L’administration Trump envisage d’étendre son régime de sanctions à des magistrats européens accusés de restreindre la liberté d’expression ou de fragiliser des partis dits patriotes et nationalistes, comme le Rassemblement national en France ou l’AfD en Allemagne. Une hypothèse qui déplacerait le bras de fer transatlantique du terrain politique vers celui, beaucoup plus sensible, de la justice.
Selon des informations révélées par Der Spiegel et rapportées par The Epoch Times, Washington étudie la possibilité de viser directement des juges européens. Officiellement, il s’agit de « protéger la liberté d’expression ». Officieusement, les décisions judiciaires européennes encadrant les discours nationalistes sont désormais perçues, côté républicain, comme des actes politiques déguisés. Interrogé, le département d’État n’a pas démenti et renvoie à une déclaration de Marco Rubio, publiée en mai sur X après la classification de l’AfD comme parti d’extrême droite : « Ce n’est pas de la démocratie, c’est de la tyrannie déguisée », avait-il déclaré, appelant Berlin à « changer de cap ».
Fin 2025, plusieurs responsables européens impliqués dans la régulation des contenus numériques, dont Thierry Breton, se sont vu interdire l’entrée sur le sol américain. Ces sanctions, habituellement réservées à des affaires de corruption ou de violations graves des droits humains, ont été adaptées au champ du numérique et de la liberté d’expression. L’étape suivante consisterait à cibler nominativement des magistrats, via restrictions de visas et mesures patrimoniales, pour des décisions liées à des interdictions de manifestations, des dissolutions d’organisations ou des condamnations pour propos haineux.
Paris, Berlin et Bruxelles dénoncent une ingérence directe dans leurs systèmes juridiques. Des juristes rappellent que la liberté d’expression européenne s’articule avec la protection de la dignité humaine et la prévention de la violence, là où le modèle américain privilégie une liberté quasi absolue. En s’attaquant aux juges eux-mêmes, Washington franchit une ligne rouge : celle de l’indépendance de la justice. Si tant est qu’elle le soit vraiment. Quoi qu’il en soit, une escalade pourrait durablement fragiliser la coopération judiciaire transatlantique et redessiner brutalement les contours de l’État de droit.