Troublantes parentés des constitutions russe et française, par Eugénie Mérieau (Le Monde diplomatique, janvier 2026)


France et Russie, l’hyperprésidence en partage

Le 19 août 2025, M. Emmanuel Macron qualifiait son homologue Vladimir Poutine d’« ogre » et de « prédateur ». Selon lui, notre nation doit se préparer à défendre ses valeurs — démocratie, liberté, tolérance — contre le modèle illibéral de Moscou. Y compris militairement. À en croire le président, rien de commun entre France et Russie. Pourtant, l’examen des institutions des deux pays révèle quelques troublantes parentés.

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Alexander Calder. — Sans titre, publié dans la revue « Derrière le miroir », 1971

© ADAGP, Paris, 2025 – Maeght Éditeur

A priori, tout oppose la France et la Russie. Leur système politico-économique d’abord : au régime capitaliste libéral de marché de Paris, Moscou oppose en effet un système oligarchique sous tutelle de l’État. Leur posture géopolitique ensuite : la France s’inscrit dans un ordre mondial sous hégémonie américaine ; la Russie, de son côté, se positionne en faveur d’un nouvel ordre mondial multipolaire, plus conforme à ses intérêts. La nature de leur démocratie enfin : quatre présidents français se sont succédé depuis l’accession de M. Vladimir Poutine au Kremlin, qu’il n’a quitté qu’entre 2008 et 2012 pour devenir premier ministre.

Mais il est un point structurel sur lequel la France et la Russie présentent de fortes similitudes : l’hyperprésidentialisme et les possibilités institutionnelles d’un raidissement autoritaire, notamment militaire. Un exemple : en dépit de l’existence de dispositions constitutionnelles indiquant formellement le contraire, les présidents français et russe, chefs des armées, disposent de prérogatives leur permettant d’engager de manière discrétionnaire leur pays dans un conflit et de l’y maintenir sans, voire contre, l’avis d’un Parlement qui leur est subordonné et qu’ils peuvent dissoudre. Cette pratique découle du modèle hybride que nous partageons avec la Russie (et l’Ukraine) : un système semi-présidentiel, hérité de la vision constitutionnelle du général Charles de Gaulle, elle-même largement inspirée du modèle weimarien.

Dans l’expression « semi-présidentiel », forgée par le politiste Maurice Duverger, le terme « semi » ne vise pas à décrire un président privé d’une moitié de ses prérogatives : il s’agit de qualifier un système combinant des traits propres à un régime présidentiel et d’autres relevant d’un régime parlementaire. Concrètement, un président élu au suffrage universel direct d’une part, et un gouvernement seul responsable devant le Parlement d’autre part. Inventé sous la république de Weimar en (…)

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Eugénie Mérieau

Maîtresse de conférences en droit constitutionnel à l’université Paris 1 Panthéon – Sorbonne, auteure de Constitution, Anamosa, Paris, 2025.



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