Corée du Sud : Yoon Suk-yeol destitué


par Association d’amitié franco-coréenne

C’est la fin d’un long feuilleton politico-judiciaire : à l’unanimité, le 4 avril 2025, les huit juges en fonctions de la Cour constitutionnelle de Corée ont voté pour la destitution du président de la République de Corée Yoon Suk-yeol (conservateur), qui avait tenté un coup d’État par l’imposition de la loi martiale le 4 décembre 2024, alors qu’une majorité qualifiée de six juges était requise. Une élection présidentielle anticipée sera organisée dans un délai de 60 jours, pour laquelle le président du Parti démocrate, Lee Jae-myung, rival malheureux de Yoon lors du scrutin de 2022, fait figure de favori.

Des explosions de joie ont accueilli l’annonce de la destitution, souhaitée par une nette majorité de Sud-Coréens qui manifestaient en nombre depuis des mois, alors que la consternation et l’accablement ont éclaté parmi les partisans de Yoon Suk-yeol. Si une partie des conservateurs avait voté la motion de destitution (qui requérait un vote conforme de deux tiers des députés, au sein de l’Assemblée nationale à majorité démocrate), le camp conservateur avait finalement largement fait bloc derrière le président Yoon, apparaissant déterminé à conserver à tout prix le pouvoir exécutif, tandis que l’ancien procureur Yoon s’est enfermé dans une attitude de déni.

De fait, le verdict est un désaveu cinglant pour Yoon Suk-yeol et ses partisans, les cinq chefs d’accusation ayant tous été retenus. Selon l’agence sud-coréenne Yonhap :

«L’enjeu du procès était de déterminer s’il a enfreint la loi en s’engageant dans cinq actions clés, à savoir la proclamation de la loi martiale, la rédaction d’un décret de la loi martiale, le déploiement de troupes à l’Assemblée nationale, la perquisition à la Commission nationale des élections (NEC) et la prétendue tentative d’arrestation de politiciens. La cour a donc clairement reconnu que Yoon a violé gravement la loi et la Constitution incluant l’instauration de la loi martiale, la tentative de bloquer les activités du Parlement en déployant des troupes militaires, la perquisition de la NEC et le projet d’arrestation de politiciens.

La Cour constitutionnelle a reconnu la totalité des cinq chefs d’accusation en concluant qu’il y a eu une violation critique de la loi et de la Constitution. Aucun juge n’a affiché d’opposition à cette décision malgré quelques avis supplémentaires dans les détails. La cour a aussi rejeté les prétentions des avocats de Yoon sur l’illégalité de la procédure de la motion de destitution et le retrait d’un chef d’accusation en particulier, l’insurrection de Yoon, dans le procès en destitution. La Cour les a jugés légaux.

De plus, la cour a indiqué que l’instauration de la loi martiale n’entrait pas dans le respect des conditions requises et la situation au moment des faits n’était pas dans un état d’urgence. Quant à la répétition des motions de destitution et à la réduction du budget de l’État par le Parti démocrate, la Cour constitutionnelle a jugé que ces points pourraient être traités avec l’exécution normale du pouvoir, notamment le procès en destitution et l’exercice du droit de veto par le président».

La Cour constitutionnelle étant une juridiction suprême, il n’existe pas de voie de recours pour le président Yoon, qui devra par ailleurs encore répondre de ses actions devant la justice pénale, pour incitation à l’insurrection.

Le soulèvement des Coréens après la tentative d’imposer la loi martiale avait montré, une fois de plus, l’attachement profond aux valeurs démocratiques en République de Corée, tandis que la mobilisation d’éléments divers d’extrême-droite en faveur de Yoon a témoigné de la persistance d’un courant réactionnaire, voyant une forme de modèle dans le régime militaire qu’a connu la République de Corée entre 1961 et 1993.

source : Association d’amitié franco-coréenne



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