Donald Trump a donc fait enlever, dans sa résidence et pendant son sommeil, le président du Venezuela Nicolas Maduro, par un raid illégal de l’armée étasunienne.
Ce serait le statut de « narco-terroriste » dont est affublé M. Maduro qui permettrait ainsi à M. Trump d’engager les forces armées de son pays, qui ont ici bombardé des infrastructures civiles et militaires d’un pays étranger, sans passer par l’aval – normalement obligatoire – du Congrès.
Seulement, le statut de « narco-terroriste » de Nicolas Maduro est complètement fallacieux, comme tout le récit politico-médiatique mensonger sur les cartels dont il serait à la tête, ou encore sur la drogue dont les États-Unis seraient inondés par l’intermédiaire du Venezuela.
Les services de renseignements étasuniens eux-mêmes, comme l’ONU et même la DEA, reconnaissent d’ailleurs que le volume de drogue atteignant les E.U et transitant par le Venezuela est complètement marginal, surtout en comparaison avec les quelque 87 % qui passent par la façade Pacifique.
Mais bref : c’est fait.
Nicolas Maduro capturé par les forces spéciales étasuniennes, est déjà arrivé à New York sous bonne escorte de la DEA, qui entend donc organiser son jugement pour « narco-terrorisme ». Il est pour l’heure emprisonné sans autre forme de procès. On a hâte de voir toutes les preuves qui seront ultérieurement fournies pour appuyer un tel grossier mensonge.
Il faut se souvenir que l’UE, à la remorque des E.U, ne reconnaît pas la légitimité de M. Maduro depuis un bon moment : En 2018, Juan Guaido avait été officiellement reconnu comme président par intérim par nos institutions, il avait même – honteusement – été reçu à L’Élysée par Emmanuel Macron (qui y recevait aussi l’« ancien » terroriste islamiste, et président auto-proclamé de Syrie Ahmed al-Charaa, pourvu qu’il porte un costume qui le rende présentable.)
Suite à la réélection de M. Maduro en 2024, l’UE contestait sa « légitimité démocratique » en dépit de toutes les preuves de la régularité de l’élection ; le système électoral vénézuélien étant au demeurant largement reconnu pour sa modernité et sa grande fiabilité.
Peu importe, tant qu’un – énième – énorme mensonge, docilement relayé par l’ensemble de la sphère médiatique, puisse convaincre du contraire une masse consentante suffisante, au sein d’une opinion publique occidentale largement ahurie à force d’être bombardée d’Inversions en tout genre, « Post-Vérité » oblige.
Ce qui (me) pose un souci aujourd’hui, ce sont les mots du président Macron suite à l’intervention militaire gravement illégale des E.U, et l’enlèvement par la force d’un chef d’État dans son propre pays.
S’exprimant donc au nom de la France et des Français, il dit sur le réseau social étasunien X :
« Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. […] »
Pas la moindre condamnation. Pas le moindre rappel aux fondamentaux de la Charte des Nations Unies, auxquels la France est devenue étrangère. Pas l’once d’une exhortation au respect des règles les plus élémentaires et fondamentales du droit International… Rien. Rien de rien !
La position officielle du président de la République, c’est que « c’est OK ». On est contents pour les vénézuéliens enfin débarrassés de leur « dictateur ». On leur souhaite d’avoir pour dirigeant un bon gars de l’extrême droite, un digne putschiste comprador comme on les apprécie, qu’on reconnaît d’ailleurs déjà comme parfaitement légitime et approprié, et que nous félicitons par avance pour son élection pas truquée.
C’est M. Barrot, dont l’insignifiance et la médiocrité ne sont plus à démontrer et font désormais office de signature, qui s’y colle et doit souligner que tout ceci n’est tout de même pas parfaitement conforme à « nos valeurs » . Il dit, lui aussi sur X, et en ne mentionnant jamais les E.U qu’il ne faudrait tout de même pas froisser le moins du monde :
« En confisquant le pouvoir au peuple vénézuélien, en le privant de ses libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à sa dignité et à son droit à l’auto-détermination.
La France s’est engagée avec constance, notamment par ses actions de médiation, en faveur du respect de la souveraineté du peuple vénézuélien, dont la voix doit primer.L’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international.
La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir. La multiplication des violations de ce principe par des nations investies de la responsabilité principale de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies aura de lourdes conséquences sur la sécurité du monde, qui n’épargneront personne.
Instruite par l’Histoire, la France s’y prépare, mais ne peut s’y résoudre. Elle réitère son attachement à la Charte des Nations unies, qui doit continuer de guider l’action internationale des États, toujours et partout. »
Alors pardonnez-nous l’impunité qui prévaut lorsque nous soutenons l’ingérence et les mensonges, car c’est pour votre bien ! Le peuple du Venezuela est souverain, c’est pour cela, même si ça tord un peu le bras de la légalité, qu’il doit être débarrassé du « dictateur » légitimement élu qui « confisquait le pouvoir ». La cohérence du propos est ici édifiante.
L’UE, par la voix de Mme Kallas, « appelle à la retenue » mais ne condamne pas plus son bon suzerain.
…
Je suis assez confus ce matin. En effet, face à une telle servilité de la part de nos « représentants » aussi lâches que gravement corrompus, je ne parviens pas à bien distinguer les sentiments qui me traversent : Est-ce la honte, ou la rage qui domine ? Est-ce que la tristesse qui m’accable est le masque de ma colère, ou est-ce l’inverse ?
