Chine : Deux sessions de l’ANP et de la CCPPC 2025


En prétextant l’abandon soudain du parrain étasunien et en diabolisant Donald Trump, présenté comme fantasque, imprévisible, retournant les alliances post-Deuxième Guerre mondiale, les dirigeants de l’Union Européenne s’escriment à masquer le déclin social, économique et démocratique imposé à leurs populations depuis quarante ans en agitant comme dernier recours une hypothétique menace russe pour justifier un nouvel emprunt destiné à enrichir leurs amis banquiers en faisant les poches aux populations.

Le monde occidental décline en pataugeant dans le bourbier des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient. Et au cas où ces derniers viendraient à trouver une issue pacifique, le président des EU fait preuve d’une imagination qui touche au génie pour générer de nouveaux conflits avec le Canada, le Groenland, Panama, ses anciens alliés et qui sait encore ?

Pendant ce temps, à l’inverse, la Chine poursuit à grands pas son petit bonhomme de chemin en évitant de se coincer les doigts dans des conflits chauds, y compris sur Taïwan ou dans ses marches occidentales malgré les provocations occidentales.

En matière de gouvernance intérieure, elle poursuit avec ordre et régularité le développement du pays « sous la ferme direction du Comité Central du Parti Communiste rassemblé autour du camarade Xi Jinping », selon une formule reprise désormais avec constance.

C’est ainsi que viennent de s’achever le 11 mars dernier les « Deux sessions », réunions annuelles de l’Assemblée Nationale Populaire (ANP), et de la Conférence Consultatif Politique du Peuple Chinois (CCPPC) au cours desquelles sont définies les grandes orientations de la politique du gouvernement pour l’année en cours.

L’année 2025 qui voit s’achever le 14e plan quinquennal est décisive pour la définition du 15e plan qui fixera les orientations pour les cinq prochaines années.

Certains esprits chagrins hurleront sans surprise à la « dictature » d’un parti unique. Mais que penser des brillantes réalisations d’un système européen qui se revendique « démocratique », dans lequel la classe dirigeante est passée maître dans la pratique de la « démonomie », la gestion du peuple et s’engage résolument dans la voie de la « démoclastie », la destruction du peuple ?

Nouvelles d’Europe, le plus grand groupe de presse écrite en langue chinoise en Europe, dont le siège est situé en Ile-de-France, m’a interviewé sur certains points marquants des Deux Sessions. Voici donc ci-dessous mes réponses.

Nouvelles d’Europe : La Chine a fixé son objectif de croissance économique à 5% lors des Deux Sessions. Qu’en pensez-vous ?

Jean PEGOURET :

Le bilan du travail du Gouvernement en 2024, présenté par le Premier Ministre dans le rapport d’activité à l’Assemblée Nationale Populaire le 11 mars 2025 souligne que « c’est dans un contexte particulièrement difficile que tous ces progrès ont été accomplis. Les conséquences néfastes des changements sur le plan extérieur n’ont cessé de s’amplifier ; […] un cercle vicieux s’est enclenché entre l’insuffisance de la demande intérieure et la morosité des anticipations ; […] »

C’est dans ce contexte qu’il faut analyser l’objectif de croissance économique fixé par la Chine à 5%, le même que celui fixé pour 2024 et accompli grâce à des mesures supplémentaires prises dans le dernier trimestre de l’année.

Le programme de 2025 prévoit de faire appel à un recours accru à l’endettement et à l’émission d’obligations ainsi qu’à une politique monétaire généreuse en liquidités sur le marché.

C’est ce qu’on appelait une politique de relance keynésienne dans une économie de marché et qu’elle conduit généralement à une augmentation de l’inflation alors que le projet présenté aux Deux Sessions espère limiter la hausse des prix à la consommation à environ 2%.

L’atout du gouvernement de la Chine est de procéder selon une « économie socialiste de marché » planifiée et donc de ne pas laisser au seul marché le soin d’ajuster les domaines d’activités économiques, y compris en matière d’investissements mobiliers et immobiliers.

