Esthétisme impérial, par Mikaël Faujour (Le Monde diplomatique, janvier 2026)


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Joaquín Torres-García. — « Arte constructivo con sol y estrella » (Art constructiviste avec soleil et étoile), 1948

En Amérique latine comme ailleurs, la guerre froide a aussi été menée sur le terrain culturel. Le Cubain José Gómez Sicre (1916-1991), qui joua un rôle éminent dans ce domaine, préférait présenter ses préoccupations comme purement artistiques. « Mon rôle de commissaire d’exposition et de critique, expliquait le dirigeant de la division arts visuels au sein du département des affaires culturelles de l’Organisation des États américains (OEA) de la fin des années 1940 à 1976, a consisté à orienter, (…) présenter et promouvoir de nouveaux artistes d’Amérique latine. Dans le meilleur des cas, pour établir un nouveau standard de valeurs artistiques, aider à définir un nouveau canon. »

Avant Gómez Sicre, explique le peintre péruvien Fernando de Szyszlo, « il existait un art argentin ou mexicain, péruvien ou vénézuélien ». Le Cubain, lui, avance l’idée d’une forme d’expression proprement « latino-américaine ». « Ce n’est toutefois pas seulement la notion d’art latino-américain qui appartient à Gómez Sicre, poursuit Szyszlo, mais l’idée même que contient cette expression » : un art moins en prise avec la réalité locale — sociale, politique — que soluble dans un « art international » dont il s’est fait le défenseur, plus compatible et plus proche des avant-gardes occidentales que du muralisme mexicain ou du courant indigéniste andin, consacré à la représentation et à la défense des peuples indigènes.

En 1942, Alfred H. Barr Jr. se trouve à Cuba. Depuis sa création en 1929, il dirige le Musée d’art moderne (MoMA) de New York, fondé par l’épouse de John D. Rockefeller et deux de ses amies. Il y fera toute sa carrière et s’affirmera comme une figure-clé de l’art moderne américain. Il promeut l’expressionnisme abstrait et contribue à faire prospérer l’idée que la modernité artistique des États-Unis égale désormais celle de l’Europe. De passage dans l’île pour y acheter des œuvres, il rencontre le jeune (…)

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