Est-ce que nos dirigeants réalisent la gravité et les conséquences de leurs propos indécents, qui sont scellés du sceau du mensonge le plus éhonté, et qui laissent – surtout – libre cours à l’expression de la force brute en toute impunité en guise de toute « diplomatie » ? Est-ce que la honte et l’abjection sont vraiment tout ce que nous méritons, puisque ces gens s’expriment en notre nom ?
Au delà du cirque pathétique et morbide que révèle ce dernier acte de l’impérialisme étasunien duquel nous sommes un vassal décidément aussi docile que zélé, Trump ou pas Trump, il y a quelques éléments qui méritent encore d’être soulignés, puisqu’ils soulèvent une problématique qui nous concerne directement :
Il n’aura échappé à personne que le seul véritable enjeu, derrière la politique agressive de changement de régime qui est en cours au Venezuela, et la montagne de mensonges et d’omissions de l’ensemble des dirigeants et des médias occidentaux, ce sont évidemment les immenses ressources de ce pays.
Le Venezuela, pour rappel et outre l’eau douce, l’or, ou les minéraux et terres rares, c’est à lui seul 17 % des réserves mondiales de pétrole. Les plus grandes réserves du monde, donc.
Or, le schiste étasunien dont on nous a dit qu’il était largement préférable au pétrole et au gaz russes, a atteint un pic de production. Certains experts et autres géologues estiment que le tarissement des forages de schiste étasuniens commencera dans 6 ans seulement. C’est du très, très court terme.
Si les E.U ont un besoin crucial du brut vénézuélien, c’est donc non seulement pour pouvoir raffiner du gasoil (dont leur armée impériale démesurée est au passage une énorme consommatrice) en le mélangeant à leur pétrole de schiste de mauvaise qualité, mais c’est surtout – je crois – pour pallier à la pénurie qui les menace à court terme. Toute l’infrastructure, tous les réseaux urbains des E.U, sont à 100 % dépendants de la bagnole et des camions.
À cela s’ajoutent les volumes considérables d’énergies pétrolières que Mme von der Leyen s’est engagée auprès de Donald Trump, à acheter aux E.U (le même jour où elle acceptait aussi – toujours en notre nom à tous – que les produits de l’industrie européenne subiraient une taxation de 15 % à l’entrée aux E.U, contre 0 % dans l’autre sens, ainsi qu’elle s’engageait également à acheter pour 600 milliards de dollars de produits manufacturés étasuniens, dont l’essentiel seront des armes) :
750 milliards de dollars de produits pétroliers seront achetés au E.U par l’UE, en trois ans !
Ce sont là des volumes auxquels les seuls pétroles et gaz de schiste étasuniens ne peuvent pas surseoir.
Et c’est pour cela que ce qui se passe au Venezuela nous concerne finalement au premier chef.
Sans une opposition populaire conséquente aux politiques absconses de l’UE soumise et outil du fascisme, auxquelles nos dirigeants successifs s’alignent tous, qui s’interdit en outre – au nom de prétendues « valeurs » – d’acheter l’énergie russe abondante et peu chère qui devrait naturellement abreuver nos pays, nos dirigeants (eux aussi qualifiables en tant qu’agents comprador, même si « traîtres » convient également parfaitement) ne peuvent que souscrire à la politique impérialiste étasunienne, de laquelle nous sommes tristement devenus dépendants, en plus d’en être nous aussi les victimes :
Souvenons nous ainsi qu’au delà du scandale Alstom, ce sont environ 180 entreprises françaises qui sont passées sous pavillon étasunien durant la présidence de l’agent Macron. Ayons à l’esprit que BlackRock s’invite à l’Élysée pour imposer la ligne directrice, ou encore que « les personnels de McKinsey ont été directement intégrés aux effectifs du ministère » comme l’avouait le ministre de la Santé Véran interrogé lors d’une commission d’enquête sénatoriale ayant eu pour conséquences l’impunité la plus totale, et pas la moindre preuve d’une collusion pourtant aussi évidente qu’intolérable.
En conclusion, ce qui se passe au Venezuela est un nouveau jalon crucial dans l’escalade vers la véritable guerre chaude qui, je pense, opposera inévitablement tous les pays de la sphère otanienne atlantiste (+ Japon, Corée du Sud, Australie, et quelques autres vassaux) aux pays constituant notamment les BRICS+, qui vont encore s’élargir, qui s’émancipent du dollar, qui comprennent l’immense majorité des producteurs mondiaux de pétrole, et dont le PIB et la population totale cumulés nous relèguent pour un long moment au rang d’acteurs désormais relativement insignifiants de l’économie mondiale.
Nous voyons finalement que notre modèle néolibéral mortifère, l’économie financière spéculative reposant sur la dette illégitime, qui ruine les peuples et pille les pays pour engraisser une poignée d’acteurs privés, ploutocrates uniquement intéressés par leur insatiable cupidité et qui ont infiltré les États et les institutions, pèse finalement bien peu face à ce qui permet réellement la création de richesses :
Les ressources énergétiques, l’industrie et les travailleurs qui fabriquent des biens tangibles.
La dure réalité frappe à la porte des idéologues cinglés et autres traîtres corrompus que nous nous acharnons à élire, plus ou moins malgré-nous. Mais ils n’entendront jamais raison, et nous ne le savons que trop bien.
Nous indigner des propos abjects du président Macron (et des autres : Kallas, Meloni, Milei, etc.) est ici la moindre des choses. Notre responsabilité est grande, puisqu’en ne nous opposant pas frontalement à ceux qui nous conduisent irrémédiablement vers la guerre, nous les laissons – encore ! – commettre ou tolérer les pires crimes en notre nom.
Le prix de notre indifférence sera extrêmement élevé.
L’impunité des criminels qui président à notre destinée collective n’en sera pas le moindre.
Vincent Le Mercier