C’est ainsi que la relance keynésienne par la demande qui figure dans le projet pour 2025 est assorti de mesures de renforcement de l’offre intéressantes qui pourraient permettre au gouvernement de tenir ses objectifs en matière de croissance et d’inflation. En particulier le développement touristique, les facilités faites aux étrangers pour séjourner et dépenser en Chine, la construction et la remise en état de logements sociaux, le développement de l’agriculture et la revitalisation rurale, notamment l’aide aux personnes regroupées ou à peine sorties de la pauvreté de se voir proposer des activités lucratives et enfin la recherche, le développement et la formation dans les nouvelles technologies de l’information et de l’environnement.

Il faut noter une différence importante entre la Chine et la France à l’avantage de la Chine : là où la France traite la pauvreté par l’assistanat, comme le montre le projet présenté aux Deux Réunions, la Chine offre des emplois permettant aux pauvres d’avoir des revenus. Cette deuxième approche basée sur l’offre favorise la croissance tout en limitant l’inflation et surtout le recours à l’impôt qui réduit le pouvoir d’achat des travailleurs.

Les facilités accrues faites aux investissements étrangers peuvent aussi apporter une contribution à l’offre. Toutefois, ceux-ci sont aussi tributaires de la volonté des investisseurs étrangers dans un contexte de concurrence internationale d’attractivité voire du jeu de certains gouvernements qui faussent le jeu économique par l’imposition de sanctions en contradiction avec les règles de l’OMC. C’est pourquoi, le gouvernement chinois doit donner la priorité aux mesures intérieures sur lesquelles il a complètement la main.

Comme le mentionne le rapport du gouvernement, « maintenir la stabilité sociale et économique est devenu une tâche ardue ». Ardue mais indispensable, car la stabilité sociale est essentielle à la poursuite de la marche du pays vers la modernité chinoise, à l’énergie de l’élan patriotique et à l’unité du peuple chinois sous la ferme direction du Comité central du Parti rassemblée autour du Camarade Xi Jinping.

N.E. : L’intelligence artificielle se développe rapidement en Chine. Quels sont, selon vous, les principaux facteurs qui favorisent cette croissance ?

Jean PEGOURET :

Tout d’abord, le facteur naturel historique rend inéluctable le développement de l’intelligence artificielle dans le monde. Depuis que l’homme existe, l’évolution a suivi le chemin de la maîtrise de la complexité. C’est un principe « thermodynamique » d’accroissement de l’entropie. L’homme a commencé à maîtriser le territoire à travers l’agriculture, puis les minerais et l’énergie à travers l’industrie puis aujourd’hui l’information. A noter que chaque évolution a donné lieu à des guerres pour s’approprier ces ressources, d’abord entre féodalités pour les territoires, puis entre bourgeoisies pour les matières premières. Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour nommer les entités humaines qui vont concrétiser les centres de pouvoir s’affrontant pour le contrôle de l’information, qui ne sont plus forcément des États.

En tout état de cause, que ce soit en Chine ou ailleurs, le développement de l’intelligence artificielle est un phénomène inéluctable qui s’inscrit dans la « chute entropique » vers la complexité que rien ni personne ne pourra entraver.

Il est important d’avoir en tête ces propos préalables pour répondre à la question du développement « en Chine » de l’intelligence artificielle.

En ce qui concerne la Chine, le pays a pris une avance considérable dans l’innovation. La Chine n’est plus « l’atelier » du monde. Elle est devenue « le laboratoire » du monde.

Ensuite, le niveau de formation désormais reconnu comme excellent des jeunes chinois, la capacité visionnaire des experts scientifiques chinois qui ont su convaincre les responsables du Parti Communiste Chinois que l’intelligence artificielle, au même titre que la qualité de l’environnement, devait donner lieu à des recherches et des investissements prioritaires.

Enfin, la Chine a l’avantage de disposer d’un gouvernement qui, sous la direction du Parti Communiste et de ses dirigeants éclairés, sait prendre des décisions rapides sur les sujets importants sans les laisser aux hasards du marché et des investisseurs étrangers.

