Une défense commune, vraiment ?, par Anne-Cécile Robert (Le Monde diplomatique, avril 2025)


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Serhii Hrekh. – « Insulation » (Isolement), 2023

© Serhii Hrekh – ferosone.artfond.me

Beaucoup de fantasmes prévalent dans les débats sur une défense intégrée, en particulier celui d’une Europe unie ripostant aux menaces géopolitiques. Sauf que l’Union européenne ne joue pas le premier rôle. Alors que le Royaume-Uni l’a quittée en 2020, le premier grand sommet consécutif au rapprochement américano-russe se tient à Londres le 2 mars. Aux côtés de onze États membres, sur vingt-sept, trois autres pays tiers participent à la réunion de Lancaster House — la Norvège, le Canada et la Turquie, membre de l’Alliance atlantique confinée depuis quarante ans dans l’antichambre de l’adhésion. Le 11 mars, les discussions d’un éventuel plan de paix, organisées à Paris, réunissent quant à elles trente-sept chefs d’état-major du Vieux Continent et du Canada ainsi que de l’Australie, intéressée par un rôle d’interposition.

L’Union européenne ne réapparaît en tant que telle qu’au moment de parler gros sous : les 800 milliards d’euros annoncés par la Commission le 10 mars doivent financer les industries nationales des Vingt-Sept. Le fameux couperet des 3 % de déficit public, rapporté au produit intérieur brut (PIB), pourrait même sauter au bénéfice des marchands de canons selon le Livre blanc sur la défense présenté le 19 mars par Mme Ursula von der Leyen. L’objectif — pertinent — de réduire la dépendance aux technologies américaines paraît d’autant plus difficile à atteindre que la coopération dans ce secteur est jalonnée de quelques réussites mais surtout d’échecs retentissants, y compris entre Paris et Berlin. La manne en question prolonge un effort entamé en 2004 avec la création de l’Agence européenne de défense (AED), poursuivi avec le lancement de la Coopération structurée permanente en 2017, le Fonds européen de défense (FED) en 2021 et, en 2022, l’élargissement de la — depuis lors mal nommée — Facilité européenne pour la paix (FEP) à l’exportation d’armes létales à des pays en guerre, afin d’aider l’effort de guerre ukrainien.

La Commission n’a aucune compétence en matière de politique de sécurité (…)

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