Malheureusement, la triste réalité est que, grâce surtout à Trump et ses plus proches collaborateurs, le spectre d’Hitler plane de nouveau sur l’Europe et le monde ! L’évènement est de taille car imprévu et n’entrant pas dans les calculs de tous ceux (médias, gouvernants, experts et autres « politologues ») qui nous assuraient que leur système avait appris la leçon et était désormais immunisé contre de telles… « folies ».
Cependant, le fait est que même les plus hésitants et incrédules d’eux commencent – enfin – à admettre cette triste réalité et à en parler. On ne peut que s’écrier : mieux vaut tard que jamais. Toutefois, la confusion persiste : Trump est-il fasciste seulement parce qu’il prend des poses qui rappellent Mussolini ? Et Musk parce qu’il fait le salut nazi ? Évidemment, tous ces comportements ne sont pas à négliger, mais qualifier quelqu’un de fasciste ou de néonazi est une chose pleine d’implications trop importantes, et demande beaucoup plus que des références aux comportements et aux signes extérieurs de l’intéressé.
Alors, force est de constater que la meilleure preuve du fascisme de Trump et de ses amis, est celle offerte par leurs actes, par ce qu’ils sont en train de faire depuis qu’ils se sont installés à la Maison Blanche. Car, on s’empresse de dire que ce que le triumvirat de Trump, Musk et Vance fait depuis deux mois fait penser à ce qu’ont fait Hitler, Goering et Goebbels durant leurs deux premiers mois au pouvoir. Et voilà tout de suite de quoi il s’agit à l’aide de l’excellent et tellement utile livre Le monde nazi 1919-1945(1) dont les auteurs Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin nous avertissent opportunément que les nazis de 1933 ne sont pas encore les nazis génocidaires qu’ils sont devenus pas la suite, ils ne sont pas encore « les ordonnateurs de Treblinka et de Birkenau, les concepteurs de Auschwitz…Ce sont des gens fréquentables ». Alors, ayant cet avertissement préalable bien en tête, comparons ce qui est comparable, les deux premiers mois au pouvoir de Trump et d’Hitler.
Tout d’abord, il y a cet extrême empressement, commun à Trump et à Hitler, à frapper simultanément vite et fort sur tous les fronts, afin de créer des faits accomplis et ne pas laisser aux adversaires le temps de s’organiser. Chez Trump on a une avalanche (plusieurs centaines) des décrets signés et exhibés fièrement par lui-même. Dans le cas de Hitler, on a « une pluie de décrets-lois qui s’abat sur l’Allemagne ». Dans les deux cas, on constate le même souci des autocrates de « mettre au pas » leurs sociétés, de ne pas leur laisser le temps de comprendre ce qui leur arrive. Et également dans les deux cas, on a ces avalanches de décrets qui transforment déjà radicalement les deux pays au temps record de deux mois (!), à l’initiative du seul chef, et sans que le conseil de ministres se réunisse plus d’une fois en 60 jours ! Et tout cela, en violant souvent allègrement toute légalité, y inclue celle des constitutions.
Mais, qui sont ceux qui, en toute priorité, se trouvent dans le viseur de ces centaines de décrets-lois tant de Trump que de Hitler ? C’est l’État et ses fonctionnaires qu’il faut purger en masse, par centaines de milliers ! Pourquoi ? Mais, pour éliminer ceux qui sont des « ennemis », les juifs et les « marxistes » et autres gens de gauche pour les nazis. Ou ceux dont l’objet de leur activité professionnelle (changement climatique, genre, droits et libertés démocratiques, sécurité sociale, minorités, humanitaire etc.) est jugé incompatible avec le trumpisme. Et aussi, pour mettre au pas les restants, et surtout pour terroriser et paralyser tous les autres, en créant et en propageant un climat de peur et d’insécurité générale !
Si cette véritable purge des fonctionnaires occupe une place de choix dans le projet plus qu’autoritaire des deux autocrates, il faut avouer que Trump et ses fidèles « innovent » et ne suivent pas à la lettre l’exemple des nazis allemands quand ils n’attaquent pas seulement les enseignants mais aussi l’éducation en tant que telle, allant jusqu’à faire disparaître le ministère de l’éducation ! De même avec la recherche et les sciences en général, qui ne sont pas du goût du trumpisme, lequel leur préfère ostensiblement les références bibliques. C’est le côté obscurantiste, rustre, inculte et aussi religieux intégriste du trumpisme (et aussi, de Trump lui-même) qui le différencie des nazis lesquels préféraient endoctriner et embrigader plutôt que licencier les universitaires. C’est d’ailleurs pourquoi les rangs des SS étaient pleins, au moins jusqu’en 1943, de jeunes avocats, juristes, diplômés en sciences et même d’universitaires.