N.E. : La Chine prévoit de renforcer davantage son ouverture. Quels autres domaines, selon vous, devraient encore être ouverts ?

Jean PEGOURET :

Toute action permettant de faire connaître et apprécier la culture et les réussites de la Chine à l’étranger doivent être renforcées pour plusieurs raisons.

Tout d’abord parce que la Chine mérite d’être connue pour son histoire, sa culture, ses réalisations et son système politique originaux et remarquable qui peuvent enrichir la vision du monde. Venir en Chine rencontrer des Chinois et voir comment cela se passe ouvre des portes pour toutes sortes d’échanges culturels ou économiques. Il ne suffit pas de lire des livres, d’aller de temps en temps manger dans un restaurant chinois à Paris ou d’assister à un concert ou une exposition au Centre Culturel de Chine, même s’ils sont source d’émerveillement, très bien organisés et que c’est toujours un bon début. Imaginer, c’est bien, vivre c’est mieux.

Ensuite parce que l’image de la Chine, en particulier dans les populations des pays du G7 est largement entachée par une propagande hostile des médias qui tourne à la sinophobie.

Évidemment, cette image négative sert des motivations politiques et économiques : il ne faut pas consommer chinois sauf si cela rapporte à des intermédiaires occidentaux ; il ne faut pas faire comme en Chine, parce que « nous », nous sommes des « Démocraties » et qu’ils vivent dans une dictature, que nous avons la « Liberté » et pas eux, qu’il n’y a pas de discriminations chez nous alors que certaines de leurs populations sont opprimées.

Tous les Occidentaux qui sont allés en Chine avec un regard honnête en sont revenus surpris et émerveillés. Certains même en sont tombés amoureux.

Même le Président Macron, après sa visite à Gangzhou en 2023 en compagnie du Président Xi Jinping, n’avait pas tari d’éloges dans l’avion de retour en France. Aussitôt, dans les jours suivant son retour, il avait fait l’objet d’un raz-de-marée de critiques par la presse et les « hyènes folles » sinophobes habituelles.

Cela signifie que le travail de communication sur l’image de la Chine doit être renforcé, non pas par des déclarations en France qui seraient aussitôt étiquetées comme de la propagande et noyées sous des flots de calomnies médiatiques, mais en ouvrant les facilités offertes aux étrangers pour venir visiter la Chine et éventuellement s’y établir.

Aussi, les facilités déjà offertes à certains pays de séjour sans visa sont un bon début.

Les voyages « découverte » organisés pour les étrangers dans des conditions avantageuses, sur des thèmes culturels, sociologiques, linguistiques et économiques, avec des possibilités de coopérations au retour, devraient être développés.

Ceci doit se faire dans un esprit gagnant-gagnant. La Chine ne doit pas devenir une terre d’immigration économique ou faire l’objet d’agression par des pays hostiles qui chercheraient à la déstabiliser en manipulant des populations fragilisées instrumentalisées comme « bombes migratoires ».

C’est pourquoi, le principe des visas doit être maintenu mais leur attribution de longue durée facilitée pour les étrangers qui ont fait la preuve d’une attitude constructive et positive.

N.E. : Vos opinions sur la guerre commerciale Chine-UE

Jean PEGOURET :

Personnellement, en tant que Président de Saphir Eurasia Promotion, je suis favorable à l’intégration de l’espace eurasiatique de l’Atlantique au Pacifique sur les bases de la charte de l’Organisation de Coopération de Shanghai, c’est-à-dire entre pays souverains, sans ingérence dans les affaires intérieures les uns des autres, en acceptant les différences mais en réglant les différends par la négociation et pas par le rapport du fort au faible et en recherchant des relations gagnant-gagnant. Il ne s’agit dont pas de promouvoir une « fédéralisation » de l’Eurasie autour d’un gouvernement commun.

Dès lors, l’« Initiative la Ceinture et la Route » m’est apparue comme une initiative gagnant-gagnant pour les pays de l’Union Européenne aussitôt qu’elle a été présentée par le Président Xi Jinping au Kazakhstan en 2013 et j’en ai aussitôt fait la promotion.

