Dans un monde où l’information circule à une vitesse fulgurante, l’urgence de publier à tout prix peut souvent primer sur la nécessité d’une réflexion approfondie, favorisant ainsi la désinformation et les réactions émotionnelles. Prendre le temps d’une pause critique permet d’éviter les simplifications binaires, de questionner les motifs sous-jacents (comme les lobbies militaro-industriels) et de promouvoir un journalisme équilibré qui agit comme un contre-pouvoir pacificateur plutôt qu’un relais de manipulations. Cette approche est particulièrement pertinente face à des événements géopolitiques complexes comme l’intervention au Venezuela, où les récits officiels masquent souvent des enjeux plus profonds, rappelant les dynamiques observées lors de crises passées comme la pandémie de COVID-19 ou l’intervention américaine en Irak.
Le 3 janvier 2026 marque un tournant dramatique dans les relations entre les États-Unis et le Venezuela. Dans une opération militaire nocturne spectaculaire, les forces américaines ont attaqués des cibles à Caracas et capturé le président Nicolás Maduro ainsi que sa femme, Cilia Flores. Le président Donald Trump a annoncé que les États-Unis prendraient temporairement le contrôle du pays pour assurer une « transition judicieuse » vers la démocratie, tout en promettant que les compagnies pétrolières américaines investiraient des milliards pour exploiter les ressources vénézuéliennes.
Cette intervention, qualifiée par Trump de « frappe à grande échelle contre le narco-terrorisme », s’inscrit dans une escalade de tensions qui remonte à des mois de frappes sur des bateaux soupçonnés de trafic de drogue et de saisies de pétroliers vénézuéliens. Hier soir, le 3 janvier 2026, la Cour suprême vénézuélienne a ordonné que la vice-présidente Delcy Rodríguez assume le rôle de présidente par intérim pour garantir la continuité administrative et la défense de la nation, suite à l’absence forcée de Maduro. Rodríguez, qui a présidé une session du Conseil de défense nationale et exigé la libération immédiate de Maduro et de sa femme, condamnant l’opération américaine, pourrait cependant se trouver en Russie selon certains rapports, ajoutant aux incertitudes sur la transition. Cette nomination vise à apaiser les tensions internes, mais elle soulève des questions sur la stabilité du régime et les négociations potentielles avec les États-Unis, Trump ayant mentionné des contacts avec elle via le secrétaire d’État Marco Rubio.
Mais, derrière cette narrative officielle, des voix discordantes émergent, opposant une propagande bien huilée à des réalités géopolitiques plus complexes, incluant la défense du pétrodollar et des intérêts économiques. Cet article explore ces perspectives multiples, en mettant en lumière les soutiens aveugles de certains politiques – évoquant les dynamiques observées lors de la pandémie de COVID-19 – et en confrontant les discours officiels à des analyses alternatives.
La version officielle du narratif : lutte contre les drogues et le terrorisme
Les justifications américaines pour cette intervention reposent sur trois piliers principaux : la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme et la promotion de la démocratie. Selon l’administration Trump, Maduro dirigeait un « narco-État » impliqué dans le trafic de cocaïne vers les États-Unis, via des gangs comme le Tren de Aragua et le Cartel de los Soles. Trump a accusé Maduro d’orchestrer l’envoi de criminels aux États-Unis pour déstabiliser le pays, tout en liant cela à une immigration illégale massive. Le procureur général Pam Bondi a annoncé que Maduro ferait face à des accusations de « conspiration narco-terroriste » et d’importation de cocaïne devant les tribunaux américains. De plus, les États-Unis invoquent l’illégitimité de Maduro depuis les élections contestées de 2018 et 2024, présentant l’opération comme une mesure pour restaurer la démocratie et protéger les Vénézuéliens d’un régime répressif.

Cette rhétorique s’inscrit dans une longue histoire d’interventions américaines en Amérique latine, remontant à la Doctrine Monroe de 1823, qui visait à contrer les influences étrangères dans l’hémisphère occidental. Des parallèles peuvent être faits avec l’invasion du Panama en 1989-1990, où Manuel Noriega fut capturé sous des prétextes similaires de trafic de drogue.
Trump a même déclaré que les États-Unis « géreraient le pays » temporairement, avec des équipes incluant des membres de son cabinet, pour assurer une transition pacifique – une affirmation qui évoque une tutelle coloniale pour certains observateurs.
