Emmanuel Macron décrète l’état d’urgence social, régularise les sans-papiers, met fin aux interventions françaises motivées par des intérêts économiques et annule la dette des pays du Sud global. Pendant ce temps, les grands patrons du CAC 40 se reconvertissent en réparateurs, couturiers ou menuisiers. Vous rêvez ? C’est pourtant le point de départ de Basta Capital, long métrage de Pierre Zellner sorti en 2021. À l’occasion de sa rediffusion, Mr Mondialisation revient sur les enjeux soulevés par le film – capitalisme, violence, justice sociale et écologie – qui restent cruellement d’actualité.
[Article initialement publié le 12 novembre 2019, mis à jour le 29 octobre 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 4min]
Basta Capital n’est pas l’histoire féerique d’un chef d’État, soudainement éveillé, qui a choisi d’en finir avec un système économique injuste, belliqueux, destructeur de la nature et qui a eu l’audace d’imposer des mesures radicales pour répondre à l’urgence sociale et écologique. Elle n’est ni l’histoire idéalisée de grands PDG qui, par compassion ou repentir, se sont reconvertis en ouvriers de leur propre usine.
Basta Capital est plutôt l’histoire d’une opération coup de poing qui va changer la face de la France. Le film met en scène une communauté d’activistes, qui dans un contexte social plus tendu que jamais, vont prendre en otage les patrons du CAC 40 pour forcer Emmanuel Macron à appliquer une politique anti-capitaliste. Ils passeront à l’acte après la mort d’un des leurs, tués par les forces de l’ordre durant une manifestation à Bure.

La situation de la France telle que décrite dans le film ne semble pas très éloignée de la réalité tant les bavures policières et les répressions abusives ont été monnaie courante ces dernières années au « pays des droits de l’Homme », avec l’assurance de voir les institutions couvrir coûte que coûte ces excès. La mort fictionnelle d’un militant à Bure, point de bascule du scénario, n’est pas sans rappeler la disparition de Rémi Fraisse à Sivens, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, lors d’une intervention des gendarmes.
Quatre ans plus tard, la répression des mobilisations lycéennes – blessures graves, interpellations massives et gardes à vue de mineurs – rappelle combien cette question reste brûlante.
Dévastés par ce drame et lassés des méthodes de luttes infructueuses, Bart (Jean-Jacques Vanier), Lise (Anne-Laure Gruet), Edgar (Antoine Jouanolou), Inès (Clarisse Lhonni-Botte), Archie (Archibald Smith) et Genjo (Zaire Souchi) vont alors passer à la vitesse supérieure avec ce coup de force qui va obliger le chef de l’État à exécuter leurs revendications de peur de perdre ses premiers de cordée très médiatiques.
Prendre le risque de maintenir en captivité les plus grosses têtes des multinationales françaises pendant un an et imposer – tout en restant planqués – un changement total de société, n’est pas une mince affaire. Les militants seront, tout au long de leur opération, traversés par des questionnements, des réflexions, et parfois des colères violentes. Contrairement à ce que le titre laisse songer, l’approche est beaucoup moins manichéenne qu’on l’imagine.

« Je ne propose pas une opinion dogmatique, mais la mise en scène d’un véritable débat d’idées autour de la révolution et des problématiques contemporaines, pour enrichir la réflexion des militants et peut-être également susciter des questionnements à d’autres. J’aspire à ce que ce film mette en lumière des enjeux de fond à une époque où règne la forme, et des propositions tangibles là où domine la communication. Pour en arriver là, le film met sur la table la nécessité et les limites du recours à la violence, face à celle dont fait preuve le capitalisme », résume le réalisateur de 32 ans qui a également un parcours de militant.
Pierre Zellner a en effet vécu dans la jungle de Calais en 2015 dans les mêmes conditions que les migrants à qui il enseignait le français et eux l’arabe. Cette expérience nourrira sa conviction de l’urgence qu’il y a à construire une société humaniste et c’est ce qui le mènera à l’écriture de Basta Capital (auparavant intitulé « Décapitalisation »), film qu’il a réalisé à la fois grâce à un emprunt, du financement participatif et l’engagement bénévole de celles et ceux qui y ont participé.

On appréciera également le traitement des relations entre les activistes et les patrons kidnappés, tantôt teintées d’humour tantôt sérieuses et dramatiques. Ou encore la naissance d’une forme de conscience sociale chez certains PDG dont la captivité consiste à travailler pendant un an dans les mêmes conditions que les ouvriers qu’ils exploitent.
Le tout empreint d’un réalisme du début à la fin, avec notamment les bouleversements sociétaux créés par tant de changements politiques sur une courte période. Bien que le film ne s’aventure pas à le montrer en image, nous découvrons combien la mise en place en France de mesures socio-écologiques radicales va générer des tensions internationales et une contagion de la révolte.

L’actualité rejoint encore une fois Basta Capital – les soulèvements populaires se multiplient à travers le monde. De la France au Brésil, en passant par l’Espagne, l’Albanie, la Serbie ou l’Italie, les peuples investissent massivement les rues pour rejeter des politiques socio-économiques jugées injustes, dénoncer la corruption de leurs dirigeants ou exiger un avenir digne – accès au logement, à l’éducation et aux services publics.
Pendant ce temps, le fossé ne cesse de se creuser entre les ultra-riches et les populations précaires. Selon Oxfam, les 12 milliardaires les plus riches du monde détiennent désormais plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité – plus de 4 milliards de personnes. Avec Basta Capital, Pierre Zellner a voulu s’adresser « à tous les désobéissants, les révoltés, mais aussi aux indignés qui craignent la confrontation directe avec le Système tout en souhaitant un changement global ».
– PAN
Photo de couverture : extrait du film Basta Capital
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