Serhii Hrekh. – « Total Control », 2020
© Serhii Hrekh – ferosone.artfond.me
Le 21 novembre 1995, sur la base américaine de Dayton dans l’Ohio, la Serbie, la Croatie et la Bosnie concluaient sous la houlette de Washington un accord qui mit fin à la guerre meurtrière les ayant opposées pendant plus de trois ans. La guerre de Bosnie s’achevait… aux États-Unis.
Quelques mois plus tôt, sur CBS, le présentateur-vedette de l’époque, Dan Rather, avait interrogé son correspondant diplomatique sur l’implication de Washington dans ce conflit : « Pendant des années, on nous a expliqué que la Bosnie était un problème européen qui devait être réglé par les Européens. Qu’est-ce qui vient de se passer ? » Réponse du journaliste Bob Simon : « Dan, si le XXe siècle nous a enseigné au moins une chose, c’est bien que les Européens sont incapables de régler leurs problèmes. Et c’est pour cela que l’Amérique a dû intervenir lors de la première guerre mondiale et lors de la seconde guerre mondiale. Et il semble bien que le siècle va s’achever comme il a commencé, avec l’Amérique qui vole au secours de l’Europe. »
Des dirigeants européens incapables de « régler leurs problèmes » ? Difficile à démentir lorsqu’on entend, trente ans plus tard, le ministre des affaires étrangères français claironner dans un moment de forfanterie presque comique qu’il refuserait de prendre son homologue moscovite au téléphone à moins que celui-ci lui « annonce que la Russie est d’accord pour que l’Ukraine dispose de vraies garanties de sécurité, voire que l’Ukraine entre dans l’OTAN ». Autrement dit, que Moscou capitule…
Vu de Washington, la puissance, la géopolitique, l’indépendance, le leadership stratégique n’ont jamais relevé des États du Vieux Continent, rivaux commerciaux et lieux de villégiature, mais de leur suzerain d’outre-Atlantique, l’autre moitié, décisive, de l’Occident. À l’Ouest rien de nouveau, au moins sur ce plan. Condescendance ou mépris, l’Europe est d’autant plus perçue comme une non-puissance construite par et pour le libre-échange qu’elle n’affirme aucun autre grand projet fédérateur, (…)
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