Le décrochage français : au-delà de la productivité, un déclin culturel, structurel et scientifique profond


Résumé pour les pressés

Cette tribune critique l’analyse simpliste des économistes Aghion et al. sur le déclin économique de la France, qui se concentre uniquement sur la productivité et l’innovation. Elle met en lumière des causes plus profondes : culturelles (suivisme au lieu d’esprit rebelle), sociétales (aversion au risque et à l’argent), institutionnelles (État trop interventionniste et normes excessives), et scientifiques (confusion entre innovation et vrai progrès, avec détournement d’aides fiscales comme le Crédit d’Impôt Recherche, et blocage de chercheurs innovants comme Jean-Pierre Petit). Elle appelle à des réformes audacieuses pour libérer la créativité et distinguer l’innovation réelle du progrès utile à tous, en évitant les biais des experts déconnectés du réel.

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*** Tribune en réponse aux économistes Aghion Bergeaud, Cette et Jaravel ***

Dans une tribune publiée dans Le Monde ce 12 janvier 2026, Philippe Aghion, qui a reçu le prix Nobel d’économie en 2025, et ses co-auteurs Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Xavier Jaravel, expliquent le décrochage de l’Europe – et en particulier de la France – comme un problème principalement lié à la productivité. Ils soulignent un retard qui s’aggrave par rapport aux États-Unis depuis les années 1990. Selon eux, ce retard vient d’un manque d’innovation, d’investissements dans la recherche et le développement, et d’une adoption trop lente des technologies numériques et de l’intelligence artificielle. Leur solution consiste à encourager la « destruction créatrice », c’est-à-dire le remplacement des anciennes méthodes par de nouvelles, plus efficaces, grâce à une concurrence accrue, une meilleure éducation et une intégration plus forte au sein de l’Europe. Ce constat repose sur des faits incontestables : les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques et du Fonds monétaire international montrent que la productivité en France progresse seulement de 0,5 % par an depuis 2010, contre 1,5 % aux États-Unis. Pourtant, cette analyse reste trop simple, presque théorique, comme si elle avait été rédigée dans un bureau isolé, loin de la réalité quotidienne des entrepreneurs, des petites et moyennes entreprises et des citoyens ordinaires. Peut-être que ces économistes, malgré leur grande connaissance, manquent d’expérience directe du monde des affaires, où les obstacles ne sont pas seulement des chiffres, mais des problèmes profondément enracinés dans la culture, la société, les institutions et la science.

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En effet, demander des solutions à ceux qui ont contribué à maintenir les problèmes – par leurs conseils aux autorités publiques ou par leur attachement à des modèles théoriques éloignés de la vie réelle – ne fait que prolonger la tendance au déclin. Aghion et ses collègues, qui influencent beaucoup les décisions politiques en France, ont souvent recommandé des réformes qui paraissent attractives sur le plan intellectuel, mais qui passent à côté des causes humaines fondamentales. Il faut se rappeler que si l’analyse est importante, la prise de décision l’est tout autant : les erreurs de jugement – comme le fait de confirmer ses propres idées ou de respecter trop aveuglément l’autorité des experts – peuvent fausser même les textes les plus savants. Cette tribune dans Le Monde en est un bon exemple : elle présente l’innovation comme un remède miracle, sans examiner les obstacles culturels qui la bloquent, ni reconnaître que l’on mélange trop souvent innovation et progrès véritable. En France, des aides fiscales comme le Crédit d’Impôt Recherche permettent certes de se positionner sur l’innovation, mais ces aides sont souvent utilisées à mauvais escient pour des raisons purement fiscales, sans créer de valeur réelle – un phénomène observé par exemple dans le secteur financier, où l’on a développé des modèles de transactions automatisées. Ajoutons à cela la mainmise des élites sur la science, illustrée par les obstacles posés à des pionniers comme Jean-Pierre Petit dans ses travaux sur la magnétohydrodynamique et le modèle Janus, et nous voyons une normalisation de l’innovation qui empêche le vrai progrès

Élevons le débat en intégrant ces aspects oubliés, avec des éléments concrets tirés de la réalité, pour proposer un diagnostic plus complet et des idées audacieuses.

 
Le constat factuel : un décrochage bien réel, mais mal expliqué

Oui, la France subit un retard préoccupant. Son produit intérieur brut par habitant est passé de 95 % du niveau américain en 1990 à 70 % en 2024, avec seulement 7 % des entreprises à très forte croissance mondiale contre 50 % pour les États-Unis. Les brevets, les prix Nobel en sciences et les investissements dans la recherche et le développement confirment cette différence. Mais, limiter cela à un « problème de productivité » cache des causes plus profondes.

