Alors qu’il est essentiel de s’informer pour voter en connaissance de cause, les médias dominants imposent un agenda politique dicté par la volonté de leurs propriétaires. Ce conflit d’intérêt nuit à la possibilité d’une démocratie saine et impose la nécessité d’un démantèlement des empires journalistiques au profit d’un pluralisme idéologique, cadré par le respect de la dignité de tous.
Le constat est sans appel : près de neuf médias sur dix appartiennent aujourd’hui à une dizaine de milliardaires. Comment, dès lors, avoir une opinion éclairée si le pouvoir d’informer se concentre entre les mains d’une poignée de gens dont les intérêts économiques convergent ?
La situation est d’autant plus inquiétante qu’une idéologie d’extrême droite essaime de plus en plus sur le milieu, notamment sous l’impulsion de grands patrons, comme Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Stérin. Il existerait pourtant des moyens politiques de limiter cette influence nuisible à la démocratie.
Une situation critique
En France, la question de la concentration des médias ne date pas d’hier. Même si l’empire tentaculaire de Vincent Bolloré a largement remis cette question dans le débat public, les ultra riches du pays achètent et échangent des rédactions de presse depuis de nombreuses décennies.
Elle est de retour.
La 20ᵉ mise à jour de notre carte :
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— Le Monde diplomatique
(@mdiplo) December 18, 2025
De Bernard Arnault à Xavier Niel en passant par Martin Bouygues, Patrick Drahi ou François Pinault, une poignée de milliardaires s’est octroyé le droit d’informer la population de la manière dont il l’entend. Et sa force de frappe est extrêmement puissante.
Ainsi, 93 % des quotidiens nationaux vendus en France sont sous le contrôle de cinq milliardaires. Dans cette catégorie, seules L’Humanité et La Croix n’appartiennent pas à une grande fortune. L’essentiel de l’audience à la radio et à la télévision est également capté par des médias de même nature.
Une influence tentaculaire
Et bien entendu, cette concentration pose un véritable problème démocratique. Les médias n’usurpent en effet pas leur surnom de « quatrième pouvoir ». Ils façonnent l’agenda public et influencent considérablement l’opinion. Chaque soir, 20 millions de Français s’informent d’ailleurs encore en regardant un journal télévisé.
Inutile de préciser à quel point détenir les clefs de ce genre d’outil permet d’orienter voire de contrôler une partie très importante des esprits. Le choix des sujets, des invités et des journalistes s’avère déterminant. Or, cette ligne éditoriale n’ira jamais à l’encontre des intérêts du propriétaire du titre.
Des conflits d’intérêt évident
Personne n’évoquera ainsi les ravages de l’extrême droite sur une radio de Vincent Bolloré, la critique des entreprises du luxe n’émergera pas dans un journal de Bernard Arnault, et une interminable liste de sujets allant à l’encontre des intérêts des plus fortunés n’aura certainement pas le droit à un traitement équitable.
De cette façon, l’écologie, le partage des richesses ou la remise en cause du capitalisme seront en revanche bien peu abordés. D’après une étude, l’environnement ne faisait l’objet que de 6 % des articles de presse en 2025. Et ce n’est pas un hasard, puisque les propriétaires sont, par ailleurs, les plus importants responsables de la catastrophe planétaire.
La remise en question du modèle économique dominant va aussi totalement à l’encontre de l’intérêt des plus grandes fortunes, mais également des groupes publicitaires qui abreuvent en masse la presse, posant un sérieux problème d’indépendance. À l’inverse, les polémiques stériles, les faits divers et les sujets destinés à servir l’extrême droite trouveront un écho retentissant dans tous les médias de ce type.
Le pluralisme ne sera pas suffisant
Néanmoins, on pourrait arguer qu’il existe des médias indépendants et portés sur des thèmes alternatifs, comme Mr Mondialisation. Mais comment comparer la force de frappe d’un milliardaire à celle de faibles fonds ?
De ce fait, le problème n’est pas seulement le manque de pluralisme, mais bien le système de l’information dans son intégralité, qui repose en grande partie sur la propriété privée d’un actionnaire. Également, le financement des journalistes ne permet pas de garantir leur liberté dans de nombreux cas. Pire, grâce à des écoles standardisées et des embauches privilégiant des profils bien précis, la diversité des professionnels du secteur se réduit d’année en année.
Un problème majeur pour la démocratie
Face à cette situation, il ne peut émerger de véritable démocratie. En effet, comme garantir qu’un citoyen puisse prendre des décisions éclairées pour son pays s’il ne dispose que d’une information extrêmement partiale et orientée vers un mode de pensée bien précis ?
Même s’il n’existe, bien entendu, aucune nouvelle neutre, l’absence d’un pluralisme équitable, avec des moyens de diffusion équivalents, pose un réel problème collectif. Et au-delà des opinions inévitables dans un média, la question de la désinformation factuelle n’est pas non plus négligeable. Que des journalistes puissent diffuser des contre-vérités sans conséquences dépasse largement le cadre de la liberté de la presse et fausse le débat public.
Si des chaînes comme CNEWS s’en sont fait une spécialité de manière particulièrement grossière, il ne faudrait pas penser que cette pratique reste cantonnée aux médias d’extrême droite de la sphère Bolloré. Le site Acrimed relève d’ailleurs régulièrement toutes les manipulations les plus choquantes dans les grands médias.
Comment changer d’orientation ?
Dès lors, restreindre la puissance politique des milliardaires apparaît comme une nécessité absolue. Pour ce faire, l’information doit être traitée tel un bien commun, d’une part en empêchant les situations de monopoles, et d’autre part en protégeant l’indépendance des rédactions.
Par là, la socialisation du journalisme devient une piste très sérieuse, notamment grâce au statut de coopérative. La refonte des écoles du secteur, pour des profils plus variés, peut également appartenir aux solutions possibles.
Un contrôle démocratique
Pour autant, afin de se prémunir d’une instrumentalisation de l’information par l’État, comme c’est souvent le cas dans le service public, la gestion de ce secteur doit nécessairement se soumettre à un contrôle citoyen.
Les pouvoirs de l’ARCOM pourraient ainsi s’étendre à toute la presse, après que ses membres aient été renouvelés, non plus par le gouvernement, mais par le peuple, ou bien par tirage au sort. De véritables sanctions devraient également être prononcées lorsque l’éthique journalistique n’est pas respectée et que de la désinformation a sciemment été partagée.
Reprendre le contrôle de la bourse
De la même manière, la question du financement doit être sérieusement reposée. Les aides à la presse, qui atteignent plus de 110 millions par an, sont aujourd’hui massivement captées par de grands groupes, ne laissant que des miettes aux médias indépendants.
La presse indépendante est d’ailleurs bien souvent contrainte de survivre avec les dons de ses lecteurs, sans pouvoir se développer davantage. Si ce modèle a plutôt bien fonctionné pour certains, il reste très limité pour la plupart d’entre eux et source de précarité financière pour ses journalistes.
Dès lors, proposer aux citoyens d’orienter l’argent public sur les médias de leurs choix pourrait représenter une solution viable. Dans tous les cas, force est de constater que, face à l’urgence des multiples crises traversées par le pays, l’information ne peut plus être traitée comme une simple marchandise à la merci des plus aisés.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Manifestation des travailleur·euses. 1er mai 2024. Paris. Paola Breizh. Flickr.
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Quelques mouvements remarquables, en 4 points. ↓
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