Transhumanisme : un danger imminent pour l’humanité

Tandis que le monde semble foncer droit vers l’effondrement, une minorité ne jure que par la technologie pour nous sauver. Grâce à des implants directement intégrés à notre corps, nous pourrions ainsi améliorer nos performances intellectuelles et physiques, mais aussi tout bonnement notre existence. Des idées séduisantes sur le papier, mais qui font craindre de terribles dérives, surtout dans un contexte où l’IA, les biotechnologies et les nanotechnologies s’accélèrent.

[Article initialement publié le 29 décembre 2022, mis à jour le 9 juillet 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 5 min]

Pour les détracteurs du transhumanisme, il ne s’agit bien sûr pas de renier tout recours à la science ni de prôner l’obscurantisme. Intégrer la technologie directement à notre corps pourrait de plus avoir un intérêt médical certain.

Si le progrès technique peut, à l’avenir, permettre de soigner ou de compenser des déficiences, qui pourrait sincèrement s’y opposer ? Mais dès qu’on sort du strict cadre médical pour parler d’« amélioration » de l’humain, de nombreux problèmes éthiques, sociaux et politiques surgissent.

Les limites du médical

À mesure que ces technologies progressent, de nombreux problèmes éthiques risquent néanmoins de se poser. la question de la limite entre médecine réparatrice et transformation dénaturante du corps humain devient cruciale. Ce dilemme existe déjà avec la chirurgie esthétique : lorsque celle-ci permet à des accidentés de se rapprocher de leur état antérieur, aucune critique ne paraît justifiée. En revanche, les possibilités infinies de ce procédé ont pu entraîner un certain nombre de dérives, en particulier chez des patients psychologiquement fragiles ou instables.

Le transhumanisme franchit clairement cette limite : il ne cherche plus seulement à soigner ou à réparer, mais à « augmenter » l’humain, à créer de nouvelles capacités qui n’existent pas naturellement. Dans cette logique, l’homme devient l’objet d’un projet technique : il ne se reçoit plus, il se fabrique.

Bientôt des implants dans le cerveau : de la promesse au risque

L’apport de la technologie dans le corps risque de mener à des conséquences bien plus importantes, notamment avec les implants cérébraux. particulièrement inquiétants. Ces dispositifs ne sont plus de la science-fiction : plusieurs équipes, et notamment celles du milliardaire Elon Musk, travaillent activement sur le sujet.

Par le biais de sa société Neuralink, le propriétaire de X (ex Twitter), promet ainsi de rendre la parole à des paralytiques ou de soigner des troubles neurologiques. Sur le long terme, il imagine même conférer aux êtres humains des facultés qu’ils ne pourraient pas développer naturellement : comme par exemple, une mémoire augmentée ou encore une connectivité directe avec l’IA.

À la recherche de cobayes

Le Sud-Africain d’origine a déjà expérimenté la puce cérébrale sur des animaux. Après l’avoir implantée à des cochons, il l’a ensuite intégrée au cerveau de macaques. Si beaucoup n’ont pas survécu, certains cobayes étaient capables d’utiliser le jeu vidéo Pong par la seule force de la pensée.

Bien que ces résultats puissent paraître impressionnants, ils ont pourtant déjà été obtenus par d’autres chercheurs moins en vue. Par ailleurs, les lourdes pertes parmi les animaux testés n’ont pas manqué de créer la polémique. Des controverses qui ont mis un coup de frein à ces scientifiques qui pensaient prochainement expérimenter leurs technologies sur des êtres humains.

Des problèmes éthiques évidents : : santé, consentement et contrôle

Même en supposant que ces appareils soient viables, ils poseraient trop de problèmes éthiques pour être utilisés. Il s’agirait d’abord d’un danger possible pour la santé. Comment garantir les effets sur le long terme lorsque l’on s’attaque à une partie aussi sensible que le cerveau ? Les effets secondaires, les rejets, les risques de dépendance technologique ou de manipulation sont encore largement imprévisibles.

Certains pourraient rétorquer que chacun serait libre de risquer sa vie à ses propres frais. Pour autant, intervenir sur le cerveau pourrait entraîner chez le patient un manque de discernement ou des pertes de conscience ou de contrôle de lui-même qui mettraient alors en péril le reste de la population. Dans un monde où l’IA et les systèmes automatisés contrôlent déjà des infrastructures critiques, la possibilité de « hack » cérébral ou de manipulation via des implants devient un risque réel.

Un nouveau fossé inégalitaire

Par ailleurs, permettre à certains d’améliorer leurs facultés relèverait de l’eugénisme. Et pour cause, on arriverait rapidement à une société à deux vitesses, avec d’un côté des « cyborgs » disposant de capacités intellectuelles et physiques supérieures, et de l’autre des êtres humains « classiques ».

Ces inégalités se feraient d’ailleurs une nouvelle fois à l’avantage des plus riches qui auront les moyens financiers d’accéder à ces technologies. Le transhumanisme creuserait alors d’autant plus le fossé qui existe déjà entre les différentes classes sociales, en transformant la vulnérabilité biologique en critère de distinction sociale.

À tel point que les individus « augmentés » auraient sans doute un pouvoir bien plus important et céderaient probablement à une volonté de domination des autres. Il suffit de voir la relation qu’exerce l’humanité en général vis-à-vis de certaines populations, de la nature et des animaux pour s’en convaincre.

Vers l’immortalité ? Une illusion qui menace la vie sociale

Dans cette même direction, les transhumanistes rêvent de pouvoir accéder à l’immortalité en numérisant leur cerveau ou en remplaçant indéfiniment leurs organes. Rien ne garantit pour autant, sur un plan philosophique, que ce soit une bonne idée, ni qu’un tel sort soit une source de bonheur. N’est-ce pas d’ailleurs parce que la vie a une fin que nous en profitons plus pleinement ? Si elle était, à l’inverse, éternelle, ne risquerions-nous pas de nous en lasser ?

L’intérêt collectif de l’immortalité n’est pas non plus évident. Comment la planète pourrait-elle supporter toujours plus d’êtres humains si aucun ne disparaissait jamais surtout dans un contexte de crise écologique et de limites des ressources ? Par ailleurs si nous numérisions notre esprit pour nous défaire de notre corps, qu’est-ce qui nous différencierait réellement d’une machine ou d’une intelligence artificielle ?

Et si on s’améliorait vraiment : comportement et sociétés

Avant de vouloir perfectionner notre corps et nos facultés intellectuelles, ne devrions-nous pas d’abord améliorer notre comportement et nos sociétés existantes ? Nous donner encore plus de puissance alors que nous sommes déjà en train de détruire notre seul lieu de vie avec nos capacités actuelles ne relève-t-il pas de la pure folie ?

Et si, après tout, l’humain « augmenté » était simplement quelqu’un de plus respectueux, plus bienveillant, plus solidaire, plus altruiste et surtout plus humble et conscient de ses propres limites et de celles de la planète ?

– Simon Verdière (mis à jour par Mara Pron)


Photo de couverture : Photo de ₡ґǘșϯγ Ɗᶏ Ⱪᶅṏⱳդ sur Flickr

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