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Par exemple, l’appauvrissement intellectuel en France – avec la chute des classements internationaux en mathématiques et en sciences depuis 2000 – n’est pas un détail mineur : il prive le pays de talents capables d’innover, et ces talents émigrent souvent vers des régions comme la Silicon Valley aux États-Unis. De même, le prix de l’énergie, augmenté par la transition écologique imposée – avec une hausse de 20 % des tarifs de l’électricité en 2025 due à la fermeture de centrales nucléaires –, freine l’industrie : cela a provoqué une augmentation de 15 % des faillites d’entreprises en 2025, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. Et les normes excessives ? Avec 400 000 règles européennes qui ajoutent 10 % de coûts administratifs aux petites et moyennes entreprises, la production devient inutilement compliquée, comme le montre le rapport Draghi de 2024 qui appelle à investir 800 milliards d’euros par an pour rattraper le retard – une somme impossible à atteindre sans simplifier d’abord les règles.

Ces économistes passent sous silence ces facteurs, en préférant un récit centré sur l’innovation. Mais sans énergie à prix abordable et sans réduction des normes, l’innovation reste une idée abstraite. Leur analyse est affectée par une erreur de jugement : en se concentrant sur la recherche et le développement (2,3 % du produit intérieur brut en Europe contre 3,5 % aux États-Unis), ils oublient que ces investissements publics cachent souvent une inefficacité réelle, comme dans le système éducatif français qui reçoit beaucoup d’argent mais ne produit plus que peu de résultats concrets.

 

Les racines culturelles : du « impossible n’est pas français » au suivisme collectif

La France, qui a donné naissance à des révolutions et à des inventions audacieuses, est devenue un pays de suiveurs. L’esprit rebelle – celui de Napoléon ou de De Gaulle, qui osait défier les tendances dominantes – a laissé place à un conformisme qui étouffe la créativité. Depuis les années 1980, sous la présidence de François Mitterrand, un renversement des valeurs a encouragé l’assistance publique et l’égalisation par le bas, transformant la nation en un terrain favorable aux suiveurs de tendances plutôt qu’aux innovateurs qui brisent les règles.

Un exemple concret : la France adopte les technologies américaines – comme sa dépendance à des entreprises comme Google ou Nvidia – au lieu de les créer elle-même, contrairement à son passé avec le Minitel qui préfigurait l’internet. Des études sur les cultures individuelles montrent que les sociétés qui valorisent le risque – comme les États-Unis ou Israël – produisent plus d’entreprises à forte croissance ; en France, l’éducation conformiste décourage la réflexion critique et favorise une obéissance passive à l’autorité, comparable à l’expérience de Milgram sur l’obéissance.

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Ce suivisme n’est pas une anecdote : il explique le retard dans les technologies avancées, où les Français excellent en recherche théorique mais peinent à passer à une échelle industrielle par peur du risque. Les erreurs de jugement jouent un rôle ici : les économistes comme Aghion, formés dans un système élitiste, sous-estiment ce changement culturel et préfèrent des modèles mathématiques éloignés de la réalité.

Pour prendre des décisions efficaces, il faut admettre que sans un choc culturel – comme la promotion de l’entrepreneuriat à l’école et la valorisation de l’échec comme étape d’apprentissage – la productivité continuera de stagner.

 

La relation ambiguë à l’argent et l’absence de culture du risque

Les Français considèrent souvent l’argent comme un sujet tabou, héritage d’une tradition catholique et de pensées de gauche qui contrastent avec la vision protestante américaine où la richesse est vue comme un signe de succès. Cela décourage les investissements privés : le taux d’épargne est de 19 % en 2025, mais cet argent est placé dans des actifs sans risque comme l’assurance-vie (perçue sans risque) ou l’immobilier, plutôt que dans de jeunes entreprises innovantes. Résultat ? Moins de capitaux pour l’innovation : le montant moyen levé pour une première ronde de financement est de 6 millions d’euros en France contre 20 millions aux États-Unis.

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L’exemple de Nagui, révélé par le député Charles Alloncle en décembre 2025, est révélateur : l’animateur aurait accumulé des millions d’euros grâce à des contrats avec France Télévisions – 12 à 13 millions par an pour sa société de production –, sans prendre de risque réel, financé par l’argent public et des audiences garanties. Nagui se défend en disant qu’il emploie des centaines de personnes et produit 300 heures de programmes par an, mais cela montre un système où le succès repose sur la protection de l’État, pas sur un entrepreneuriat risqué. D’ailleurs quand un jeune entrepreneur vient faire valoir son projet à un investisseur, il met souvent en avant les aides possible de l’Etat comme étant à la fois un gage de crédibilité du projet mais aussi un facteur de diminution du risque. Ce qu’il faut savoir c’est que ces aides de l’Etat sont souvent assujettis à un « matching » de la part d’un investisseurs privés qui fera tout le travail d’audit !