Cependant, cette propagande est contestée. Des sources soulignent que, malgré les allégations, le Venezuela n’est pas un producteur majeur de cocaïne (moins de 1 % des saisies aux États-Unis proviennent directement de là), servant plutôt de voie de transit. Des rapports d’intelligence américains ont même admis que Maduro ne contrôlait pas pleinement des gangs comme Tren de Aragua. Pour les critiques, ces motifs masquent des intérêts plus profonds, comme l’accès aux réserves pétrolières vénézuéliennes, les plus importantes au monde avec 303 milliards de barils.
Le soutien aveugle des politiques : échos du COVID-19
Comme lors de la pandémie de COVID-19, où de nombreux politiques ont soutenu sans nuance les mesures officielles – y compris les vaccins obligatoires malgré des débats sur leur efficacité et leurs effets secondaires – l’intervention au Venezuela voit une polarisation partisane avec un alignement aveugle sur la ligne officielle.
Aux États-Unis, les réactions des élus sont largement divisées selon les lignes partisanes. Des républicains comme le leader du Sénat John Thune qualifient l’opération d’« action nécessaire » contre un régime terroriste, applaudissant Trump pour avoir « tenu ses promesses » contre les narcotrafiquants. En Floride, des figures locales comme le représentant républicain Mario Díaz-Balart célèbrent la fin d’un « dictateur » responsable de la souffrance des Vénézuéliens et des Américains.
À l’inverse, des démocrates comme les sénateurs Tim Kaine et Mark Warner dénoncent une « guerre illégale » sans autorisation du Congrès, évoquant un abus de pouvoir et un retour à l’impérialisme. Des représentants comme Seth Moulton et Jim McGovern soulignent l’absence d’approbation législative, comparant cela à des interventions passées non autorisées. Pourtant, même parmi les critiques, certains démocrates évitent de questionner les motifs profonds, se focalisant sur la légalité plutôt que sur les enjeux économiques. Cette dynamique rappelle le COVID : des politiques ont suivi la narrative officielle sur les vaccins sans interroger les données sous-jacentes ou les conflits d’intérêts pharmaceutiques, menant à une polarisation où le doute est taxé de conspirationnisme.
Au Venezuela, un sondage Quinnipiac de décembre 2025 montrait que 63 % des Américains s’opposaient à une action militaire, avec un soutien majoritaire seulement chez les républicains (52 %), illustrant un fossé entre élites et opinion publique.

En France, ces sujets géopolitiques divisent de manière similaire à la pandémie de COVID-19, opposant ceux qui défendent le respect du droit international et voient dans l’intervention américaine une énième violation – sans que certains ne s’offusquent autant du Digital Services Act (DSA) ou de l’ingérence française présumée dans les élections roumaines de 2024-2025. Des accusations d’ingérence française en Roumanie, incluant des manipulations d’algorithmes sur TikTok et des influences sur les réseaux sociaux, ont été relayées par le candidat George Simion, arrivé en tête au premier tour mais qui a été battu au second tour, bien que démenties par Paris, soulignant des double standards dans l’application des normes internationales. Le DSA, critiqué pour son potentiel impact sur la liberté d’expression et accusé de « censure » par des voix américaines, illustre ces doubles standards, où l’Europe impose des régulations strictes sur les plateformes tout en dénonçant des violations ailleurs. D’autres en France condamnent trop facilement l’interventionnisme américain, le qualifiant de « folie de Trump », sans une analyse nuancée.
Ce qui est certain, c’est que les politiques se précipitent pour prendre part au débat sans prendre le temps de réfléchir ou de bosser les dossiers. Rappelons que cela a mené, lors de la crise COVID, à une décision de la commission mixte paritaire d’obliger les soignants et d’autres professions à se vacciner avec un produit non testé pour la transmission, malgré un avertissement de l’association BonSens.org en juillet 2021 soulignant les risques juridiques, éthiques et sanitaires, y compris l’absence de consentement libre et éclairé et des effets indésirables graves. De même, la France s’est impliquée dans le conflit Russie-Ukraine, sans un réel vote au parlement, exposant à un risque de cobelligérance, comme débattu en 2022-2024 où des livraisons d’armes ont été critiquées pour franchir des lignes sans définition claire en droit international.

Le Sénateur Houpert ira jusqu’à saisir le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unis pour absence de soumission au vote des parlementaires et donc d’approbation du peuple français de l’accord franco-ukrainien. Enfin, Emmanuel Macron a évoqué en mars 2025 la mutualisation de l’arme nucléaire française en Europe, potentiellement enfreignant le Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP), malgré un avertissement de BonSens.org à l’AIEA soulignant les risques de prolifération et de violation des articles 1-3 du TNP. Ces sujets divisent profondément et permettent aux politiques d’exister en surfant sur les controverses, souvent au détriment d’une réflexion approfondie.
