La raison du plus fort est-elle encore la meilleure ?


« La raison du plus fort est toujours la meilleure » : cette morale tirée de la fable de La Fontaine, Le Loup et l’Agneau (1668), illustre comment la force brute l’emporte souvent sur la logique et la justice. Dans l’histoire, le loup invente des accusations absurdes contre l’agneau pour justifier son repas. L’agneau se défend avec raison, mais en vain. Cette allégorie résonne avec l’actualité récente : l’opération militaire américaine au Venezuela, les 2-3 janvier 2026, qui semble calquée sur ce schéma.

raison

Les États-Unis, dépendants du pétrole pour leur industrie et attachés au dollar comme monnaie dominante des échanges énergétiques (permettant un endettement sans limites), imposent fréquemment leur volonté aux pays producteurs récalcitrants. Des exemples historiques abondent : l’invasion de l’Irak en 2003, sous le prétexte fallacieux d’armes de destruction massive inexistantes ; ou la chute de la Libye de Kadhafi en 2011, via une coalition occidentale. Au Venezuela, l’opération « Absolute Resolve » a abouti à la capture de Nicolás Maduro pour narcotrafic, causant 70-80 morts, dont des civils et 32 alliés cubains. Donald Trump proclame un « échec et mat », mais cette intervention soulève des questions sur ses véritables motifs, au-delà de la lutte contre la drogue.

Delcy Rodríguez, nommée présidente intérimaire par la Cour suprême vénézuélienne conformément à la Constitution, incarne une forme de résistance. Elle exige le retour immédiat de Maduro, « président démocratiquement élu », et refuse que le Venezuela redevienne une « colonie d’une puissance étrangère ». Bien qu’elle ait coopéré ponctuellement – comme sur la gestion d’un tanker pétrolier avec les États-Unis –, sa posture s’inscrit dans la lignée d’Hugo Chávez, dénonçant les accusations américaines comme des prétextes pour s’approprier les vastes réserves pétrolières vénézuéliennes (les plus importantes au monde, avec 303 milliards de barils).

Cette dynamique rappelle la doctrine Monroe de 1823, où les États-Unis revendiquent une sphère d’influence exclusive en Amérique latine, souvent masquée par des motifs humanitaires ou anticriminalité.

Pour approfondir, ma récente analyse contrastait la version officielle américaine (anti-narcotrafic et promotion de la démocratie) avec les réalités géopolitiques : un accès privilégié au pétrole et une lutte contre la dédollarisation des échanges énergétiques, initiée par le Venezuela depuis 2017 via des ventes en yuan chinois ou en roubles russes. J’y soulignais des parallèles avec l’Irak (Saddam Hussein vendant du pétrole en euros) et la Libye (Gaddafi et son projet de dinar-or), où des motifs économiques ont primé sur les narratifs officiels. Il met aussi en lumière l’accélération des BRICS comme alternative au système dollarisé, menaçant l’hégémonie américaine.

Cependant, le paysage géopolitique a évolué depuis 2002. Militairement, les États-Unis ne détiennent plus une avance incontestée : la Chine émerge comme la première puissance en termes de nombre d’hommes et de production industrielle, tandis que la Russie excelle en technologies avancées, comme les systèmes hypersoniques. Économiquement, Washington dépend de Pékin pour l’essentiel de ses composants électroniques, rendant toute confrontation risquée. Face à ces « géants » des BRICS, les États-Unis pourraient être contraints à des compromis. On peut imaginer un scénario analytique inspiré de la conférence de Yalta en 1945 – un « Yalta bis » – où États-Unis, Chine et Russie négocieraient un partage d’influence : la Chine dominerait l’Asie, la Russie vendrait son énergie librement en devises alternatives, tandis que les États-Unis conserveraient leur emprise sur l’Amérique latine et l’Europe occidentale via l’Union européenne, souvent alignée sur les intérêts atlantistes. L’Afrique pourrait devenir un terrain d’exploitation partagé, avec les États du Golfe persique maintenant leurs ventes en dollars. 

Bien que spéculatif, ce cadre analytique reflète les tensions multipolaires actuelles, exacerbées par l’intervention vénézuélienne, qui pourrait catalyser une telle reconfiguration pour éviter une escalade globale.

Partout dans le monde, les peuples s’éveillent contre cette arrogance impérialiste. Aux États-Unis, une opposition croissante à la guerre émerge, avec des sondages comme celui de Quinnipiac (décembre 2025) montrant 63 % des Américains contre l’action militaire. En Europe, les dirigeants paraissent souvent comme des relais des intérêts américains ou des majorités imposées à Bruxelles, mais les citoyens en ont assez. En France, la révolte des agriculteurs, déjà en marche, pourrait s’étendre à d’autres secteurs. Et la décision du 9 janvier 2026 – où une majorité qualifiée de l’UE a approuvé la signature imminente de l’accord de libre-échange UE-Mercosur, malgré le vote « non » catégorique de la France – risque d’être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Malgré les protestations massives (tracteurs bloquant Paris et l’Arc de Triomphe), malgré l’opposition unanime des forces politiques et agricoles françaises, et malgré les concessions arrachées de justesse (clauses de sauvegarde, contrôles renforcés), Ursula von der Leyen est autorisée à signer cet accord dès la semaine prochaine au Paraguay. Cela ouvre la porte à une inondation de produits agricoles sud-américains (viande bovine, sucre…) à bas prix, perçus comme une concurrence déloyale qui menace la souveraineté alimentaire européenne. Cette imposition d’une décision majoritaire, ignorant la voix d’un pays fondateur comme la France, renforce le sentiment d’une Union européenne déconnectée, servant souvent d’instrument à des intérêts extérieurs plutôt qu’à ses peuples. Cela pourrait transformer la grogne en mouvement révolutionnaire – rappelant la fameuse réplique du duc de La Rochefoucauld-Liancourt à Louis XVI le 14 juillet 1789 : « Ce n’est pas une révolte, Sire, c’est une révolution ! »

Pour briser ce cycle de domination, il est temps de repenser nos systèmes politiques. La démocratie représentative, censée incarner « Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », est souvent capturée par des élites, des lobbies et des professionnels de la politique, menant à une trahison de la confiance populaire. Passer à une démocratie directe – où les citoyens décident sans intermédiaires, via des référendums numériques ou des assemblées locales – pourrait restaurer la souveraineté. 

Car, céder son pouvoir à des « représentants » rend l’urne immanquablement funéraire. Seule une vigilance collective peut inverser la loi du plus fort.





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