Narco Rubio (Pagina12)


L’actuel chef de la diplomatie des États-Unis et plus haute autorité du Conseil de sécurité nationale s’appelle Marco Antonio, en l’honneur du fidèle partisan de Jules César, bien que sa généalogie ne soit pas la même. Tant les parents que leurs beaux-parents sont des Cubains qui avaient quitté l’île, affichant un ressentiment manifeste envers la Révolution cubaine, auquel s’est ajouté, par la suite, un mépris profond pour tout gouvernement latino-américain et/ou caribéen partageant une vision souveraine ou résistant face à la toute-puissance américaine.

Marco Rubio (photo) est né en 1971 à Miami ; il a passé une partie de son adolescence à Las Vegas, où ses parents ont été embauchés par les acolytes de Meyer Lansky et Lucky Luciano, qui ont dû abandonner précipitamment leurs casinos à La Havane. Cette affinité familiale avec le monde souterrain du crime ne quittera jamais Narco Rubio pendant ses 54 années de vie. Lui et sa famille seront traversés par une chronologie d’événements que les grands médias corporatifs refusent de compiler. À partir des années 60, Miami est devenue l’un des centres de distribution de drogue les plus importants des États-Unis, grâce au savoir-faire apporté par les expatriés de Cuba. À partir de ce moment, le taux de criminalité a augmenté de 60 % à Miami, faisant de la ville, selon les chiffres officiels, « le siège le plus important du crime organisé aux États-Unis ». Dans ce contexte, la famille Rubio a réussi à prospérer, grâce au travail louable de son beau-frère, Orlando Cicilia, qui s’est enrichi en faisant du commerce de cocaïne importée de Colombie, en utilisant des serpents dans lesquels ils introduisaient des kilos de drogue le long de leur corps.

L’intervention du FBI qui a arrêté le beau-frère de Rubio a nommé l’opération « Opération Cobra« , en référence à l’utilisation de serpents pour le trafic de drogue. Cicilia, que le Miami Heraldhttps://www.miaminewtimes.com/news/… a identifié comme le chef du gang, a été condamné à 25 ans de prison en 1989, mais a été libéré en 2002, grâce à sa collaboration avec les forces de sécurité. Les bénéfices des crimes commis par le beau-frère ont été estimés à 80 millions de dollars, mais n’ont jamais été récupérés. Les journalistes de Miami affirment que l’actuel chef de la diplomatie a réussi à obtenir un financement familial pour ses différentes campagnes électorales. C’était probablement la façon de récompenser Rubio, qui avait été l’un de ceux qui gagnaient leur vie pendant leur adolescence — selon son biographe Manuel Roig-Franzia — en assemblant les contenants dans lesquels les ophidiens étaient transportés. Les négociations pour que Cicilia devienne collaborateur de la DEA ont été menées par le procureur Dexter Lehtinen, qui a obtenu la collaboration du beau-frère de Rubio pour justifier l’invasion du Panama, assassiner 517 personnes et kidnapper Manuel Antonio Noriega en 1989. À cette occasion, Lehtinen a récompensé le jeune Rubio – l’un de ceux qui ont convaincu son beau-frère – par un stage dans le cabinet de sa femme, la congressiste Ileana Ros-Lehtinen, première congressiste cubano-américaine, qui est devenue depuis lors la marraine politique de l’actuel secrétaire d’État.

