Les États-Unis restent aujourd’hui la première puissance mondiale dans le domaine de l’intelligence artificielle, mais leur avance n’a plus rien d’incontestable, selon les données réunies par Bloomberg le 20 août. D’après elles, les entreprises chinoises réduisent rapidement l’écart avec leurs concurrentes américaines. Leurs modèles deviennent presque aussi performants, tout en étant souvent beaucoup moins chers.
Les classements qui comparent les systèmes d’IA les plus avancés montrent encore une légère supériorité américaine. Pourtant, la différence s’est considérablement réduite. Kimi K3, un modèle développé par l’entreprise chinoise Moonshot AI, atteint par exemple des résultats proches de ceux des meilleurs systèmes américains dans des domaines comme la programmation ou le raisonnement.
Cette progression est d’autant plus remarquable que Washington cherche depuis plusieurs années à ralentir le développement technologique chinois en limitant l’accès du pays aux puces américaines les plus puissantes. Malgré ces restrictions, les laboratoires chinois continuent d’améliorer rapidement leurs modèles.
Cependant, leur principal atout se trouve peut-être ailleurs : le prix. Utiliser les modèles chinois peut coûter plusieurs fois moins cher que leurs équivalents américains. Le modèle avancé de l’entreprise américaine Anthropic est ainsi facturé 50 dollars par million de tokens produits – les unités de texte traitées par une intelligence artificielle. Chez le chinois Moonshot, le tarif tombe à 15 dollars, tandis que DeepSeek propose un service à moins de 4 dollars aux heures de pointe.
Pour les entreprises qui utilisent quotidiennement d’importantes quantités d’intelligence artificielle, l’économie peut être spectaculaire. La start-up américaine Polsia dépensait ainsi jusqu’à un million de dollars par mois en IA. En adoptant principalement des modèles chinois, elle a ramené cette facture à 100 000 dollars.
Une stratégie d’ouverture qui séduit à l’étranger
La Chine met également sur une stratégie différente de celle des principaux groupes américains. Beaucoup de ses modèles peuvent être téléchargés et installés directement sur les serveurs des entreprises qui souhaitent les utiliser. Cette approche facilite leur adoption à l’étranger et réduit certaines inquiétudes concernant la sécurité des données.
Les résultats commencent à être vus. Sur OpenRouter, une plateforme permettant aux développeurs d’accéder à des centaines de modèles d’intelligence artificielle, les technologies chinoises ont dépassé leurs concurrentes américaines en juin 2026. Le mois suivant, elles représentaient plus de 60 % de l’utilisation mesurée par la plateforme. Les grandes entreprises américaines comme Airbnb, DoorDash et Coinbase utilisent déjà des modèles chinois.
Les États-Unis conservent néanmoins des avantages considérables. Leur puissance de calcul serait encore environ dix fois supérieure à celle de la Chine et leurs applications restent beaucoup plus populaires auprès du grand public. ChatGPT, notamment, demeure très loin devant les applications chinoises en nombre de téléchargements internationaux.
Pékin entend cependant combler progressivement ces écarts. La Chine prévoit d’investir environ 2 000 milliards de yuans (soit environ 254,35 milliards d’euros) dans ses centres de données au cours des cinq prochaines années et cherche parallèlement à développer ses propres puces.
La course à l’intelligence artificielle change donc de nature. Il ne suffit plus de concevoir le modèle le plus puissant. Il faut aussi pouvoir le proposer à grande échelle et à un prix suffisamment bas pour convaincre les entreprises de l’adoptant. Sur ces deux terrains, la Chine avance vite. Elle n’a pas encore dépassé les États-Unis, mais elle est désormais suffisamment proche pour modifier l’équilibre actuel du secteur.
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