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Cette aversion au risque symbolise un modèle de carrières sécurisées : les talents choisissent les grandes entreprises ou le service public, où les pensions et les salaires sont assurés. Des enquêtes comme celle de l’Autorité des marchés financiers en 2024 montrent que 43 % des Français refusent tout risque pour leur épargne, ce qui limite les fonds pour les technologies avancées. Les économistes passent à côté de cela dans leur tribune et perpétuent un cercle vicieux : en recommandant plus de recherche et développement publics, ils renforcent l’intervention de l’État qui étouffe le secteur privé. 

Une erreur d »appréciation  les influence – ils observent les succès américains sans examiner la culture qui les sous-tend.

 
L’ultra-interventionnisme de l’État et l’hyper-normation : freins à l’innovation et au risque

L’État français absorbe 57 % du produit intérieur brut, imposant un interventionnisme qui bloque l’entrepreneuriat. Depuis 1945, et encore plus après 1981, cela a provoqué la désindustrialisation, le chômage de masse et l’endettement – la dette a augmenté de 30 points sous Mitterrand. L’abondance de normes – des règles européennes qui compliquent la production – érode le goût du risque en marginalisant les idées extrêmes et innovantes au profit de consensus établis trop tôt. Rico Hauswald, dans son analyse de janvier 2026 sur les « consensus qui s’effritent », décrit comment des erreurs comme le respect excessif de l’autorité mènent à des « vérités collectives » faussées, qui minent la confiance.

En France, cela se voit dans les règles environnementales et sociales qui imposent un faux consensus sur la transition écologique (qui est même frappé de censure dans les médias du service public), sans évaluer ses coûts réels – comme les obstacles à l’innovation chez Carmat avec ses cœurs artificiels en 2025.

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Les politiques du « centre extrême » – comme celles du macronisme – aggravent cela : des promesses de simplification cachent une augmentation des normes, basée sur des mensonges pour maintenir un équilibre apparent. Un exemple : le déficit à 6 % du produit intérieur brut en 2025, avec des lois sans budget qui bloquent les investissements. Hauswald appelle à une « méfiance modérée » envers les autorités ; appliquée ici, cela signifie contester les consensus économiques comme celui d’Aghion, qui voit l’État comme une solution plutôt qu’un problème. Comparons à la Suisse : un État minimal favorise une innovation florissante. 

Sans réduction des règles, la France reste une suiveuse, adoptant des normes européennes qui étouffent sa créativité.

 
Confusion entre innovation et progrès : le cas du crédit d’impôt recherche et la mainmise sur la science

Voici un aspect majeur oublié dans la tribune d’Aghion : on mélange trop souvent innovation et progrès, comme si tout ce qui est nouveau était utile. En réalité, l’innovation peut être utilisée pour des objectifs fiscaux ou élitistes, sans avancée pour la société ou l’intérêt général.

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Prenez le Crédit d’Impôt Recherche, créé en 1983 sous Mitterrand pour encourager la recherche et le développement : il permet de récupérer 30 % des dépenses jusqu’à 100 millions d’euros, puis 5 % au-delà. Sur le papier, c’est une aide à l’innovation. Mais en pratique, c’est souvent un moyen détourné pour optimiser les impôts, sans créer de valeur réelle. Des exemples abondent dans la finance : des modèles de transactions automatisées sont qualifiés de « recherche » pour obtenir ce crédit, justifiant des millions d’euros sans produire autre chose que des algorithmes spéculatifs – rien de concret pour l’économie ou la société, juste une justification fiscale et un retour sur investissement pour les privés. Des rapports du Sénat et des enquêtes révèlent des fraudes : des faux rapports traduits et modifiés d’articles anglais, des brevets qui disparaissent vers des paradis fiscaux, des effets d’opportunité où les grandes entreprises gonflent leurs dépenses en recherche pour capter des milliards – le coût total du Crédit d’Impôt Recherche est de 7 milliards d’euros par an en 2025 –, sans effet mesurable sur l’emploi ou l’innovation réelle. Tracfin, l’agence contre le blanchiment d’argent, signale même des schémas avec des sociétés temporaires créées par des non-résidents pour détourner des fonds via de faux justificatifs. Comme le raconte un ancien salarié : « On prenait des articles existants en anglais… On les traduisait et on les modifiait pour qu’ils ne ressemblent pas trop à l’original. »

