Résistance aux antibiotiques : le rôle sous-estimé du paracétamol et de l’ibuprofène


L’usage combiné d’antidouleurs courants comme le paracétamol ou l’ibuprofène avec des antibiotiques pourrait jouer un rôle sous-estimé dans le développement de la résistance bactérienne. Longtemps considérés comme neutres face aux mécanismes d’action des antibiotiques, ces médicaments largement consommés pourraient en réalité modifier le comportement de certaines bactéries pathogènes. Des travaux récents menés en laboratoire, publiés le 25 août 2025 dans la revue npj Antimicrobial Resistance (groupe Nature) par des chercheurs de l’University of South Australia, suggèrent que leur présence simultanée avec des antibiotiques crée un environnement propice à l’adaptation microbienne, notamment chez Escherichia coli, une bactérie fréquemment impliquée dans les infections urinaires et intestinales.

Les chercheurs ont observé que lorsqu’E. coli est exposée à un antibiotique en présence de paracétamol ou d’ibuprofène, elle développe plus rapidement des mécanismes de défense. Ces antidouleurs sembleraient favoriser l’apparition de mutations et activer des systèmes permettant à la bactérie de limiter l’efficacité de l’antibiotique, par exemple en l’expulsant hors de la cellule. L’antibiotique perd progressivement de son pouvoir, non seulement contre la bactérie ciblée, mais aussi face à d’autres souches, contribuant ainsi à un phénomène de résistance croisée qui complique la prise en charge des infections.

Ces résultats, bien que fondés sur des expériences en laboratoire et non encore confirmés par des études cliniques chez l’humain, soulèvent une question majeure de santé publique. Ils s’ajoutent à des risques déjà bien connus liés à l’usage du paracétamol, souvent perçu à tort comme un médicament anodin ; un surdosage (au-delà de 4 g par jour, voire moins chez certaines personnes) peut épuiser rapidement le glutathion, entraîner l’accumulation d’un métabolite toxique (NAPQI) et provoquer des lésions cellulaires graves pouvant conduire à une insuffisance hépatique potentiellement mortelle. De plus, une prise prolongée peut réduire les réserves de glutathion dans le foie, les reins et les poumons, fragilisant l’organisme face aux infections et aux maladies chroniques. 

Dans un contexte où la résistance aux antibiotiques progresse déjà à un rythme inquiétant à l’échelle mondiale, ces données renforcent l’appel des experts à une utilisation plus réfléchie des médicaments et à une meilleure prise en compte de leurs interactions.





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