A mon avis, la guerre commerciale Chine-UE est artificiellement entretenue par les Etats-Unis pour préserver leur emprise sur le marché européen. Le cauchemar des Etats-Unis est justement l’intégration eurasiatique. C’est pourquoi, conformément à la doctrine énoncée par Zbigniew Brzezinski notamment, les Etats-Unis mènent la politique de la hache, découpant le continent en le frappant de la Baltique à la Mer Noire pour couper tout échange commercial entre l’Europe de l’Ouest et l’ensemble Chine-Russie.

La guerre lancée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en 2014 en Ukraine contre la Russie n’est rien d’autre que l’un des épisodes de cette guerre d’influence destinée à fractionner l’Eurasie. L’ennemi principal des Etats-Unis n’était pas la Russie mais la Chine qui voulait établir des relations commerciales avec le marché européen, avec l’appui des matières premières compétitives de la Russie.

Cette guerre est historique. Elle est la suite des guerres d’influence des Guerres de l’Opium impulsées par le Royaume-Uni pour conquérir la Chine puis du « Grand Jeu » entre la Russie et le Royaume-Uni pour le contrôle de l’Asie Centrale sur les restes de l’Empire Ottoman.

Maintenant que le décor est planté, la question est : « comment en sortir ? »

L’intérêt des populations de l’Union Européenne est évidemment dans l’échange commercial et culturel avec la Chine.

A la fois pour la capacité qu’offre la Chine de fournir des produits de consommation courante ou qualité pour la vie de tous les jours que pour son modèle de gouvernance efficace dans le respect de la démocratie et des droits de l’homme donnant la priorité au bien-être du peuple, les Européens ont intérêt à se rapprocher de la Chine.

Par contre, ce schéma n’intéresse pas les financiers dont l’intérêt est d’endetter les populations des pays européens.

Donald Trump vient de remettre les choses en place. Son vice-président J.D. Vance a révélé à deux reprises la vérité en expliquant que les dirigeants des pays européens mentaient à leurs populations et que la « président » Zelenski n’était qu’une marionnette.

La nouvelle direction des Etats-Unis change totalement la vision de la « guerre Chine-UE ». On découvre que ce n’était pas une guerre « Chine-UE » mais une guerre « Chine contre Néo-conservateurs américains » et que les Européens n’étaient que des supplétifs des Démocrates et néo-conservateurs américains.

Aujourd’hui, Trump lâche ses « alliés » européens de l’OTAN et fait une alliance économique avec la Russie.

En Europe, la France tente de reprendre le leadership face à l’Allemagne en s’alliant avec le Royaume-Uni.

Certains comparent Macron à Napoléon Ier. Mais non : Macron joue le même jeu que Napoléon III qui s’était allié avec le Royaume-Uni contre la Russie en 1853 pour la Guerre de Crimée alors que les Français étaient opposés à cette guerre. Résultat : en 1870, lorsque la Prusse a attaqué la France, la Russie n’a pas bougé. Napoléon III a été fait prisonnier à Sedan et la France a perdu l’Alsace et la Lorraine.

La guerre commerciale Chine-UE, finalement, n’est rien en comparaison avec la nouvelle guerre qui vient de s’ouvrir entre les Etats-Unis et l’UE.

Trump veut annexer le Groenland, le Canada et le Panama. Il a lâché l’Ukraine pour différentes raisons qu’il ne serait pas opportun d’expliquer ici.

Les derniers échanges entre Trump et Poutine s’orientent vers une collaboration économique sur les matières premières de l’Ukraine mais aussi de la Russie qui exclurait les entreprises européennes. Au fond, les soutiens de Trump récolteraient les marchés pour les prochaines élections présidentielles américaines et les soutiens démocrates seraient exclus.

Dans ce jeu, dès lors que les Etats-Unis de Trump lâchent les Européens, les Européens se retrouvent entre eux et la guerre historique entre France Allemagne et Royaume-Uni sur le continent revient.





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