En Hongrie, l’élection se gagne au village, par Ambre Bruneteau & Corentin Léotard (Le Monde diplomatique, janvier 2026)


Viktor Orbán en difficulté face à un ancien allié

Solidement installé au pouvoir depuis 2010, le premier ministre hongrois Viktor Orbán se voit défié sur son terrain de prédilection : la ruralité. Son rival Péter Magyar, issu comme lui du Fidesz, représente désormais la droite libérale proeuropéenne et tente de briser l’hégémonie du camp national-conservateur en arpentant les petites communes, clé des élections législatives d’avril prochain.

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Christiane Pooley. — « Ya somos el olvido que seremos » (Nous sommes déjà l’oubli que nous deviendrons), 2018

© ADAGP, Paris, 2025 – Galerie Perrotin, Paris, New York

Une berline Škoda Octavia se gare. Lorsque M. Péter Magyar en descend, un technicien ajuste son micro-cravate et lui donne le feu vert pour un direct d’une heure sur Facebook, le troisième de la journée. L’homme politique qui entend ravir le poste de premier ministre à M. Viktor Orbán lors des élections législatives du 12 avril prochain se lance. Devant un enfant qui tient un drapeau hongrois à la main et de simples curieux, il salue le petit comité d’accueil qui distribue des aimantins et le magazine du parti Tisza (Respect et liberté, centre droit). À l’intérieur de la maison de la culture, deux cents personnes ont pris place pour voir celui qui prétend débarrasser le pays « du “petit sultan” et de son système de criminalité nationale ».

Isaszeg, une localité de onze mille habitants située à une trentaine de kilomètres à l’est de Budapest, est l’une des dernières étapes de ce « Tour de la Hongrie en quatre-vingts jours », qui doit se terminer en apothéose le surlendemain dans la capitale. « Nous sommes allés dans les moindres recoins du pays, dans les villages les plus reculés, là où ni Orbán ni aucun autre politicien ne sont jamais allés, pour demander aux gens ce qui ne va pas, où ils ont mal, de quoi ils ont besoin et comment nous pouvons les aider. (…) Et j’ai une mauvaise nouvelle pour le “grand vizir” : les campagnes lui disent que son temps est fini ! », lance l’avocat de 44 ans, qui a rompu, début 2024, avec le Fidesz, le parti national-conservateur au pouvoir.

Les élections se jouent loin de la capitale. Sur une population de 9,5 millions d’habitants, un tiers vit dans l’une des 2 886 communes de moins de 5 000 habitants, les plus marquées par la désindustrialisation des années 1990, la disparition des coopératives et le déclin des services publics. « Les régions rurales des pays de l’ancien bloc soviétique sont sans conteste les grandes perdantes de la transformation économique et politique majeure (…)

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Ambre Bruneteau &

Corentin Léotard

Respectivement doctorante en science politique, au Centre européen de sociologie et de science politique (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), et rédacteur en chef du Courrier d’Europe centrale (Budapest).



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