Attendu ou craint depuis un quart de siècle, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur devrait être scellé le 17 janvier. Une nouvelle ère commerciale, qui va largement profiter à l’agronégoce brésilien, déjà tout-puissant, au prix d’un lourd tribut environnemental et social.
Premier exportateur mondial de soja, de bœuf et de jus d’orange, le Brésil voit ses filières stars accéder plus largement au marché européen grâce à des droits de douane abaissés ou supprimés. Une perspective saluée par le président Lula da Silva comme « un jour historique pour le multilatéralisme ». Selon l’Institut Insper de São Paulo, les exportations agricoles vers l’UE pourraient progresser de 2 à 7 %. Un bond qui risque d’accélérer des dynamiques déjà destructrices. D’après le réseau Mapbiomas, l’agriculture industrielle a été responsable de près de 97 % de la déforestation brésilienne entre 2019 et 2024. « La signature de cet accord provoque une demande en direction d’activités historiquement liées à la déforestation », alerte Priscilla Papagiannis, du Réseau brésilien pour l’intégration des peuples (Rebrip). Comme le rappelle Reporterre, un rapport remis au gouvernement français en 2020 estimait déjà que l’augmentation de la production bovine pourrait entraîner la disparition de 700 000 hectares de forêts en six ans, pour 471 millions de tonnes de CO₂ émises. Des projections prudentes, qui ne prennent pas en compte l’alimentation animale ni l’explosion des flux de transport.
L’accord consolide aussi une structure foncière ultra-concentrée : 1 % des exploitations agricoles contrôlent près de la moitié des terres cultivées. Le soja, le sucre et la viande bovine, piliers du traité, sont majoritairement aux mains de grands propriétaires. Une mécanique dénoncée par le Mouvement des sans-terre et documentée par Reporterre, qui y voit un modèle « reproduisant des asymétries historiques ».
Cerise sur le gâteau, les pesticides. Le Brésil, premier consommateur mondial, concentre plus de 80 % de ses usages sur trois cultures. En 2024, l’industrie chimique européenne y a exporté près de 20 000 tonnes de substances pourtant interdites dans l’UE, selon Public Eye et Unearthed. La géographe Larissa Bombardi parle d’une « tertiarisation des dégâts », rappelant que plus de 56 000 intoxications ont été officiellement recensées.
Côté français, enfin, c’est la garantie que nos agriculteurs peineront encore davantage à tirer leur épingle du jeu. Face à des mastodontes de productivité, ils ne pourront pas être compétitifs sur les tarifs, et devront compter sur le bon sens des consommateurs, qui pourront toujours préférer leurs produits à ceux qui viennent de l’autre bout du monde, sans être plus qualitatifs.