielle. Pendant ce temps, ces écosystèmes, encore largement méconnus, mettent des milliers voire des millions d’années à se constituer – et pourraient être détruits en quelques décennies.

Un désastre environnemental

Ces pollutions ont des conséquences sur les quatre principaux enjeux environnementaux de notre siècle.

Elle dégrade d’abord les terres, jusqu’à les rendre infertiles et instables sur le long terme. Elle perturbe ensuite le cycle de l’eau et met donc en danger les sources potables, ce qui est particulièrement dramatique dans les pays arides. Par ailleurs, cette industrie est extrêmement gourmande en eau : selon certaines estimations, elle rivalise avec les usages de grandes puissances industrielles telles que les États-Unis.

Les conséquences sur la biodiversité sont également massives. Des grands mammifères aux micro-organismes du sol, de nombreuses espèces voient leur habitat détruit ou fragmenté.

Enfin, le secteur minier contribue au dérèglement climatique, à la fois par sa forte intensité énergétique et par la libération de carbone stocké dans les sols lors des excavations.

Relocalisation et « mines vertes » : un récit contesté

Face aux critiques, les industriels et certains responsables politiques n’hésitent pas à user du greenwashing et mettre en avant l’idée de « mines responsables » ou « durables », relocalisées en Europe, dans une logique de souveraineté industrielle.

« il est totalement illusoire de croire que le fait d’ouvrir des mines ici va en fermer là-bas ».

Pourtant, cette promesse se heurte à plusieurs réalités. Même encadrée, l’activité minière reste intrinsèquement destructrice. Par ailleurs, l’histoire minière européenne – y compris en France – a laissé de nombreux passifs environnementaux encore mal gérés : pollutions persistantes, sites abandonnés, coûts de dépollution supportés par la collectivité.

En Belgique, les « DoMineurs » face aux lobbies et au déni démocratique

Face à ces enjeux, le collectif citoyen belge « DoMineurs » mène la lutte contre les mensonges des industriels qui tentent de s’installer dans le plat pays. Il note d’ailleurs qu’il est « totalement illusoire de croire que le fait d’ouvrir des mines ici va en fermer là-bas ».

DoMineurs Belgique Tribune : Pour une démocratisation immédiate de la question minière en Belgique

L’association est, en outre, particulièrement inquiète de la rédaction d’un nouveau code minier pour la Belgique, à propos duquel elle a publié une Tribune citoyenne et explicative dans le média Le Soir : Pour une démocratisation immédiate de la question minière en Belgique. Et pour cause, ce dit code pourrait potentiellement élargir les pouvoirs des exploitations contre les droits du vivant et entraîner un véritable massacre environnemental.

L’association est, en outre, particulièrement inquiète de la rédaction d’un nouveau code minier pour la Belgique, à propos duquel elle a publié une Tribune citoyenne et explicative dans le média Le Soir : Pour une démocratisation immédiate de la question minière en Belgique. Et pour cause, ce dit code pourrait potentiellement élargir les pouvoirs des exploitations contre les droits du vivant et entraîner un véritable massacre environnemental.

« il  « n’y a pas d’alternative » à l’industrie minière en Europe. »

Elle réclame par ailleurs « une information transparente sur la question de la relance minière ainsi qu’une concertation citoyenne la plus large et médiatisée possible ». Il faut dire que les riverains des exploitations de ce type ne sont jamais consultés et que les États pourraient passer en force, contre l’avis des peuples, ou en profitant simplement d’un climat de désinformation sur le sujet, dont l’aspect trop technique ou scientifique est souvent cultivé par ceux qui ont à y gagner.

Une fois de plus, les gouvernements européens ne semblent qu’obéir aux directives de l’Union européenne. En septembre 2022, le vice-président de la commission Maroš Šefčovič paraphrasait même Margaret Thatcher en assurant qu’il « n’y a pas d’alternative » à l’industrie minière en Europe.

Une dépendance structurelle

Pour appuyer son propos sur la nécessité d’ouvrir des mines, le diplomate slovaque a décrit une économie « décarbonée et numérique » à laquelle nous « aspirons tous ». Si effectivement on ne peut que souhaiter une société qui atteint la neutralité carbone, on peut, en revanche, très largement remettre en cause notre modèle actuel.

Cette vision repose sur un paradoxe majeur : la transition actuelle reste fortement dépendante de ressources finies. Énergies renouvelables, véhicules électriques, infrastructures numériques – tous nécessitent des quantités importantes de minerais.

La dépendance aux métaux ne cesse ainsi de croître, alors même que les gisements s’appauvrissent. Les coûts énergétiques, environnementaux et sociaux de l’extraction augmentent en conséquence.

Contrairement à l’idée de « dématérialisation », le numérique repose sur une infrastructure matérielle lourde : serveurs, câbles, antennes, centres de données.

Quelles solutions ?

Face à ces constats, une bifurcation apparaît nécessaire. Selon Aurore Stéphant, ingénieure spécialisée dans l’étude des mines, il faut ériger en priorité la « diminution drastique de la consommation métallique dans tous les secteurs possibles ». Autrement dit, il est urgent de se passer de cette ressource partout où on le peut.

Pour elle, le recyclage, bien qu’utile, ne représente pas une solution d’envergure et ne doit être envisagé qu’en « dernier recours » notamment en raison des pertes et de la complexité des matériaux. De plus, il importe sans doute de revoir nos rapports aux objets en cessant d’en jeter et en racheter constamment.

Les États devraient, de ce fait, lutter plus ardemment contre l’obsolescence programmée et promouvoir la réparation, la durabilité, l’allongement de la durée de vie des objets et la réduction des usages superflus, notamment dans le numérique.

Plus largement, c’est toute une société qui doit être repensée. Mais passer de la surenchère technologique permanente qui nous est vendue aujourd’hui par le capitalisme, à un monde basé sur la low-tech risque de devenir de plus en plus difficile à accepter tant on s’évertue à entretenir un mirage. Et pourtant, rien n’y fera, une croissance infinie sur une planète aux ressources limitées demeure non seulement une illusion mais aussi une impossibilité physique.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Montage Mr Mondialisation à partir de @Photothèque-Greenpeace/Flickr

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