La mythologie sécuritaire, par Laurent Bonelli (Le Monde diplomatique, janvier 2026)


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Michael Zelehoski. — « Flight of the Valkyries » (Vol des Valkyries), 2019

L’esprit du temps est incontestablement sécuritaire. Au soir de sa victoire à l’élection présidentielle, M. José Antonio Kast proclamait : « Sans sécurité, il n’y a pas de paix. Sans paix, il n’y a pas de démocratie, et sans démocratie, il n’y a pas de liberté. Et le Chili redeviendra libre du crime, de l’angoisse et de la peur » (The Star, 14 décembre 2025). Ces propos font écho à la campagne musclée menée par M. Nayib Bukele contre les gangs au Salvador, aux exécutions extrajudiciaires de narcotrafiquants présumés par l’administration de M. Donald Trump au large du Venezuela, au durcissement pénal impulsé par Mme Giorgia Meloni en Italie et par M. Ulf Kristersson en Suède, ou aux déclarations alarmistes de MM. Gérald Darmanin et Bruno Retailleau en France.

Longtemps l’apanage de partis conservateurs, ces postures de fermeté se radicalisent et s’étendent à une large part du spectre politique. Les médias les relaient et les amplifient, car la criminalité et l’immigration confortent les audiences. Toute critique est présentée comme « irresponsable ». Pourtant, les enquêtes de victimation suggèrent une stabilité, voire une baisse, de nombreuses formes de délinquance, à quelques exceptions près, très localisées. Des conclusions qui infirment l’idée d’un « processus de décivilisation », évoquée par M. Emmanuel Macron en conseil des ministres le 24 mai 2023. Mais qu’importe. Cette rhétorique efface plusieurs siècles de philosophie libérale de l’État insistant sur l’équilibre nécessaire entre la liberté et la sécurité, au profit d’un slogan, sans doute forgé par un cabinet de conseil en communication politique : « La sécurité est la première des libertés ».

Dans le processus graduel de construction des États modernes, du XVIe au XIXe siècle, le concept de sécurité acquiert trois dimensions indissociables et complémentaires : militaire, policière et juridique. Dans la première, il s’agit de faire face aux menaces (…)

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