Deux ans plus tard, Rubio a rejoint les équipes techniques de Lincoln Díaz-Balart, un autre grand représentant de la gusanera (*) de Miami, aux côtés de son ami intime David Rivera, qui a été dénoncé, des années plus tard, pour fraude électorale après avoir obtenu un siège au Congrès. Après avoir travaillé avec Rubio dans les bureaux de Díaz-Balart, il a occupé des postes à la dénommée Oficina de Radiodifusión de Cuba, chargée de diffuser de la propagande anti-révolutionnaire, et en tant que contractant de l’USAID. Selon Melanie Sloan, directrice de l’organisation Citizens for Responsibility, Rivera « doit être le membre le plus corrompu du Capitole », bien qu’il ait été défendu de manière constante par Rubio. C’est que les deux ont des histoires et des complicités communes pour avoir été financés par Scott Steinger, un homme d’affaires condamné à 20 ans de prison pour avoir mis en place un système de Ponzi d’escroqueries qui a fait plus de mille victimes, totalisant une fraude de 1,2 milliard de dollars, et pour avoir blanchi des actifs du narcotrafiquant colombien. Les campagnes des deux hommes ont également reçu des contributions d’Alan Mendelsohn, condamné pour blanchiment d’argent issu du trafic de drogue.

Ce ne fut pas la seule chose qui les lia : ils participèrent également à une spoliation flagrante des Indiens Séminoles, limitant ainsi l’une de leurs sources de subsistance. Les enquêtes prouvent que les deux congressistes ont favorisé leurs donateurs de campagne — des entrepreneurs du jeu — pour imposer une concurrence déloyale aux peuples autochtones. Cependant, le FBI a décidé de ne pas enquêter sur les deux législateurs car son budget dépendait du soutien des républicains. Les agences de sécurité avaient décidé d’abandonner leurs enquêtes sur les antécédents des donateurs Steinger et Mendelsohn, ainsi que sur l’achat de votes liés aux casinos, parce que les républicains avaient menacé de remettre en question le budget du FBI au Congrès. Les procureurs, pour leur part, ont évité d’enquêter sur Rubio qui était sur une trajectoire politique ascendante.

Les liens entre Rivera et Rubio convergent dans le détournement colossal de la société d’État CITGO, appartenant à la République bolivarienne du Venezuela. Selon des dénonciations divulguées par d’anciens responsables du siège texan de cette compagnie pétrolière, Rivera aurait mené des activités frauduleuses, en collusion avec Rubio, alors qu’il travaillait pour cette société, sur recommandation de son ami intime. La trésorière de l’époque de CITGO Petroleum Corporation – filiale de PDVSA aux États-Unis –, Gina Coon, a affirmé posséder des documents, des e-mails, des messages WhatsApp et des enregistrements audio qui confirment les opérations criminelles perpétrées par Rivera et Rubio. Bien que des personnalités influentes du Parti républicain en Floride aient tenté d’entraver l’enquête du ministère de la Justice, l’ancien membre du Congrès de Floride David Rivera a été arrêté à Atlanta, en Géorgie, en décembre 2022, accusé par le procureur de plusieurs chefs d’accusation, dont celui d’avoir travaillé illégalement comme « agent étranger » (Loi FARA).

L’accusation fait référence à un « Sénateur 1 » de l’État de Floride. À cette époque, il n’y avait que deux membres du Congrès de la Chambre haute de cet État : Rick Scott et Marco Rubio. Le 29 mars 2025, Venezuela News a rapporté qu’Alejandro Terán, directeur de l’Association latino-américaine des entrepreneurs du pétrole au Texas, avait affirmé que Rubio avait reçu des contributions illégales de la fondation gérée par Juan Guaidó. Terán les a également accusés d’être des lobbyistes pour ExxonMobil, l’une des sociétés que Trump et son secrétaire d’État cherchent à réintroduire au Venezuela. Le lien entre les deux a toujours été symbiotique. En 2005, ils ont acheté ensemble une propriété pour y installer leur local de parti. À cette époque, Rivera était connu comme « le tricheur » et « l’exécuteur ». Les deux étaient identifiés comme le « duo d’or », jusqu’à ce que l’un d’eux commence à être connu sous le nom de Narco Rubio.

Jorge Elbaum

Traduction LGS

(*) note de LGS : terme péjoratif qui désigne la communauté cubaine « exilée » et virulemment « anti-castriste »



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