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Alors que la Coupe d’Afrique des nations bat son plein et rassemble des millions de spectateurs à travers le continent, la multinationale française TotalEnergies, sponsor principal de la compétition, est accusée de pratiquer le «sportswashing» pour détourner l’attention des effets destructeurs de ses activités énergétiques en Afrique.
Depuis 2016, TotalEnergies est le sponsor principal de la Coupe d’Afrique des nations. Le contrat initial, estimé à 250 millions de dollars sur huit ans, a été renouvelé jusqu’en 2028 pour un montant évalué à 375 millions. Une hausse qui reflète la montée en puissance commerciale du football africain.
Pour la CAF, la Fédération africaine de football, cet argent est vital. La CAN Maroc 2025 devrait générer plus de 120 millions de dollars de revenus commerciaux, en grande partie issus du sponsoring. Avec plus d’un milliard de téléspectateurs cumulés, la compétition figure parmi les plus suivies au monde.
Mais cette omniprésence de TotalEnergies suscite des critiques. Plusieurs ONG africaines, dont Greenpeace Africa, dénoncent une stratégie de « sportswashing ». Selon elles, la multinationale instrumentalise le football pour redorer son image, tout en poursuivant des activités destructrices en Afrique.
Des projets énergétiques à fort impact social et écologique
TotalEnergies est implantée sur le continent depuis l’époque coloniale. Présente en Afrique du Nord, puis en Afrique subsaharienne, elle reste aujourd’hui un acteur central du pétrole et du gaz.
Depuis le début de son partenariat avec la CAF, la société a lancé plusieurs projets controversés, notamment Tilenga et le pipeline EACOP en Afrique de l’Est, ainsi que Mozambique LNG, l’un des plus grands projets gaziers du monde. Ces initiatives ont entraîné le déplacement de plus de 13 000 personnes, souvent mal indemnisées, et des pertes d’accès à l’eau pour de nombreuses communautés. Le pipeline traverse même le bassin du lac Victoria, essentiel pour l’approvisionnement en eau potable de millions d’habitants.
Les ONG qualifient ces projets de « bombes carbone », incompatibles avec l’Accord de Paris. En 2021, le gouvernement britannique a d’ailleurs retiré son soutien financier au projet mozambicain.
Le football africain transformé en outil d’image
Dans ce contexte, le sponsoring de la CAN prend une dimension politique. TotalEnergies cherche à s’associer aux valeurs positives du football africain – fierté, unité, avenir – tout en poursuivant des projets fossiles destructeurs.
Le groupe obtient une visibilité immense sur un continent clé pour ses intérêts. La CAF, elle, renforce sa stabilité financière. Mais pour de nombreuses voix africaines, cet échange reste déséquilibré : le football devient un paravent pour masquer des réalités bien plus sombres.
Alors que d’autres régions du monde réduisent l’influence des géants pétroliers dans le sport, leur rôle en Afrique interroge. En devenant le visage de la CAN, TotalEnergies ne soutient pas le football africain, mais s’en sert pour neutraliser les critiques croissantes sur ses activités industrielles.