Si Trump se montre tout autant qu’Hitler empressé de « normaliser » l’armée, les services et les polices, force est de constater qu’il le fait beaucoup plus brutalement que le dictateur allemand. Là où le Führer allemand choisit d’amadouer ses généraux, se limitant à destituer ceux dans la police qui sont très marqués à gauche, Trump préfère purger tout de suite tout l’état-major et l’ensemble des directions des services secrets et du FBI !
D’autre part, à distance de 90 ans, tant le trumpisme que le national-socialisme ont attaqué, en toute priorité et avec la même brutalité, les juges et la justice de leurs pays, foulant aux pieds la séparation des pouvoirs. Mais, là où Hitler a procédé à une grande purge éliminant d’un coup les juges « non-aryens », Trump se limite pour l’instant à attaquer verbalement, mais avec une rare violence, les juges qui lui résistent, toute en destituant ou contraignant à démissionner des dizaines de procureurs et offrant à des milliers d’employés du département de justice des compensations s’ils se décident de démissionner.
Une autre priorité de ces deux régimes liberticides est leur empressement de se retirer des organisations internationales. Hitler l’a fait tout de suite en faisant sortir l’Allemagne nazie de la Société des Nations, tandis que, pour l’instant, Trump préfère retirer son pays de plusieurs traités et organisations internationales (climat, santé, droits humains), pendant que son bras droit Elon Musk annonce que les Etats-Unis attendent le moment propice pour se retirer de l’ONU et de l’OTAN.
Mais, encore plus révélatrice des affinités électives de deux régimes, est leur commune haine viscérale pour les droits et les libertés démocratiques les plus élémentaires, dont la liberté d’expression. C’est ainsi qu’une fois au pouvoir, Trump et Hitler ont attaqué frontalement et en toute priorité les médias, Hitler en occupant leurs locaux, en saisissant leurs rotatives et en licenciant leurs journalistes, et Trump en interdisant à plusieurs d’entre eux l’accès à l’information et en menaçant ouvertement de faire disparaître les autres s’ils ne se soumettent pas à ses désirs.
Tout cela étant dit, ce qui unit le plus Hitler, Trump et leurs acolytes est leur commun délire raciste ! Le racisme principalement anti-juif et « accessoirement » anti-gitan et anti-homosexuel pour Hitler, et le racisme principalement anti-migrant et « accessoirement » anti-homosexuel, anti-trans et misogyne pour Trump. C’est ainsi que les juifs pour l’un et les migrants pour l’autre servent de parfaits boucs émissaires pour tous les maux, vrais ou imaginaires, de nos sociétés. Et cela afin de dédouaner d’avance les chefs et leurs régimes de leurs échecs et de leurs responsabilités, mais aussi afin d’offrir les victimes juifs ou migrants de ce racisme d’État en pâture à la base raciste et suprématiste de ces deux régimes. Détail éloquent : nos gouvernants pourfendeurs du racisme de Trump et de Hitler, refusent d’accueillir les juifs chassés par l’un et les migrants chassés par l’autre. Évidemment, à la grande satisfaction de deux tyrans qui, tout en dénonçant, pour une fois à juste titre, l’hypocrisie de nos libéraux occidentaux se sentent avoir les mains libres pour déporter et enfermer dans des camps jadis les juifs, et maintenant les migrants.
Et pour terminer, comment ne pas penser que Trump s’inspire de l’exemple hitlérien quand on le voit faire du Canada son Autriche auquel il veut imposer son Anschluss, pour l’annexer et le transformer, « par tous les moyens », en 51e État des États-Unis d’Amérique ? Ou aussi, quand il remplace le tristement célèbre lebensraum (espace vital) hitlérien par ses propres « besoins de la sécurité nationale » des Etats-Unis pour « justifie » ses prétentions sur le Panama ou le Groenland, lesquelles d’ailleurs n’ont rien à envier à celles d’Hitler sur la Tchécoslovaquie ou la Pologne ?
Et enfin, que dire du véritable guet-apens tendu à la Maison Blanche au Président Ukrainien Volodymyr Zelensky par Trump et Vance, lequel ressemble comme deux gouttes d’eau à celui tendu en 1939, à la chancellerie de Berlin, au Président de la Tchécoslovaquie Emil Hacha par Hitler et Goering ? La seule différence est que, tandis que Zelensky a résisté aux menaces et à l’humiliation, le pauvre Hacha terrorisé et au bord de la crise cardiaque, a cédé, signant la fin de son pays.
Conclusion : depuis deux mois, tout se fait à la Maison Blanche comme si Trump suivait presque à la lettre les conseils d’un manuel d’action qu’aurait écrit Hitler lui-même. C’est d’ailleurs pourquoi ceux qui persistent à nier que Trump, Vance, Musk et leurs amis sont des fascistes pur-sang, font penser de plus en plus à tous ceux qui en 1939, persistaient à dire que « son Excellence le Chancelier Hitler » était peut-être un peu trop remuant mais qu’il allait se calmer, parce qu’en réalité, il ne voulait que la paix. On connaît la suite.
Notes
1. Le Monde nazi 1919-1945, p.626, edit.Tallandier