Sur X, des utilisateurs comme @WallStreetApes relaient le narratif de Trump comme une « libération », tandis que d’autres, comme @heyishya, questionnent si des images de Maduro menotté ne sont pas des deepfakes de propagande.
🚨 IS THIS REAL? Nicolás Maduro blindfolded and aboard the USS Iwo Jima… 🇺🇸🇻🇪
End of the regime or deepfake propaganda?
Trump supporters: Victory lap time?
Maduro fans & anti-intervention crowd: Outraged yet?Drop your take below 🔥#Maduro #Venezuela #USSIwoJima #Trump… pic.twitter.com/rfFOX12B6e
— Ishya (@heyishya) January 3, 2026
La réalité alternative : le pétrodollar et la dédollarisation
Au-delà de la propagande, une théorie persistante – popularisée par des posts comme celui de @Ric_RTP. Il a partagé une vidéo virale le 3 janvier 2026 qui pointe le pétrodollar comme motif réel de l’intervention.
Ce tweet, qui a accumulé des millions de vues, affirme que l’opération n’est pas motivée par la drogue ou la démocratie, mais par la défense du système du pétrodollar, menacé par les choix économiques du Venezuela. Depuis l’accord de 1974 négocié par Henry Kissinger avec l’Arabie saoudite, le pétrole mondial est majoritairement vendu en dollars américains, créant une demande artificielle pour la devise et permettant aux États-Unis d’imprimer de la monnaie sans inflation excessive.

@Ric_RTP argue que le Venezuela, avec ses 303 milliards de barils de réserves prouvées (les plus importantes au monde), a défié ce système en vendant son pétrole en yuan chinois, euros ou roubles depuis 2017-2018, pour contourner les sanctions américaines. Maduro cherchait également à rejoindre les BRICS et à établir des paiements alternatifs à SWIFT via la Chine, accélérant ainsi la dédollarisation globale.
L’analyse de @Ric_RTP s’appuie sur des exemples historiques pour étayer sa thèse que bien des observateurs se précipitent pour la qualifier de « conspirationniste » : Saddam Hussein en Irak, qui a commencé à vendre du pétrole en euros en 2000 avant l’invasion américaine de 2003 ; et Muammar Gaddafi en Libye, qui proposa un dinar-or africain en 2009, menant à l’intervention OTAN en 2011. Avec cinq fois plus de pétrole que l’Irak et la Libye combinés, le Venezuela représenterait une menace existentielle pour le pétrodollar, surtout alors que la Russie, l’Iran et même l’Arabie saoudite vendent déjà en devises non-dollar. Le tweet prédit que les compagnies pétrolières américaines reviendront rapidement, forçant les ventes en dollars, mais que cela pourrait paradoxalement accélérer la dé-dollarisation en poussant les BRICS à renforcer leurs alternatives. Bien qu’établie à partir des faits vérifiés – comme les ventes vénézuéliennes en yuan (70-80 % des exportations vers la Chine) et les tentatives d’adhésion aux BRICS (veto brésilien en 2024) – cette vision claire présente cependant une vision simplifiée d’une réalité multifactorielle – cependant la dédollarisation est bien un risque important qui met en jeu l’impérialisme américain.
Des contre-arguments, comme ceux de @LmaoButTrue sur X, rappellent que la dédollarisation est graduelle et que le dollar domine encore 85 % des transactions pétrolières, tandis que la production vénézuélienne est limitée par des infrastructures dégradées. Trump lui-même a évoqué que les États-Unis « récupéreraient » le pétrole vénézuélien, développé par des compagnies américaines il y a un siècle, renforçant l’idée d’un motif économique masqué.
Le point de vue de Pièce de Résistance : une analyse géopolitique transatlantique
Une perspective complémentaire émerge du podcast Pièce de Résistance, animé par Stan Wojewodzki depuis Londres, qui se positionne comme un « bunker géopolitique » pour analyser les enjeux d’un monde troublé en ébullition avec un regard transatlantique. Dès son premier épisode, Stan Wojedwodzki examinait la politique étrangère de l’administration Trump envers l’Amérique latine, avec un gros plan sur le Venezuela ! Invitant Christopher Sabatini de Chatham House, l’épisode couvre le contexte historique des interventions US (Doctrine Monroe aux politiques actuelles), les motivations trumpistes (pétrole, narcotrafic, influences russes, chinoises et iraniennes, calculs électoraux pour les midterms 2026), les attentes des Vénézuéliens en exil pour une transition démocratique, et les impacts sur la région (rôle de Cuba, médiation qatarie).