Pire, cette confusion cache une mainmise des élites sur la science, qui hyper-normalisent l’innovation pour bloquer le vrai progrès. L’exemple de Jean-Pierre Petit, physicien français de 87 ans pionnier en magnétohydrodynamique, est révélateur : ses travaux sur cette technologie, adoptés par la Russie pour des missiles hypersoniques comme l’Oreshnik – qui atteignent Mach 10, rendant l’interception quasi impossible –, ont été rejetés en France sans examen par des pairs, par peur de perturber les idées établies. Aujourd’hui, son modèle Janus – une nouvelle vision de l’univers qui défie les théories actuelles – subit le même traitement : des institutions comme l’Académie des sciences ignorent ses demandes de débat, préférant une science « contrôlée ». Petit le dit lui-même : « Soyez réaliste, envisagez l’impossible. »

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Cette « captivité de la science » fait partie d’un cadre plus large : des erreurs dans les revues scientifiques, de la censure – comme pendant la crise du Covid avec les effets secondaires des vaccins à ARN messager –, et des outils de renseignement militaire qui imposent une normalisation linéaire, étouffant la créativité qui naît du désordre. Résultat ? L’Europe, impuissante face aux missiles hypersoniques russes – comme l’Oreshnik utilisé en Ukraine –, réalise que « on ne débat pas avec Mach 10 », tandis que les élites craignent un progrès complet qui intègre la liberté d’expression et la vérité, issu d’un chaos créatif. Cette mainmise, renforcée par des aides comme le Crédit d’Impôt Recherche détourné, maintient un faux progrès : élitiste, optimisé fiscalement, mais vide de sens. 

Les erreurs d’apréciation des économistes – centrés sur des mesures chiffrées – les empêchent de voir cela : ils recommandent plus d’aides sans questionner leur mauvais usage.

 

Élever le débat : au-delà de l’analyse, la décision et les erreurs de jugement

L’analyse est essentielle, mais elle est évidement vulnérable aux erreurs de jugement : biais de confirmation – idéaliser l’innovation sans examiner le contexte culturel ou scientifique –, biais de disponibilité – ignorer la réalité du terrain –, ou respect excessif – envers l’autorité des experts. Aghion et ses collègues perpétuent cela en proposant des solutions théoriques – comme plus d’intégration européenne – sans expérience concrète des petites entreprises étouffées par les normes ou des scientifiques bloqués comme Petit. 

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Demander à ces experts de résoudre ce qu’ils ont indirectement alimenté – par leurs conseils aux gouvernements – prolonge le déclin.

 

Pour inverser la tendance, des décisions audacieuses sont nécessaires :

  • Sur le plan culturel : réformer l’éducation pour encourager le risque et la pensée rebelle ; lancer une campagne nationale qui valorise l’entrepreneuriat comme l’incarnation de « l’impossible n’est pas français ».
  • Sur le plan économique : réduire les normes – en supprimant 50 % des règles européennes –, baisser les impôts sur les investissements risqués, sécuriser l’énergie – en relançant le nucléaire –, et vérifier le Crédit d’Impôt Recherche pour qu’il soutienne le vrai progrès, pas les détournements fiscaux.
  • Sur le plan institutionnel : limiter l’État à 40 ou 45 % du produit intérieur brut, privatiser les services publics inefficaces – comme l’audiovisuel –, se focaliser sur les services publics régaliens, et  encourager les capitaux privés pour le risque.
  • Sur le plan scientifique : libérer la recherche de la mainmise des élites – financer des projets disruptifs comme le modèle Janus, avec des examens par des pairs ouverts et une méfiance modérée envers les consensus, inspirés de Hauswald et Petit. Et surtout encourager le débat scientifique tel que Jay Bhattacharya le fait aux Etats-Unis.
  • Sur le plan sociétal : combattre les consensus qui s’effritent par la transparence et le débat ouvert, pour distinguer l’innovation du progrès authentique, qui sert la liberté et la dignité humaine, comme l’exprimait John Fitzgerald Kennedy : « Nous nous lançons sur cette nouvelle mer… pour le progrès de tous les peuples. »

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La France peut renaître, mais pas en suivant les mêmes recettes. Écoutons les entrepreneurs du réel, les scientifiques marginalisés et les citoyens, pas seulement les lauréats du Nobel. 

Sinon, le décrochage deviendra irrémédiable, prisonnier d’une innovation normalisée qui n’est que l’ombre du progrès.

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