Le Royaume-Uni parviendra-t-il à tirer son épingle du jeu ? Londres et Washington mènent depuis de nombreuses semaines des discussions en vue d’un accord économique, et les négociations sont “productives”, se félicite Downing Street. Le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Keir Starmer se sont entretenus dimanche au téléphone, décidant de conserver le “rythme soutenu” de leurs discussions.
Lors de la visite du PM britannique à Washington en février, Donald Trump promettait un “véritable accord commercial dans lequel les droits de douane ne seraient pas nécessaires”.
« Nous allons aboutir à un très bon accord commercial pour nos deux pays », avait affirmé le président américain, ajoutant que cela pourrait intervenir « plutôt rapidement ». « Notre relation commerciale n’est pas seulement forte, elle est aussi juste, équilibrée et réciproque », avait alors réagi Keir Starmer.
Londres se démarque de l’UE
Cette visite intervenait alors dans un contexte géopolitique et économique marqué par des tensions croissantes entre les États-Unis et ses partenaires, comme l’UE et le Canada. Donald Trump a récemment annoncé des droits de douane supplémentaires sur l’acier, l’aluminium, appliquant ses promesses électorales. “Venez fabriquer vos produits en Amérique ou préparez-vous à payer des droits de douane”, avait-il averti lors de son intervention à Davos quelques jours après son investiture.
L’UE a riposté en imposant des droits de douane sur 26 milliards d’euros de produits américains « correspondant à la portée économique des droits de douane américains ». Bruxelles a prévu ce 1er avril de reprendre des contre-mesures prises entre 2018 et 2020 pendant le premier mandat de Donald Trump à l’encontre de 8 milliards d’euros de produits américains, puis d’appliquer une nouvelle série de droits de douane sur 18 milliards d’euros à la mi-avril.
Le Vieux continent entendait calmer le jeu afin de “favoriser une issue négociée” mais le locataire de la Maison Blanche a créé la surprise en annonçant mercredi son intention d’imposer des droits de douane de 25 % sur les importations de voitures et de camions légers, qui doivent entrer en vigueur le 3 avril.
Le chancelier allemand sortant, Olaf Scholz, défait lors des dernières législatives, et qui ne représente désormais que lui même, a affirmé dimanche que l’UE répondrait fermement aux tarifs douaniers appliqués par le président américain Donald Trump, rappelant que le Vieux continent était toujours ouvert au “compromis” et à la “coopération”.
Londres adopte une approche distincte en refusant de se joindre aux contre-mesures européennes. Le Royaume-Uni, qui peine toujours à redéfinir sa politique commerciale post-Brexit, privilégie une négociation bilatérale avec Washington, espérant tirer profit d’une relation privilégiée avec son premier allié pour sécuriser un accord commercial avantageux et échapper aux droits de douane américains.
L’industrie sidérurgique britannique est déjà soumise à des droits de douane mais le Royaume-Uni ne menace pas de riposter comme le promet Bruxelles. Londres envisagerait même, selon la presse locale, de faire volte-face sur sa taxe sur les services numériques, qui vise les géants américains de la tech.
Cette fois-ci, c’est la bonne pour le Royaume-Uni ?
Downing street a annoncé que les dirigeants des deux pays se sont entretenus dimanche au téléphone. Le cabinet du PM évoque des “négociations productives”, saluées par les deux dirigeants, pour parvenir à un “accord de prospérité économique entre le Royaume-Unis et les Etats-Unis”. La même source affirme qu’ils « ont convenu que ces négociations se poursuivraient à un rythme soutenu cette semaine ».
Cet accord, que le Royaume-Uni souhaite depuis le Brexit, bute sur des divergences liées à des sujets sensibles, comme l’accès américain aux marchés agricoles et aux services de Santé. En 2020, à la fin du premier mandat de Donald Trump, les deux partenaires reprenaient leurs négociations mais l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche à partir de janvier 2021 a eu pour conséquence la relégation de ces discussions au second plan, au profit de quelques accords sectoriels.
Les deux dirigeants ont également évoqué le dossier ukrainien. A son retour de Washington, Keir Starmer estimait que l’accord sur les minerais conclu avec les États-Unis ne suffisait pas à garantir la sécurité de l’Ukraine. Downing Street révèle uniquement que « les dirigeants ont convenu de la nécessité de maintenir la pression collective sur le président russe Vladimir Poutine ».