À la suite de la capture de Maduro, un tweet du podcast spéculait dès hier sur l’avenir : Delcy Rodríguez prendra-t-elle les rênes ? Cela suffira-t-il pour Trump à gagner le vote latino aux midterms ? Rubio se tournera-t-il vers Cuba ? Stan Wojedwodzki annonce un retour rapide pour commenter cette situation évolutive, soulignant les conséquences pour l’hémisphère occidental.

Cette approche rigoureuse, évitant les sensationnalismes, contraste avec les récits polarisés et met l’accent sur les marges de manœuvre de Maduro (avant sa capture) et les recommandations pour une transition réussie, incluant la coordination avec Rubio et JD Vance.
Autres perspectives : voix internationales et impacts humanitaires
À l’international, l’intervention est condamnée comme une violation du droit international. Le journal espagnol El País qualifie cela de « force brute » illégale, risquant une escalade répressive au Venezuela et renforçant la perception d’un impérialisme économique. La Russie et la Chine, alliées de Maduro, dénoncent une agression impérialiste, tandis que des leaders latino-américains comme ceux du Brésil (qui a fait usage de son veto contre l’adhésion du Venezuela aux BRICS en 2024) appellent à une solution pacifique.
Des observateurs comme @RyanShowlive sur X parlent d’une « colonie américaine de facto », soulignant les conséquences pour la souveraineté vénézuélienne.
Humanitairement, l’intervention pourrait aggraver la crise : hyperinflation, exode migratoire (7 millions de Vénézuéliens ont fui depuis 2015), et répression. Des critiques comme Norman Finkelstein qualifient les Américains silencieux de « complices terroristes ».
Mais le sujet polarise et divise tel que l’illustre l’intervention en Italie de Marco Travaglio. Le directeur du journal II Fatto quotidiano n’y va pas par quatre chemins pour répondre aux questions d’une présentatrice qui demandait pourquoi les Etats-unis ont cessé de respecter le droit et les lois internationales :
« et nous quelles lois internationales avons nous respectées :
– Quand contre l’avis de l’ONU, nous avons bombardé Belgrade pendant 78 jours ?
– Quand nous avons reconnu la sécession du Kosovo quand une résolution de l’ONU disait qu’il devait resté Serbe?
– Quand nous avons envahi deux pays souverains qui n’avaient rien à voir avec l’attaque des deux tours jumelles, faisant 1,3 millions de morts en Irak et Afghanistan avec de fausses preuves ?
– Quand nous avons bombardé la Libye contre l’avis des Nations-Unis ? Mais de quoi êtes-vous en train de parler ?Nous avons créé des précédents qui ont légitimés ce qu’a fait Poutine, qui a fait en très petit ce que nous avons fait en grand ailleurs. Les américains eux, ont toujours considéré l’Amérique du Sud, comme leur zone d’influence exclusive, comme ils sont en train de le faire avec l’Ukraine et la Georgie en ayant violé 16 fois les accords avec la Russie de ne pas élargir l’OTAN, vers la Russie.
Alors que quoi êtes-vous en train de parler ? »
Une accélération de la dédollarisation ?
L’intervention au Venezuela illustre un clash entre propagande et réalité : d’un côté, une croisade antidrogue ; de l’autre, une défense désespérée du pétrodollar face à un monde multipolaire. Comme pour le COVID, où le narratif officiel a masqué des débats légitimes, les soutiens aveugles des politiques risquent d’ignorer les enjeux profonds générant de la pollution informationnelle et semant ainsi le doute dans la population.
Paradoxalement, cette action pourrait accélérer la dédollarisation, en poussant les BRICS à renforcer leurs alternatives. De plus une période d’instabilité en Amérique Latine suite à cette action pourrait entraîner une aubaine pour certains pays européens qui en profiteraient pour mettre une pause sur les accords du Mercosur en se servant de ces circonstances nouvelles pour ne pas remettre en cause les accords de l’UE – comme l’accord politique atteint en décembre 2024 mais dont la signature, déjà reportée à janvier 2026, pourrait être encore retardée en invoquant les « implications régionales inquiétantes » soulignées par l’ONU.

L’avenir du Venezuela dépendra d’une transition inclusive, mais l’histoire enseigne que les interventions forcées sèment souvent plus de chaos que de stabilité.