Chronique d’une compromission : quand Vincent Lapierre habille le Veau d’or aux couleurs de la Tradition

Chronique d'une compromission : quand Vincent Lapierre habille le Veau d'or aux couleurs de la Tradition

​Le paysage médiatique indépendant de YouTube n’est pas à un paradoxe près, mais certaines contorsions méritent qu’on s’y attarde. Récemment, le vidéaste Vincent Lapierre, habitué aux reportages sociétaux souvent salués pour leur indépendance, s’est retrouvé au cœur d’une violente polémique (shitstorm). En cause ? Un reportage à la gloire de VK Studio, l’entreprise de Valek (Valek Noraj), transformé en véritable rampe de lancement publicitaire pour des formations en ligne aux relents de « start-up nation ».

​Face à la fronde de son public, qui lui reprochait cette promotion déguisée, Vincent Lapierre a tenté de se justifier. Dans une pirouette argumentative, il a balayé les critiques au nom d’une prétendue « indépendance absolue« , allant jusqu’à convoquer Jean de La Fontaine et sa fable Le Loup et le Chien pour légitimer sa démarche et absoudre Valek. ​Pourtant, c’est un contresens total. En voulant jouer les loups solitaires affranchis, Lapierre s’est fait le VRP zélé d’un système aux antipodes des valeurs qu’il prétend défendre.

Le grand écart : Valek entre pertinence critique et dérive mercantile
​Précisons les choses pour ne pas tomber dans la caricature : sur le fond, bon nombre de spectateurs critiques de cette affaire rejoignent Valek dans ses analyses. Ses critiques du monde contemporain, de la décadence des mœurs ou de la folie technocratique sont souvent très pertinentes et justes. Sur bien des sujets — à commencer par sa gestion lucide et ses positions courageuses lors de la crise du Covid —, il s’est montré infiniment plus clairvoyant que d’autres, et l’on se sent paradoxalement bien plus proche de lui que de figures comme Vincent Lapierre sur ces terrains là.

​Ce que l’on dénonce ici, ce n’est pas le penseur ou le pamphlétaire, c’est sa démarche mercantile. ​Sous couvert de promesses d’enrichissement rapide, l’ancien polémiste s’est converti au capitalisme numérique le plus pur, le plus dur. Comme le souligne pertinemment un spectateur lucide dans les commentaires de la vidéo : ​« Valek explique que les gens deviendront potentiellement riches comme lui s’ils font sa formation vidéo. Sauf que je ne connais aucun monteur vidéo qui soit riche. Lui-même ne s’est pas enrichi en faisant du montage vidéo, mais en vendant des formations. Il reprend tous les codes du « salut jeune entrepreneur, la question est vite repondue » dont tu te moquais à l’époque… »

Le mépris de classe et le silence de Vincent Lapierre

​Le plus troublant dans cette interview croisée, c’est la condescendance avec laquelle Valek balaie les objections. Il accuse régulièrement ceux qui critiquent son business d’être des « gauchistes mentaux », des « jaloux » ou des « pauvres gens » rivés à leur misère, sous prétexte qu’en France on aurait un problème avec l’argent. Arguments creux et inopérants.

Pire encore, dans la vidéo elle-même, Valek va jusqu’à associer ceux qui contestent ses formations aux moutons dociles qui couraient se faire vacciner les yeux fermés pendant la crise sanitaire – une pique ironique quand on sait que les positions de Lapierre à l’époque étaient bien plus ambiguës, voire aux antipodes. Et face à ce mépris, Vincent Lapierre ne sourcille même pas. Il avale les couleuvres, oubliant que ce que Valek défend aujourd’hui (le culte du cash, l’exhibition d’une Lamborghini, le logiciel de la start-up nation…) est exactement le contraire de la société traditionnelle, enracinée et communautaire qu’il prétend incarner.

On a déjà dénoncé l’imposture Vincent Lapierre, ses nombreuses magouilles et sa lâcheté lorsqu’il était un pilier de la secte Egalité et Réconciliation d’Alain Soral : voir cette vidéo. Faut-il rappeler que le montage vidéo est en train de disparaitre vu l’arrivée de l’IA !

​Se draper dans la fable du Loup et du Chien pour justifier cela est une insulte au bon sens. En voulant prêter allégeance à ce nouveau Veau d’or 2.0, Lapierre a fini par attacher sa propre ligne éditoriale au collier du dogue capitaliste.


​Le Loup et le Veau d’or (Version 2.0)

​Un Loup n’avait que les os et la peau,
Il rencontra par un soir sans repos
Le Veau d’or, fier streamer aux conseils bien écrits,
Qui posait près d’une Lamborghini rutilante,
Prêchant la « base » aux foules en quête de main tendue.

​Regardez mon bolide et ma vie triomphante !
Cria l’idole aux abonnés suspendus.
Je vends la formation, la clé pour vous en sortir,
Achetez mon réseau si vous voulez grandir,
Fuyons le wokisme, crachons sur la décadence !

Le Loup l’aborde, surpris par tant d’éloquence :
Grand Dieu ! Que vous brillez ! D’où vous vient ce magot ?
C’est simple, répond le Veau d’or de son estrade,
Je surfe sur l’angoisse et la grande déroute,
Je vends du vent doré sous couvert de croisade.
Je prêche la famille, l’ordre et la patrie,
Le travail et l’effort, pour mieux faire ma lie !
Le chaland aime tant qu’on flatte ses racines,
Pendant que mon agence emplit mes grosses cuisines.

​« Et que coûte ce faste ? » interroge le Loup.
« Oh, trois fois rien ! Un beau collier serré au cou,
Répondit-il en riant d’un rire de métal :
Celui du capital et de l’algorithme fatal.
On est esclave du stream, captif de son image,
Mais le cash coule à flots dans ce doré servage ! »

​Lié ? dit le Loup. Adieu, maître de l’or !
Gardez votre bolide et votre fausse patrie,
Plutôt crever de faim dans mon bois, sans effort,
Que de vendre mon âme à une telle infamie.
Attachez-vous, dit le Loup, à vos faux-semblants,
Je garde mon honneur, pauvre, mais indépendant.



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